Bénédicte Guettier : Des histoires qui trottent

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L’auteure et illustratrice française Bénédicte Guettier était de passage au Québec au début du mois d’octobre pour parler aux jeunes (et aux moins jeunes) de son travail qu’on peut qualifier sans détour de prolifique. Avec plus de deux cents titres à son actif, la maman de Trotro et de l’inspecteur Lapou (Gallimard jeunesse) a une imagination débordante et son pinceau ne s’arrête en effet qu’en de rares occasions.

« Parfois, je m’arrête et je me dis : “Ça y est, je n’ai plus d’idées!” et ma fille me répond : “Maman, tu dis toujours ça!” » Comme de fait, les idées finissent toujours par revenir cogner à la porte de la charmante Parisienne, qui s’empresse alors de les saisir et de leur donner vie avec son bâton d’encre de Chine. On pourrait croire que c’est sa fille justement qui lui inspire les mésaventures de son petit âne malicieux, mais – du haut de ses 20 ans – celle-ci ne correspond plus du tout au public cible ni de Trotro, qui s’adresse aux tout-petits, ni de l’inspecteur Lapou qui s’affaire surtout à faire rire les 3 à 7 ans.

Si ce n’est pas l’imagination qui manque, Bénédicte Guettier avoue cependant qu’il lui a fallu plusieurs années avant de donner vie à ses deux personnages vedettes. « J’avais écrit un jour une histoire de carotte assassinée et, en retombant dessus dix ans plus tard, j’ai éclaté de rire », se souvient l’écrivaine. C’est à partir de ce moment qu’elle a décidé de mettre en scène « Les enquêtes du potager », rondement menées par un lapin en ciré bleu. Même musique pour la naissance de Trotro : « J’étais dans un Salon du livre et l’auteure qui était assise à côté de moi m’a demandé de lui dessiner un petit personnage sur le carton qui portait son nom, comme j’avais fait avec le mien. Elle s’appelait Anne Trotereau, alors ça m’a donné l’idée de lui dessiner un petit âne. » C’est en repensant à cette anecdote que lui est venu l’idée de créer Trotro… dix ans plus tard!

Aujourd’hui, l’auteure ne cache pas le plaisir qu’elle éprouve à travailler avec des personnages personnifiés par des animaux; cela lui donne une plus grande liberté créative, explique-t-elle : « Ça me permet de parler de choses très humaines, tout en n’étant pas liée par certaines contraintes. Trotro peut par exemple se balader tout seul, sans qu’on se demande où sont ses parents. » Le petit âne aime effectivement découvrir de nouveaux endroits et sa créatrice ne cache pas qu’il ira sans doute très bientôt faire un tour au Québec! Décidément, le petit âne aura fait bien du chemin depuis sa première apparition chez Gallimard en 2000.  

Là où tout a commencé

« J’ai commencé à faire des livres pour enfants tout à fait par hasard… Quand j’étais jeune, ma mère nous racontait souvent l’histoire d’un petit lion qui repeignait sa chambre avec sa queue. Une fois adulte, je me suis dit : “Tiens, ça serait drôle de dessiner cette histoire!” J’ai donc fait les illustrations et j’ai présenté le livre à L’école des loisirs. À l’époque, on pouvait rencontrer directement l’éditeur et quelqu’un m’a reçue », s’étonne encore aujourd’hui Mme Guettier. Malheureusement, cet entretien n’a pas porté ses fruits.

Persévérante, l’auteure est retournée une seconde fois proposer son histoire à l’illustre maison spécialisée en littérature jeunesse. « Déjà, à ce moment-là on ne rencontrait plus directement l’éditeur. J’ai donc dû laisser mon livre à la réceptionniste qui en fait des photocopies en noir et blanc et l’a déposé sur une grosse pile de manuscrits. » Convaincue que ce livre ne trouverait jamais le chemin de l’édition après cet événement dépitant, c’est avec surprise qu’elle a reçu une réponse, cette fois positive, quelque temps après.

Bénédicte Guettier réalise qu’elle a intégré le monde de la littérature jeunesse à une époque où les nouveaux auteurs pouvaient encore facilement se faire remarquer et se considère chanceuse de pouvoir maintenant publier plusieurs livres par année, au gré de son imagination. En fait, le plus grand défi auquel l’auteure fait maintenant face est celui de surmonter « cette sensation très forte de devoir faire tous ces livres [qu’elle a en tête] avant de mourir ». C’est donc habitée par ce sentiment d’urgence que la Française continue d’écrire et de dessiner jour après jour, trottant gaiement d’histoire en histoire.

Crédit photo : AK/Gallimard

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