Ma scène érotique préférée

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Les libraires dévoilent leur scène érotique préférée.

UN ROMAN RUSSE, EMMANUEL CARRÈRE (FOLIO)
À la demande du journal Le Monde, Emmanuel Carrère accepte d’écrire une nouvelle qui paraîtra dans un supplément au quotidien français. Comme l’auteur sait que son amante, Sophie, prendra le train le jour de la parution de son texte — qu’elle lira donc à coup sûr — il décide d’écrire une nouvelle érotique spécialement pour elle. Il la conçoit de telle façon que seule Sophie pourra se reconnaître dans cette histoire. Son but: la mener à l’orgasme dans les toilettes du train. Le texte est publié le jour prévu, mais finalement Sophie manque son train… J’ai adoré ce récit, torride, rapporté par Carrère dans Un roman russe.
Johanne Vadeboncoeur, Clément Morin

ELLES SE RENDENT PAS COMPTE, BORIS VIAN (LE LIVRE DE POCHE)
Parce que, selon Boris Vian, «on a le droit d’exciter les gens à se tuer, en Indochine ou ailleurs, mais pas de les encourager à faire l’amour», et que cet auteur/musicien a toujours su réchauffer la salle, ma scène de sexe préférée se lit comme suit: «… ……………. […]» Ces petits points représentent un moment particulièrement agréable. Il ne nous reste plus qu’à l’imaginer. C’est un peu le même principe qu’un col roulé moulant sur le corps de Marilyn Monroe. Tout est dans la suggestion, et c’est bon!
Marie-Hélène Vaugeois, Vaugeois

37º2 LE MATIN, PHILIPPE DJIAN (J’AI LU)
Zorg est prêt à suivre Betty au bout de tout, même quand la folie rôde et s’acharne à semer la souffrance. «Ça devenait rare de la voir aussi calme et détendue et comment dirais-je, presque heureuse, oui c’est ça, presque heureuse.» Ça se passe après la baise, et Zorg aura droit au regard blessé de sa belle quand il souligne tout haut qu’il aimerait la voir plus souvent dans cet état. Philippe Djian raconte cette passion non conformiste et dévorante avec une plume chargée d’un érotisme insouciant.
Véronique Grondin, Du Centre

ÈVE PARADIS, REYNALD CANTIN (QUÉBEC AMÉRIQUE)
À l’adolescence, la plus petite allusion littéraire à l’érotisme nous donne des sensations. Pour moi, une des scènes marquantes est celle du deuxième volet de la trilogie pour adolescents «Ève» de Reynald Cantin. Ève se trouve à un party en compagnie de Christophe, frère de feu son amoureux. Ils ont tous deux bien bu et bien dansé et se retrouvent bientôt affalés l’un sur l’autre sur un sofa. Timidement d’abord, ils se touchent, puis s’embrassent, se troublent et se chamboulent puis…
Anne-Marie Genest, Pantoute

LE PROCÈS, FRANZ KAFKA (FOLIO)
Au sixième chapitre du Procès de Kafka, Joseph K. flirte avec Leni, l’infirmière d’un avocat alité et mourant. Les amants s’étreignent et roulent sur le tapis dans le bureau de ce dernier, sous le portrait d’un juge. Cette scène représente une sorte d’enclave dans la mécanique infernale où Joseph K. est empêtré. Elle a lieu «devant la Loi», ce qui lui donne une étrange force érotique. Dans le film d’Orson Welles, de 1962, c’est Romy Schneider qui incarne Leni.
Mathieu Croisetière, Clément Morin

LA MAIN DE DIEU, YASMINE CHAR (FOLIO)
Dans la scène de la douche, de La main de Dieu, le journaliste rejoint l’adolescente, la savonne langoureusement avant de la porter sur le lit. S’ensuit une scène d’amour initiée par la jeune fille, qui découvre la force du plaisir et ramène le lecteur aux sensations exacerbées de sa propre adolescence. Le désir de l’héroïne est si vibrant qu’il en est contagieux et émouvant. Cet extrait est d’autant plus fort que, dehors, règnent les combats et la mort, pendant la guerre au Liban.
Manon Trépanier, Alire

LA VALLÉE DES CHEVAUX, JEAN M. AUEL (POCKET)
Je me rappelle, j’avais 13 ou 14 ans et j’étais plongée dans La vallée des chevaux, de Jean M. Auel. À la toute fin, il y avait une scène entre Ayla et Jondalar où c’était la «première fois» d’Ayla. C’était aussi, pour ma part, ma première scène de sexualité explicite, avec les vrais mots, sans la moindre fausse pudeur. On y sentait le désir, la sensualité, mais c’était beau, très loin de la pornographie. Je l’ai lue et relue en cachette, fascinée par une littérature que je découvrais.
Mariane Cayer, Daigneault

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