Yann Moix : Je, me, Moix

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Le Français Yann Moix s'est fait un nom lors de la sortie de Podium (Grasset, 2002), dont il a lui-même assuré l'adaptation au cinéma l'année suivante (4 millions d'entrées) avec Benoît Poelvoorde dans le rôle principal. Écrivain érudit doté d'un humour et d'un cynisme ravageurs, Moix lance cet automne son nouveau roman, Partouz (Grasset), qui raconte la vie d'un homme fasciné par une jeune Arabe qu'il tente de retrouver dans un club échangiste, le Recto-verso. En fait, cet homme est surtout obsédé par le sexe et Mohammed Atta, pilote d'avion improvisé qui est l'une des têtes dirigeantes des terroristes du 11 septembre. Le résultat : un livre éclectique sur le sexe, le monde arabe et la littérature, de Péguy à Pennac.

Connaissiez-vous les clubs échangistes en France, leurs habitudes, leurs habitués, le courant qui amène les gens vers ces lieux ? Et pourquoi ce désir d’y planter le décor de Partouz ?
Je suis effectivement allé sur le terrain. Pour voir, mais aussi pour participer ! Je ne suis pas allé en boîtes échangistes comme écrivain, mais d’abord en tant qu’obsédé sexuel. C’est ensuite, peu à peu, que je me suis dit que ça ferait un sujet de livre passionnant. En réalité, Podium et Partouz sont les tomes 1 et 2 d’une trilogie sur les masses. Podium parlait de la célébrité de masse, Partouz de la sexualité et du terrorisme de masse. Le troisième et dernier volet, en préparation, s’intitulera Park. Son sujet ? Les loisirs de masse. Pour répondre plus précisément à votre question, bien sûr, oui, j’ai vu ce qu’étaient les habitués des boîtes à partouze ; il y a plus de grands timides que de gros porcs dans ces endroits, en fait. Des gens qui ont du mal à aborder les filles et qui veulent avoir un accès direct au sexe, aux corps humains.

Pourquoi vouloir parler de sexe, un sujet controversé, de façon aussi crue, et faire un parallèle avec un autre sujet chaud, l’islamisme et le 11 septembre ?
Le rapport entre les deux sujets saute aux yeux : c’est la timidité et la frustration. D’un côté, il y a les timides Occidentaux, qui ont peur des femmes et préfèrent aller les baiser directement dans les boîtes échangistes. De l’autre, il y a les terroristes, qui vont directement s’encastrer dans les tours de Manhattan parce qu’on leur a promis un paradis spécial où des houris les attendent pour les faire jouir du matin au soir.

À l’instar de Patrick Besson dans son roman Lui et de Jean-Paul Dubois dans Une vie française, vous parlez énormément d’onanisme : en quoi cette activité est-elle si fascinante à décrire ?
D’abord, je me permets de vous dire que je n’accepte pas la comparaison avec les deux écrivains que vous venez de citer, parce que pour moi, ils ne sont pas des écrivains. Ce sont avant tout des journalistes, des chroniqueurs. Même si j’admets que Lui, de Besson, qui est un livre bâclé comme tous les livres de Besson, est un roman que j’adore. Sans doute son meilleur. Mais je ne crois pas qu’il ait aussi bien parlé que moi de la branlette masculine. Peut-être s’est-il moins branlé que moi. Les écrivains sont de plus gros branleurs, je crois, que les journalistes.

Dans votre roman, le personnage principal affirme que « le sexe sans liberté, c’est impensable » et que « la liberté sans sexe, c’est impossible ». Pourquoi selon vous, le sexe et la liberté sont-ils indissociables ?
Le sexe est liberté. Totale. Absolue. Dans le sexe, moi, personnellement, je me permets tout. Sans entrave. Sans la moindre limite ! Je pratique les choses les plus scolaires, comme le missionnaire par exemple, ou bien les plus trash. Mais je regrette justement cette hiérarchisation des pratiques ; on veut nous faire croire que certaines positions sont plus sales que d’autres. Moins « catholiques » que d’autres. Absurde. Le sexe avec des limites, c’est précisément ça, moi, que j’appelle de la pornographie.

Faut-il de l’audace ou de l’insolence pour écrire aussi férocement, comme dans Partouz, sur Fabrice Luchini et Michel Houellebecq, mais aussi sur le pénis de Philip Roth ?
Non, pas spécialement. Luchini est un acteur que j’admire. Une sorte de génie, qui baigne dans son jus. Très émouvants, les gens qui baignent dans leur propre jus. Il a dû beaucoup se branler, c’est ça que j’aime chez lui. On en a parlé ensemble. Philip Roth est quant à lui un de mes dieux. C’est un hommage que je lui rends dans Partouz. Quant à Houellebecq, il n’est pas pour moi un si grand écrivain que ça. J’ai le droit de l’écrire, puisque c’est ce que je pense. Je préfère lire, en France, chez les vivants, des types comme Régis Jauffret, Marc-Edouard Nabe, Frédéric Beigbeder, Olivier Dazat ou Patrice Lelorain. Ou encore Philippe Jaenada, qui est à mes yeux la réincarnation d’Alphonse Allais. Mais, d’un autre côté, il ne faut pas sacraliser la littérature. Il faut la prendre pour ce qu’elle est : une occupation humaine qui empêche de penser trop souvent à la maladie ou à la mort.

Partouz aurait-il pu être écrit par une femme ?
Non. Par ce que c’est le premier livre féministe écrit par un homme. C’est un roman qui rend toute sa liberté à la femme. Qui dit que les femmes aussi adorent le sexe, qu’elles en ont ras le bol d’être considérées comme des objets romantiques. C’est un livre d’homme qui dit la vérité aux femmes et leur confère une totale égalité avec le sexe dit « fort ».

Jusqu’ici, quelles sont les réactions en France concernant la sortie et le contenu de Partouz ?
Les femmes adorent mon livre. Les musulmans aussi. Ils sont raffinés, les musulmans. Ils aiment la qualité. Ils sont cool avec moi. Ils savent que j’adore la culture arabe. Que j’aime l’islam. Ce qui ne m’empêche aucunement, comme je l’écris dans le livre, de porter un intérêt tout aussi grand aux Juifs, car je rêve, imbécilement, naïvement, d’un rapprochement entre les deux communautés, entre les deux cultures. Je vomis les terroristes islamistes et je vomis les antisémites. Et je vomis l’extrême droite israélienne en même temps.

Avez-vous déjà entamé un autre récit ou un autre film ? Le projet sur Joe Dassin est-il toujours sur la table ?
Cette histoire de Joe Dassin était une blague de 1er avril lancée par un magazine people. Il n’en a jamais (jamais !) été question. Mon prochain film sera Podium 2. Quant à Partouz, si quelqu’un veut m’acheter les droits et le réaliser, aucun problème !

Bibliographie :
Partouz, Grasset
Podium, Le Livre de poche

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