Tom Rachman: Plus que parfait

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Il est jeune, séduisant, cultivé, et son premier roman figure au sommet du palmarès du New York Times comme des nôtres depuis des semaines. Le rêve de tout écrivain, quoi! Le Vancouvérois Tom Rachman était récemment de passage à Québec pour nous parler de son désormais best-seller, Les Imperfectionnistes.

Tous les chemins mènent à Rome, dit-on. Dans Les Imperfectionnistes, ce sont onze destins qui se croisent, rassemblés au sein d’un journal international en difficulté. Du correspondant parisien ruiné au responsable de la rubrique nécrologique dépressif, en passant par la lectrice obsessive-compulsive, Les Imperfectionnistes démasque ces curieuses créatures qui habitent les coulisses de la presse, dans une fresque polyphonique si bien orchestrée qu’elle rendrait jaloux quiconque a déjà tâté de l’écriture.

Ce premier roman de Tom Rachman, ex-correspondant pour l’International Herald Tribune, est un véritable exploit narratif. C’est que, fort de sa carrière de journaliste-pigiste, le jeune auteur étonne par la maturité et l’adresse de sa prose. « Je pensais à mes débuts que l’écriture journalistique était à l’opposé de l’écriture de fiction, qui se veut plus poétique, moins sérieuse et factuelle, mais ce n’est pas tout à fait exact. J’y ai appris les bases de l’écriture, la structure des histoires, à développer un ton précis. Des centaines d’heures à tenter de donner une direction à un article, un sens à une nouvelle, c’est au final une expérience considérable. Et puis, les réactions des lecteurs et les commentaires immédiats des collègues et des patrons sont extrêmement utiles », souligne le trentenaire, qui se consacre maintenant entièrement à la rédaction de son deuxième roman.

Si c’est un peu grâce à des parents psychiatres et à son métier de correspondant que Rachman a su acquérir une telle éloquence et une connaissance indéniable des sentiments humains, c’est également au fil de ses lectures qu’il fit son apprentissage. On peut d’ailleurs reconnaître dans son œuvre aux chapitres brefs et à sa minutie de sculpteur l’influence de ses auteurs fétiches, tels que Tchekhov, Tolstoï ou Raymond Carver.

Tom Rachman entretient en fait une réelle passion pour l’objet littéraire : « Je ne suis pas opposé aux livres électroniques, mais je préfère les livres : je les accumule dans ma maison comme de véritables pièces de mobilier. » Celui qui se considère aujourd’hui comme un lecteur omnivore (il relit en ce moment le splendide Déroutes de Lorrie Moore) n’a cependant pas toujours été ainsi. « Enfant, j’étais le seul chez moi à ne pas dévorer les livres. Mes parents m’offraient d’énormes pavés à toutes les occasions, qui jonchaient tristement ma table de chevet, décuplant mon sentiment de culpabilité. Ce n’est que beaucoup plus tard, au milieu de l’adolescence et à l’université, que je m’y suis mis sérieusement », explique l’ancien étudiant en cinéma, à qui le travail d’équipe, indispensable au 7e art, a déplu. « La différence entre la scénarisation et l’écriture de fiction, c’est que je peux enfin travailler mes propres histoires sans être tributaire de mes collègues », se réjouit-il.

Aujourd’hui installé à Londres, Tom Rachman dit y préférer les petites librairies aux grandes chaînes, ces « lieux sans âme où l’on vend tout et rien et chez qui les employés vous dirigeront vers le nouveau roman de la star de la téléréalité Snooki, mais ignorent qui est Maupassant ».

Bibliographie :
’’ Les Imperfectionnistes Tom Rachman Grasset 396 p. | 29,95$

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