Ça ne s’invente pas : Catherine Chabot vit et écrit sur la rue Chabot, à Montréal. Elle a d’autres caractéristiques, mais c’est ce qui frappe en premier, quand on se rend à son appartement du Plateau, dans un bloc avec beaucoup de cachet, au look vieillot très charmant, qui pourrait aussi donner l’impression d’entrer dans un cabinet de dentiste en 1950.

Elle m’accueille en ouvrant une bouteille de vin nature catalan (« C’est concept : dans ma prochaine pièce, les personnages sont des intellectuels qui boivent du vin nature! »), et on s’assoit à la table à dîner, où elle a écrit la majeure partie de ses pièces.

« J’ai essayé d’avoir un bureau, elle me dit. J’y suis allée une fois. »

Ça me rassure : j’ai fait exactement la même chose, il y a quelques années. Des amis avaient fondé une boîte de prod dans le Mile-End; ils avaient des tables de libres, et m’avaient offert d’en louer une à 250 dollars par mois. J’étais pas riche, mais c’était une dépense pour le travail, donc déductible d’impôt, et je me disais que cet investissement me forcerait à rentabiliser mon investissement en écrivant beaucoup et bien.

Finalement, j’y passais maximum cinq jours par mois, et ces journées étaient savamment et régulièrement ponctuées de pauses pour aller m’entraîner, m’acheter mon quatrième café de la journée (habituellement autour de onze heures), et de cinq à sept qui commençaient plutôt à quatre heures « parce qu’il faut bien décompresser, on travaille tellement fort ».

J’ai dû écrire environ quinze pages d’une websérie qui n’a jamais vu le jour, dans ce local de la rue Casgrain, tout au plus, alors que j’ai réussi à écrire des pièces entières dans mon appartement surpeuplé coin 3e Avenue et Masson, à moitié nu, dans un environnement bruyant, interrompu par les distractions de mes colocs qui se font à manger et tenté par les sirènes de Netflix et de mon PlayStation dans le salon. Après deux ans à payer dans le vide, j’ai finalement laissé tomber.

Depuis, la fascination de certains auteurs, ou aspirants auteurs, pour l’hygiène de vie de l’écrivain me fascine : elle est souvent fétichisée, magnifiée, et on tente d’y trouver (en vain, selon moi) un secret du succès. La réalité est souvent pas mal moins sexy.

Bref, Catherine, je comprends ton struggle.

« J’ai un bureau dans ma chambre, pour faire beau, mais je travaille tout le temps sur ma table. J’ai ma chaise, qui fait face à la fenêtre, je travaille tout le temps ici, je peux pas travailler sur aucune autre chaise. Je passe tellement de temps ici, la chaise porte pratiquement l’empreinte de mes fesses! »