Matthew Forsythe : Netflix, Disney et albums incontournables

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Matthew Forsythe : Netflix, Disney et albums incontournables
Grâce à ses couleurs souvent chatoyantes et à son style unique, Matthew Forsythe s’est taillé une place de choix dans le paysage des artistes de talent, puis dans celui plus sélect encore des illustrateurs jeunesse incontournables. Encore trop méconnu vu l’ampleur de son talent du côté francophone, ce Montréalais connaît une carrière épatante qui mérite qu’on s’y attarde. En reprenant la grenouille à l’honneur dans Pokko et le tambour (Comme des géants) pour signer la couverture de cette édition, il rend hommage à la lecture partagée entre petit et grand… ce à quoi il contribue admirablement.

Vous avez écrit et illustré Pokko et le tambour, une histoire qui met en scène une grenouille qui vit avec sa famille dans un champignon et qui décide de persévérer pour pratiquer son art. Qu’est-ce qui vous est apparu en premier lors de la création : les images ou l’histoire?
L’histoire s’est créée à partir d’une seule image, soit celle de la grenouille et du tambour. J’ai ensuite écrit tout le texte en me basant sur cette image. Alors que je dessinais, je retravaillais beaucoup le texte, car je souhaitais que les illustrations et le texte se répondent d’une certaine façon.

Aimez-vous avoir les enfants comme public?
Oui! Ils forment le public le plus difficile à satisfaire! Ils se moquent de qui vous êtes ou de votre expérience. Et ils ne supportent pas la bullshit. Si vous ne les divertissez pas à chacune des pages, ils en auront vite fini avec vous. Ils se lèveront, littéralement, et partiront. Je travaille dans l’animation, la bande dessinée et les albums jeunesse : le public de ces derniers est de loin le plus difficile et je le chéris.

Quel bonheur, ou quels défis, y a-t-il à illustrer votre propre texte, par rapport à celui des autres?
C’est une joie! Chaque fois que je vois une petite incohérence ou une excitante opportunité pour rehausser ou enrichir l’histoire, je peux appliquer immédiatement le changement, sans avoir à ne consulter personne! Je suis accro!

Parlez-nous de cet original processus qui impliquait l’utilisation d’une vraie feuille d’or dans La feuille d’or (Comme des géants). Avez-vous aimé travailler avec ce matériau? Pourquoi ce choix audacieux?
À mon sens, il n’y avait que deux choix. La feuille devait absolument se démarquer du reste du livre. Nous pouvions donc soit faire le livre en noir et blanc, avec la feuille comme seul élément de couleur; soit choisir d’illustrer la feuille avec un matériau complètement différent. À l’époque, j’étais obsédé par la peinture en couleurs. Nous avons donc décidé de faire la feuille avec de la feuille d’or. Je n’aime pas les truquages. J’aime les histoires simples qui reposent sur la force de la narration pour fonctionner; mais c’est la décision à laquelle Claudia [l’éditrice chez Enchanted Lion Books, où le livre a été publié dans sa version originale anglaise] et moi sommes arrivés et je pense bien que cela a fonctionné. Du moins, je l’espère.

Quelle technique utilisez-vous habituellement pour illustrer un album?
J’utilise de la gouache, de l’aquarelle et du crayon. J’adore peindre et essayer de passer le moins de temps possible devant l’ordinateur.

Illustration tirée de Pokko et le tambour (Comme des géants) : © Matthew Forsythe

Vous enseignez la bande dessinée (on le découvre d’ailleurs dans Comics Class, une BD — non traduite en français — que vous avez signée à ce sujet chez Koyama Press). Qu’est-ce que cette expérience vous a appris?
Eh bien, parce que les artistes travaillent souvent seuls, c’est facile pour eux de s’atrophier. Il est facile avec nos opinions tenaces de devenir rigides. J’enseigne chaque année et cela met toujours à l’épreuve mes opinions et me permet de rester flexible face à de nouvelles idées. C’est un équilibre très sain pour mon travail en studio.

Quels artistes appréciez-vous particulièrement? Lesquels ont eu un impact sur votre art?
Il y en a beaucoup, bien sûr. Paul Klee, Paula Becker, Mary Blair, Dahlov Ipcar, Isabelle Arsenault, Janice Nadeau, Jon Klassen, Tom Gauld, Tom Herpich, Myung-Ae Lee, Joohee Yoon, Jasmin Lai… Ha! ha! je pourrais continuer indéfiniment. Je partageais d’ailleurs un studio avec Isabelle Arsenault — et je pense que son travail et son approche des médias traditionnels m’ont beaucoup influencé.

Vous avez conçu des émissions de télévision et des films d’animation pour Netflix et Disney. Pourriez-vous citer quelques exemples spécifiques?
J’ai travaillé sur une émission intitulée Adventure Time pendant près de 100 épisodes ainsi que sur une nouvelle série qui vient de sortir sur Netflix appelée Midnight Gospel. Et je viens tout juste de terminer la conception d’un film de Noël en stop motion (avec des marionnettes) avec Aardman Animations, au Royaume-Uni — ça sortira à l’automne 2021 et ça s’appelle Robin, Robin. Je fais actuellement du développement visuel pour une émission pour Netflix et pour une autre pour Apple TV.

Vous avez fait des expositions au Japon, en Italie, en Allemagne… Selon vous, qu’est-ce qui est universel dans votre art?
Ce n’est peut-être pas à moi de le dire, mais j’essaie d’être honnête et de m’amuser lorsque je peins. Je crois, du moins j’espère, que c’est cela qui transparaît.

Vous vivez au Québec, mais vous êtes encore peu connu sur la scène littéraire française. Trouvez-vous qu’il y a un écart entre les cercles littéraires francophone et anglophone au Québec?
Je suppose. Mais pas dans mon cas! J’adore la scène BD québécoise et les livres jeunesse francophones, et je suis depuis longtemps fan de Pow Pow, La Pastèque, Jimmy Beaulieu, Patrick Doyon, Pascal Girard, Isabelle Arsenault et Janice Nadeau, notamment. J’ai la chance de vivre à Montréal près de tous ces grands artistes et éditeurs qui m’inspirent.

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