François Cardinal: Se regarder dans le miroir

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Société distincte, peuple à part entière, exception culturelle… Les Québécois s'enorgueillissent de leurs différences. Mais pour différents qu'ils soient en effet du reste des Canadiens, voire du reste du monde, il se pourrait que les Québécois n'aient pas toujours à s'en vanter, remarque le journaliste François Cardinal. Particulièrement sur le plan de leur rapport à l'environnement…

Si bien des sondages sacrent les Québécois champions de la conscience écologique, les études sur leurs habitudes de consommation les déclarent plutôt champions pollueurs. Certes, ils abhorrent les gaz à effet de serre, remplissent leur bac de recyclage chaque semaine et s’opposent aux industries polluantes. Mais quand vient le temps de réduire leur consommation d’électricité, d’utiliser des transports en commun et de forcer les gouvernements à respecter le protocole de Kyoto, leur conscience verte fond comme la neige au soleil des réchauffements climatiques.

«Les Québécois se soucient de l’environnement, reconnaît le journaliste François Cardinal, qui s’emploie néanmoins à déboulonner leur bonne conscience dans son premier essai, Le Mythe du Québec vert. Le problème, c’est qu’ils ne font pas toujours de liens entre leurs comportements et les maux de l’environnement. Notre engouement récent pour l’énergie éolienne, par exemple, n’est pas le signe de notre conscience environnementale. Au contraire: c’est le symbole de notre échec à réduire notre consommation d’énergie.» Car les Québécois comptent parmi les plus grands consommateurs d’énergie au monde. Et pas question de se défiler en invoquant les rigueurs du climat: statistiques à l’appui, François Cardinal rappelle que les autres pays nordiques sont beaucoup moins gloutons en matière d’électricité…

D’abord journaliste pour des magazines de plein air, François Cardinal est ensuite passé au Devoir, puis à La Presse, où il a signé des éditoriaux pendant un an avant de prendre la relève au poste de reporter en environnement. Chroniqueur à Bazzo.tv, à La Vie en vert et depuis peu à l’émission radiophonique C’est bien meilleur le matin, il a eu l’occasion d’ausculter la question environnementale sous tous ses angles. «Je ne suis pas un écolo ni un  » croisé de l’environnement « , précise-t-il. Mon livre n’est pas un cri du cœur pour que les gens culpabilisent en réalisant tout ce qu’ils ne font pas. Mon seul objectif est de montrer les faits pour que les Québécois voient la situation telle qu’elle est.»

Depuis le compostage municipal jusqu’aux tickets modérateurs sur les déchets domestiques, en passant par l’application du principe de «rouleur-payeur» (taxe sur l’utilisation de la voiture), la réutilisation des déchets forestiers et l’intégration de cours d’écologie dans le corpus scolaire régulier, François Cardinal propose plusieurs solutions concrètes aux problèmes qu’il soulève. Et si les classes politiques doivent selon lui se montrer plus actives, les écologistes ont eux aussi un examen de conscience à faire. «Rien ne trouve grâce aux yeux des écolos, remarque le journaliste. Quand Wal-Mart a annoncé des réformes vertes, par exemple, les groupes écologistes ont crié au scandale en disant que la compagnie essayait seulement de se bâtir une meilleure image. C’est sans doute vrai, mais il faut encourager toutes les démarches vertes.»

C’est justement pour inciter les Québécois à participer à l’effort écologique que François Cardinal leur a tendu, sous forme de livre, un miroir certes peu flatteur, mais qui n’a rien de décourageant.

Bibliographie :
Le Mythe du Québec vert, François Cardinal, Les Éditions Voix Parallèles, 208 p., 24,95$

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