Une ville en livres: Barcelone

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La Catalogne, une des premières destinations touristiques d'Espagne, possède une histoire parmi les plus anciennes d'Europe, une richesse architecturale incomparable, une côte bordée de plages sablonneuses, une gastronomie colorée et, surtout, des habitants chaleureux. Un mélange séduisant qui a façonné l'identité catalane: les Catalans sont ravis de la partager avec ceux qui savent apprécier ce fin dosage de seny, bon sens, et de rauxa, démesure.

Une ville aux mille visages

Depuis les Jeux olympiques de 1992, Barcelone s’est fait connaître du monde entier comme une métropole dynamique en perpétuel mouvement. Cette vitalité profite aux Barcelonais et prouve une fois de plus que leur ville est un foyer artistique exceptionnel, ce même foyer qui a su leur forger cette identité culturelle unique. Capitale historique de la région, Barcelone est réputée pour être la plus cosmopolitaine et moderniste des villes espagnoles. Entre mer et montagnes, cette cité de contrastes a su trouver l’équilibre parfait entre tradition et avant-garde. Ici, on danse la sardane, danse traditionnelle catalane, avant d’aller dans les boîtes de nuit branchées. Les magnifiques églises romanes cohabitent avec les grands noms de l’art et de l’architecture modernes: Dali, Tapiès, Miró, Picasso et Gaudí. Ce dernier, précurseur du mouvement moderniste catalan de la fin du XIXe siècle, façonne tout Barcelone avec son architecture à la fois givrée et lumineuse: du Parc Güell, aux lampadaires de la Plaça Reial, en passant par les maisons aux balcons ondulées sur le Passeig de Gràcia. Son extraordinaire héritage, relaté dans Antoni Gaudí: toute l’architecture (Taschen), fait de lui l’architecte emblématique de cette ville toujours en évolution, à l’image de la Sagrada familia, cette cathédrale dont la construction, entamée en 1822, ne sera pas complète avant 2030.

Les échos de toutes les époques, romaine, gothique ou moderne, sont palpables à chaque coin de rues et se répercutent d’un quartier à un autre. Il suffit de prendre un verre au Els Quatre Gats, café bohème du Barri Gòtic (quartier gothique, littéralement), pour partager une «table avec les fantômes de Pablo Picasso, Isaac Albeniz, Frederico Garcia Lorca et Salvador Dali» (L’Ombre du vent, p.21). Barcelone, c’est aussi Joan Miro, peintre et sculpteur aux réalisations colorées et fantasques, c’est Picasso, qui y exposa pour la première fois en 1900, et bien d’autres artistes prodigieux dont plusieurs écrivains, qui, chacun par son écriture, invite à la découverte des multiples facettes de cette ville qui ne dort jamais.

Régionale, catalane, internationale

La mort de Franco en 1975 ouvre une nouvelle voie aux Catalans. Après des années de dictature, ce peuple a su rebondir, reprendre possession d’une langue qu’il ne pouvait plus parler sous le régime franquiste. Dans un véritable élan d’expression, il a fait preuve d’audace, d’imagination et d’engagement. Avant même ces années 80 d’effervescence, les Barcelonais avaient inventé la movida, cette agitation créatrice, si bien expliquée dans Le goût de Barcelone, superbe recueil paru au Mercure de France. Cette cité tourbillonnante allait révéler des talents parmi les plus fantasques: Théophile Gautier, Eduardo Mendoza, Manuel Vasquez Montalban, Francisco Gonzáles Ledesma, Andreu Martin, Paul Morand, Pedro Zarraluki et bien d’autres.

En raison de la force de gravité des grands centres, la littérature catalane a souffert pendant des décennies de l’épouvantable étiquette de littérature «régionale». Comme le rappellait le romancier Eduardo Mendoza, «Barcelone n’a pas la longue et pesante tradition intellectuelle qu’on peut trouver à Londres ou à Paris» (Magazine littéraire, n°408, avril 2002). Longtemps secret parmi les mieux gardés d’Europe, elle est, aujourd’hui, enfin sur le point de s’imposer auprès des lecteurs étrangers comme une littérature nationale majeure. Des écrivains dont la notoriété n’est plus à faire en Espagne et ailleurs, Roderoda, Mendoza, Montalban et Monzo, sont appuyés par l’apparition d’une nouvelle génération d’auteurs d’envergure comme le poète Enric Cassasas et les romanciers Albert Sanchez, Imma Monso et Jordi Punti. La voie catalane prend de la force, pour notre grand bonheur.

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Que Barcelone soit le théâtre, le souvenir ou la terre d’origine de l’auteur, cette ville prodigieuse est au cœur de la littérature catalane.

De La ville des prodiges où un paysan de treize ans quitte son village natal pour gagner sa vie à Barcelone à L’artiste des dames, Eduardo Mendoza joue avec les thèmes qui lui sont chers: sa ville natale, Barcelone, la langue catalane, le roman policier et la société espagnole.

Manuel Vasquez Montalban, célèbre pour le personnage du détective Pepe Carvalho, a fait de ce dernier un prétexte pour explorer en profondeur Barcelone. Une vingtaine de romans traduits en plus de 24 langues font de lui, à ce jour, l’écrivain espagnol le plus lu, tant à l’étranger que dans son pays.

Juan Marsé appartient à la génération sacrifiée qui a grandi étouffée par le franquisme. Teresa, l’après-midi est un livre culte de l’Espagne des années 60. Il fait de Barcelone une cité emblématique.

Dans L’Ombre du vent, Carlos Ruiz Zafón explore une Barcelone déchirée par la guerre civile, carrefour d’existence suspendues où rôde la haine.

Quim Monzo, enfant terrible de la littérature catalane, est reconnnu pour son ton dépouillé et ironique. Parmi ses remarquables ouvrages, le recueil de récits …Olivetti, Moulinex, Chaffoteaux et Maury.

Jaume Fuster, un des créateurs du courant noir catalan, livre dans Petit à petit l’oiseau fait son nid, une analyse de la société barcelonaise de la fin du règne franquiste.

Le grand roman de Barcelone propose 15 nouvelles ayant en commun des personnages qui habitent la métropole catalane. Sergi Pamies trouve sa matière dans les maux de la condition humaine.

Image: détail d’une mosaïque du Parc Güell d’Antoni Gaudí.

Bibliographie :

Gaudi. Toute l’architecture, Rainer Zerbst, Taschen, 240p.

L’ombre du vent, Carlos Ruiz Zafon, Le Livre de Poche, 637p.

Le goût de Barcelone, Collectif, Mercure de France, coll. Le petit Mercure, 135p.

La ville des prodiges, Eduardo Mendoza, Points, 505p.
L’artiste des dames, …, Points, 368p.

L’homme de ma vie, Manuel Vásquez Montalbán, Points, 288p.

…Olivetti, Moulinex, Chaffoteaux et Maury, Quim Monzo, Le Serpent à Plumes, coll. Motifs, 182p.

Petit à petit l’oiseau fait son nid, Jaume Fuster, Tinta Blava, coll. Noir c’est noir, 202p.

Le grand roman de Barcelone, Sergi Pamies, Jacqueline Chambon, 142p.

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