L’influence des classiques

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    Pourquoi lire des classiques? Si la question semble simple, la réponse est multiple : pour apprendre, avoir des référents semblables, mieux connaître l’être humain, s’inspirer, faire ses classes… Mais ce qui est sûr, c’est que certaines œuvres forgent des lecteurs, s’immiscent chez les auteurs. Classiques et nouveautés peuvent ainsi se répondre, comme en témoignent les comparaisons de nos libraires indépendants dans le présent dossier. Redécouvrir les classiques sous la lumière des œuvres contemporaines : pourquoi pas!

    Dans ce dossier

    Auteurs contemporains, influences classiques

    Jacques Poulin s’inspire de la précision et l’épuration de la plume de son mentor, Hemingway; Dany Laferrière vante notamment les mérites de Borges; Beigbeder salue la fougue de Salinger et Claudia Larochelle suit tout ce que fait Annie Ernaux. Si plusieurs soutiennent qu’être écrivain, c’est d’abord être animé d’un souffle créateur, nombreux sont ceux qui estiment qu’une grande part de la signature propre à un auteur provient de ses influences. Influences quant à son style d’écriture, ses sujets de prédilection, ses idées véhiculées. Cinq grands auteurs, d’ici comme d’ailleurs, nous dévoilent les auteurs classiques qui se cachent entre deux de leurs phrases.

    Déjà sur vos écrans…

    Il peut paraître facile de comparer un livre de science-fiction « contemporain » à 1984 de George Orwell, l’un des classiques fondateurs. Cette dystopie publiée en 1949 pose nombre de bases du genre, que Hugh Howey, avec Silo, applique avec clairvoyance et modernité. Dans les deux cas, le futur est terrifiant, présenté comme postapocalyptique : l’hostilité du monde extérieur est représentée par une guerre lointaine et perpétuelle contre le reste du monde dans 1984, tandis qu’une catastrophe, qui n’est pas clairement identifiée, a rendu la « surface » invivable dans Silo.

    Homère me prête sa voix

    La plupart du temps, j’espère de la lecture qu’elle me plonge dans l’inconnu. Dans le domaine de la prose narrative, cela couvre déjà large, de la nouvelle au roman, du réalisme au fantastique. Lire un roman, n’est-ce pas se lancer à la poursuite d’un personnage qu’une intrigue trimballe à gauche, à droite et, surtout, vers l’avant? Rien de tel avec un classique : on a toujours plus ou moins une idée de ce qui nous attend, jusqu’à ce que la mince pellicule de l’intrigue se soulève, donnant accès à la prosodie, à telle métaphore souveraine, à la beauté pure d’une phrase.

    Entre désillusion et volonté de croire

    Depuis la parution de Madame Bovary, il y a plus d’un siècle, la littérature fut happée par son lot d’héroïnes bovaryennes et de stylistes flaubertiens. Bien peu de romans peuvent se vanter d’avoir autant fait marque, d’avoir enfanté une descendance si riche et dense que l’œuvre de Flaubert. Il est désormais risqué de se lancer dans opération telle que de faire errer parmi/entre ses pages une héroïne aux traits trop semblables à ceux de l’Emma de Flaubert. Les critiques et les pièges à l’égard d’une telle entreprise sont tout simplement trop nombreux. Et pourtant, certains auteurs s’aventurent encore dans cette direction, pour le meilleur et pour le pire. C’est exactement ce qu’a fait Éric Reinhardt dans son septième roman, en publiant L’amour et les forêts chez Gallimard, récit aux accents des plus bovariens qui réussit où tant d’autres ont échoué.

    De la honte plein la gueule

    La honte, d’Annie Ernaux et En finir avec Eddy Bellegueule, d’Édouard Louis, se répondent par leur regard sur la marginalité, sur certaines formes de violence envers la différence. Une violence souvent accentuée dans certains milieux plus précaires.

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