Métier: parent

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Je suis d'une autre époque: je ne fréquente aucun blog ni ne m'intéresse beaucoup au phénomène. Je ne connaissais donc pas les deux (Z)imparfaites, ces amies-mamans-amantes de rosé en quête de «maternité heureuse», jusqu'à la parution de leur Guide de survie, qui réunit leurs meilleurs billets d'humeur et d'humour. Sur le quotidien des mères, Élise Gravel en a long à dire elle aussi. Les joies de la maternité (poil au nez), son anti-manuel de puériculture coécrit avec Caroline Allard, déconstruit avec inventivité l'image de perfection à laquelle tant de parturientes, bien intentionnées et abreuvées de mille conseils glanés dans autant de guides sur la grossesse, la naissance, l'alimentation et l'éducation, tentent de se conformer.

À mon grand plaisir, les hommes ont aussi leur opinion sur la parentalité. Ainsi, quand les femmes préfèrent le rire aux larmes pour raconter leurs journées surchargées, ces derniers nous font quelquefois pleurer quand ils parlent de leur rôle. Je pense notamment à Enquête de paternité, un projet unique, magnifique, qui donne voix à toutes sortes de papas, aimants ou absents, gâtés par la nature ou écorchés par la vie, et à l’album Mon petit nombril de Pascal Colpron, dont les planches sont d’abord parues sur le Web.

Au diable les purées bio!
«Est-ce que cumuler pression, culpabilisation et perfection contribue à faire de nous des bonnes mères?», s’interrogent Nancy Coulombe et Nadine Descheneaux dans Le guide de survie des (Z)imparfaites. Mieux (sur)vivre avec ses enfants… et ceux des autres. Devenir mère signifie-t-il obligatoirement l’expulsion de notre esprit critique en même temps que du placenta? Quand elles en ont eu marre d’avoir le sentiment de transgresser «les leçons de morale de la brigade pro-allaitement, les conseils ampoulés de belle-maman, les discours culpabilisants de ceux qui détiennent la vérité, de ces  » professionnels de la parentalité  » de tout acabit», les deux copines ont jeté aux ordures leurs manuels de puériculture.

Leur Guide est un bonheur légitime, non coupable. On se marre en lisant «Des bébés laids, ça existe!». On colle sur le frigo les chartes des droits estivaux, de la relâche, de Noël et des (z)imparfaites en post-partum: ces passe-droits sont si doux au cœur d’une maman. On lève notre chapeau (et notre verre) quand on découvre les raisons qui poussent à choisir le biberon — et à s’exposer à une accusation d’hérésie — dans «Je n’ai pas allaité».

Quelles leçons tirer de cette lecture jouissive? Le sacro-saint lâcher-prise et le droit d’être indigne.

Wonder Maman
Je ne suis pas friande des webépisodes tirés des Chroniques d’une mère indigne de Caroline Allard, et bien qu’elle me fasse rigoler avec son personnage dans lequel je me reconnais, je n’ai lu qu’en diagonale ses deux recueils publiés au Septentrion. Par contre, j’aime beaucoup les albums pour la jeunesse d’Élise Gravel, que j’ai découverte avec J’élève mon monstre, aux 400 coups. Cette auteure et illustratrice jette un regard allumé sur l’enfance. Je n’en attendais pas moins de sa vision de la vie de maman.

Tandis que les (Z)imparfaites se servent du gros bon sens pour clamer qu’on ne doit pas se plier aux diktats imposés par les manuels, Gravel et Allard se veulent plus mordantes avec leur répertoire de conseils suspects, de comptines douteuses, de produits ridicules, de témoignages pathétiques et de jeux humiliants. Les joies de la maternité (poil au nez) est une parodie réjouissante, une infopub explosive bourrée d’idées et d’illustrations géniales. À s’offrir pour faire un pied de nez à la maternité et à donner accompagné de La bête, un livre de souvenirs de bébé dans le même ton publié à La Pastèque.

«À quoi ça sert, un papa?»
Jean-René Dufort a perdu son père à l’âge de 8 ans. De son propre aveu, ça le fait «souverainement chier». Point barre. Sans avoir eu de modèle, «Infoman» est tout de même devenu papa à son tour. Il considère qu’il s’en est bien tiré, même s’il cherche toujours réponse à la question: «À quoi ça sert, un papa?» On ne le changera pas.

Dans Enquête de paternité, cinquante-deux hommes d’horizons opposés, des vedettes comme des inconnus, racontent leur relation avec leurs enfants. Plus d’une centaine de photos signées Sébastien Raymond illustrent ce livre qui se distingue par un concept brillant: montrer les modèles paternels actuels sous un angle émotif et artistique à travers les confidences d’hommes ayant accepté de laisser tomber leur armure d’ «invincibles». Alors qu’on pourrait penser qu’un homme est naturellement derrière ce projet, c’est plutôt une petite bonne femme énergique qui en est le moteur: Geneviève Landry, directrice générale de l’Entraide pour hommes de la Vallée-du-Richelieu/Longueuil. En avant-propos, elle plonge dans sa propre histoire avec son père — fusionnelle mais compliquée, on n’en connaîtra pas les détails — pour expliquer la genèse de cet exceptionnel hommage au courage et au dévouement.

Pascal Colpron, quant à lui, pourrait répondre de manière pratique à Jean-René Dufort: un papa, c’est bon pour ramasser la table après souper et enseigner des rudiments d’opéra avec son nombril. Ancien directeur artistique pour une boîte d’animation et d’effets spéciaux, cet illustrateur dans la trentaine est marié et papa à plein temps. Il publie quotidiennement sur son blog des anecdotes autobiographiques sur sa vie de famille, sa fillette, sa femme, son chat, son ancien boulot, son goût pour les jeux vidéo. Mon petit nombril rassemble ses meilleures planches publiées sur la Toile. Impossible de ne pas craquer pour son trait de crayon, son humour, sa tendresse. Une pétillante démonstration d’amour et de l’art d’être des parents parfaits, envers et malgré leurs défauts.

Bibliographie :
Le guide de survie des (Z)imparfaites, Nancy Coulombe et Nadine Descheneaux, Les intouchables,
176 p. | 19,95$
Les joies de la maternité (Poil au nez), Élise Gravel avec la collaboration de Caroline Allard, Les 400 coups, 136 p. | 21,95$
Enquêtes de paternité, Geneviève Landry, De l’Homme 232 p. | 39,95$
Mon petit nombril, Pascal Colpron, La Pastèque, 88 p. | 21,95$

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