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Au commencement était la poésie

Au commencement était la poésie

Par Michel Pleau, publié le 01/06/2001
« Au commencement était le verbe... et le verbe s’est fait chair » On apprend beaucoup sur la poésie en contemplant le ciel. J’aime regarder les étoiles, lire les poèmes de leurs constellations. Quelques heures par semaine je m’installe à mon télescope et j’observe je ne sais plus trop quoi. L’immensité de l’univers ? Le secret de la création ? Une nouvelle planète ? Non. Je pense que je suis à la recherche de la parole première. Ou, plus précisément, je cherche l’origine de la poésie.
Quand je lis (ô bonheur !) ou que j’écris (ô joie !) des poèmes, je ressens parfois en moi toute la vibration intense des premiers instants de la vie (ô wow !). Je nommerais ainsi ce sentiment : une sorte de big bang personnel. Je ne suis pas le seul à le dire : la poésie vient d’une explosion de la parole originaire. En effet, même si cela reprend un peu trop l’imagerie chrétienne, j’affirme (oh, le grand mot !) qu’au commencement était la parole. Ce bouillonnement chaud et lumineux du début a explosé pour donner la vie. C’est ainsi que nous sommes nés de la parole. C’est ainsi que nous sommes tous devenus un fragment de cette parole première.

Que fait le poète dans toute cette galère ? Il marche, comme tous les humains, vers l’origine. Il va de l’avant car cette origine est devant lui. Il écrit, il marche sur les mots qui sont les plus beaux chemins et les plus beaux ponts. Il écrit, il marche, il aime et il devient lui-même poème. Le poète, faut-il le répéter, n’est pas celui qui fait des poèmes mais bien celui qui est fait par ses poèmes.

Les trois verbes de la poésie

Les poèmes d’Yves Préfontaine ont fait de lui un grand poète, une voix capable de donner naissance à d’autres poètes. Son plus récent recueil publié aux Éditions de l’Hexagone, Être-Aimer-Tuer, nous donne à lire l’aventure d’un homme préoccupé par des questions existentielles et profondément amoureux de la vie avec ce qu’elle comporte de beautés et d’horreurs. Yves Préfontaine nous dit ce qu’il perçoit de l’aventure humaine. Il écrit en introduction de son livre : « En somme, il s’agit ici, désormais d’une quête d’ordre existentiel (ce mot me pèse mais je ne trouve pas d’équivalent) dans les tonalités les plus intimes qu’il me fût donné d’exprimer ».

Cette quête traverse tout le projet du recueil avec une humilité et une maturité qui font du bien à lire. Ici le poète n’écrit pas « sur » existence, sa quête n’est pas une marque de commerce. Nous voici devant un homme qui cherche réellement et pour qui les mots retrouvent leurs matérialités et leurs nécessités. Rappelons qu’Yves Préfontaine est né à Montréal en 1937. Anthropologue et communicateur, il a animé durant des années des émissions radiophoniques et milité activement en politique avec le Rassemblement pour l’indépendance nationale (RIN) et le Parti québécois.

Poèmes perdus et retrouvés

Renaud Longchamps publie aux Éditions Trois-Pistoles Passions retrouvées, un supplément au tome 1 de ses Œuvres complètes. Depuis 1999, le poète a entrepris, avec la complicité de son éditeur et ami Victor-Lévy Beaulieu, la réédition et la réécriture (pour certains textes) de la totalité de sa production. Passions retrouvées regroupe des textes écrits dans les environs de 1969, au moment précieux où le jeune poète n’a pas encore publié. C’est à une découverte du surréalisme du monde que nous convie Renaud Longchamps dans ces poèmes qui avaient d’abord été semés au hasard des conversations et des amitiés. C’est à un véritable travail d’exhumation de manuscrits épars que s’est livré le poète. On y retrouve, avec émotion, un poète face à ses origines.

L’amour de la poésie

Denise Joyal et Hélène Thibaux nous présentent aux Éditions du Noroît une magnifique anthologie, intitulée simplement Poèmes d’amour. Pour souligner le trentième anniversaire de la maison d’édition, les auteures de l’anthologie ont réuni cinquante poètes du Noroît avec le projet d’ouvrir tout grand les horizons de l’amour. Poésie des commencements de la femme et de l’homme, la poésie d’amour nous entraîne également dans une réflexion sur la poésie et ses enjeux. Car ici l’amour n’est pas uniquement un thème. Le poème nous dit ce qu’est l’amour et l’amour, à son tour, nous dit ce qu’est le poème. Poèmes d’amour nous fait découvrir ou redécouvrir de très beaux textes de Geneviève Amyot, Michel Beaulieu, Jean-Paul Daoust, Jean-Noël Pontbriand, Marie Uguay et bien d’autres qui révèlent autant de visages de l’amour.

En bref

En terminant, je souligne la parution de deux recueils traversés par le travail de la mémoire, ce lieu des commencements. D’abord, les Écrits des Forges publient Vertiges quotidiens de Carl Lacharité. Né en 1973, ce poète, lauréat du Prix Piché-Le Sortilège en 1997, est un animateur important de la vie poétique de Trois-Rivières. « Il ne reste parfois/que l’argile des silences/pour tenir l’insupportable » nous dit celui dont la poésie semble parler une langue à plusieurs voix. L’originalité et la force de ses images sont remarquables. Un poète à lire et qui habite avec ses lecteurs « le lieu vacillant de la mémoire ».
Finalement je signale la publication, aux Éditions Faye, d’un livre aussi beau que le printemps. Les racines de la mémoire de Bernard Fiset nous dit la beauté de la vie et chante l’existence du pays. Amoureux de la poésie de Félix Leclerc et de Gilles Vigneault, Bernard Fiset nous fait entendre une parole faite de joie, de souvenir, de peine et d’espoir. Le livre est accompagné de magnifiques illustrations de l’artiste Isabel Richard.


***


Être-Aimer-Tuer, Yves Préfontains, l’Hexagone
Œuvres complètes, supplément au tome 1 : Passions retrouvées, Renaud Longchamps, Trois-Pistoles
Poèmes d’amour, anthologie, Denise Joyal & Hélène Thibaux, Noroît
Vertiges quotidiens, Carl Lacharité, Écrits des Forges
Les racines de la mémoire, Bernard Fiset, Éditions Faye
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