Les Flamands nous visitent

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«À prononcer vos noms sont difficiles», aurait pu dire Aragon des écrivains flamands qui nous rendront visite lors du Salon du livre de Québec (SILQ): Annelies Verbeke, Benno Barnard, Luc Devoldere, Stefan Hertmans, Bart Moeyaert et Yves Petry (accompagnés de Philippe Noble, traducteur du néerlandais au français).

Que connaît-on de la Flandre et de sa culture? Peu, à vrai dire, sinon que sa population néerlandophone forme la majorité linguistique d’un pays cher à beaucoup de Québécois, là où semble née la peinture occidentale, dans ces «Pays-Bas du Sud», comme on a appelé la terre flamande avant la création de la Belgique (1831). Le ciel se confond au plat pays, Mijn platte land mijn Vlaanderland, chanté par Brel («Ay Marieke Marieke je t’aimais tant / Entre les tours de Bruges et Gand»). Les panoramas urbains sont échancrés par les fameux pignons à gradins.

La littérature flamande? On la confond parfois avec sa voisine néerlandaise (situation périphérique que les écrivains partagent avec leurs compatriotes wallons et bruxellois, eu égard à la mainmise qu’exerce Paris sur les lettres belges d’expression française), la langue l’emportant ici sur la terre, la patrie. Heureusement, il est possible d’associer l’immense Hugo Claus, auteur du Chagrin des Belges, roman que d’aucuns tiennent pour le chef-d’œuvre de la littérature flamande, à son pays. Les tensions qui agitent non seulement la littérature, mais aussi ce corps social qui se considère comme le plus latin des peuples germaniques, se trouvent exposées dans l’œuvre de ce fils spirituel d’Antonin Artaud, né à Bruges.

Plusieurs de nos visiteurs affichent semblable inquiétude esthétique, à commencer par A. Verbeke, dans son roman sur l’insomnie, lapidairement et efficacement titré Dors! Inquiétude d’abord traduite par le rythme, par une fébrilité que rehausse la narration croisée grâce à laquelle deux noctambules partagent leurs nuits déjantées. Dans Fragments d’un siècle, B. Barnard, Néerlandais ayant choisi de vivre en Belgique, se lance dans ce qui pourrait être présenté comme la «communauté de son père», mais a tôt fait de se confondre à l’histoire du XXe siècle et à la crise philosophico-religieuse qui l’a agité. Bart Moeyaert, avec Oreille d’homme, campe une ambiance faite de silence et de parole, qui explore le passage entre enfance et monde adulte.

La spécificité, la distinction flamande, qui passe par la conscience, apparaît très clairement dans les essais de S. Hertmans, de même que dans la correspondance Lumières du Nord, que nous cosignons. Cette conscience se met en scène. Magnifique théâtre de l’inquiétude que le voyageur d’Entre villes transporte d’un lieu à un autre, d’Amsterdam la toute proche à la lointaine Sydney, pour finir, comme il se doit, dans son Gand natal.

Pour une vision en continu de la littérature flamande, on lira la revue Septentrion, que nous présentera Luc Devoldere, son rédacteur en chef, lors du SILQ. On lui doit déjà une livraison sur les relations entre Québécois et Flamands (2004, no 3). Autre lieu éditorial précieux: la collection «Escales des lettres» du Castor astral. Par ailleurs, les lecteurs québécois pourront faire connaissance avec nos amis flamands, lors d’un bref colloque organisé par les étudiants du cégep F.-X.-Garneau (le mercredi 11 avril, scène Médias du SILQ, de 15h à 17h30).

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