L’Algérie d’hier à aujourd’hui: Un thé au Sahara

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En 2008, les Algériens ont surpassé les Français en nombre de nouveaux arrivants au Québec, l’Algérie étant dorénavant notre première source d’immigration. Il est d’ailleurs possible de rencontrer de nombreuses communautés d’origine algérienne ici et là sur le territoire québécois. Mais qu’en est-il de notre connaissance de la culture algérienne? Plus précisément: qu’en est-il de notre connaissance de sa littérature? Le nombre de peuples qui ont habité l’Algérie, des Romains aux Arabes d’aujourd’hui, ayant rendu son histoire profondément complexe, l’histoire de sa littérature est donc également fortement diversifiée.

Les auteurs algériens ainsi que ceux qui ont vécu sur le territoire qui deviendra celui de l’Algérie contemporaine s’inscrivent dans une dynamique multiethnique. Si l’on veut donner une bonne idée de ce que représente la littérature algérienne, il faut prendre en considération des auteurs aux ori­gines très variées. Le présent article évoquera donc les œuvres d’écrivains des époques romaine et française, d’une écrivaine kabyle et, enfin, de deux romanciers arabes, ces deux derniers étant issus du peuple qui domine l’Algérie d’aujourd’hui.

Le paradis céleste
D’abord, le Romain Saint-Augustin. Durant l’Antiquité, quelques siècles avant la conquête du Nord de l’Afrique par l’empire arabe, les Romains occupaient le territoire qui deviendra plus tard l’Algérie. C’est précisément vers la fin de cette ère, au Ve siècle, que Saint-Augustin écrit des textes qui feront de lui un des écrivains les plus importants de la théologie chrétienne ainsi qu’un des plus grands noms de la philosophie latine classique en général. Parmi les nombreux textes célèbres de Saint-Augustin, La Cité de Dieu représente un titre incontournable, sans équivalents dans la littérature de la pensée chré­tienne. L’auteur y aborde la Cité terrestre maudite et la nécessité de se conformer à la Cité de Dieu pour atteindre la béatitude éternelle. Par son analyse de l’Histoire Sainte et sa volonté de tout subordonner à la foi chrétienne, Saint-Augustin suscite encore aujourd’hui de grandes réflexions, tantôt admiratives, tantôt brutalement cinglantes. Néanmoins, dans l’histoire littéraire de l’Algérie, Saint-Augustin et sa Cité de Dieu représentent encore des références incontournables.

L’étranger en terre arabe
Le deuxième auteur non arabe abordé dans le présent article nous transporte près de plus d’un millénaire et demi plus tard, soit au début du XXe siècle. À l’époque, les Arabes peuplent le Maghreb depuis longtemps, mais le pays est occupé depuis plus d’un siècle par une France toute-puissante, qui a étendu son empire sur tout le continent africain. L’auteur dont il est question est, naturellement, Albert Camus. Colon français d’Algérie, il se fait connaître à travers ses romans, ses essais philosophiques ou ses pièces de théâtre. Une de ses œuvres les plus importantes, L’étranger, fait partie de la «Trilogie de l’absurde», au même titre que la pièce de théâtre Caligula et l’essai Le mythe de Sisyphe.

L’étranger est un roman reconnu pour son style littéraire très dépouillé. Il s’agit d’un roman simple à lire, accessible à tous et à toutes. Camus, y traite de l’absurdité de l’homme à travers l’histoire d’un Français en Algérie, étran-ger au sein d’une race qu’il domine, mais aussi étran-ger parmi tous les hommes et toutes les femmes, dans un monde composé uniquement d’événements aléatoires.

La voix du Nord
Les deux écrivains non arabes ayant été présentés, parlons d’une troisième auteure importante de la littérature algérienne, Taos Amrouche, qui est originaire de la Kabylie, une région au Nord de l’Algérie. Le peuple kabyle, initialement autochtone, est aujourd’hui intégré à la population algé­rienne, et en partie arabisé depuis l’époque où les Arabes se sont installés sur le territoire nord-africain. Les Kabyles sont également majoritairement musulmans, ce qui accentue leur synergie avec les peuples du Maghreb. Taos Amrouche, sœur de l’écrivain Jean Amrouche, est un des plus grands noms contemporains de la littérature kabyle d’Algérie grâce, entre autres, à son recueil de contes et de poèmes intitulé Le grain magique. Les textes qu’on y retrouve partagent quelques ressemblances avec les grands contes grec et perse que sont L’odyssée et les Mille et une nuits, mais se singularisent à l’aide d’une touche maghrébine et berbère, une grande famille ethnique dont les Kabyles font partie.

Mimouni et Khadra
Enfin, deux autres plumes incontour­nables de la littérature algérienne: Rachid Mimouni et le célèbre Yasmina Khadra. Arabes et musulmans, ils représentent à eux deux, sur le plan culturel, la majorité du peuple algérien actuel. Le printemps n’en sera que plus beau est un roman incontournable de Mimouni; l’histoire se situe durant la guerre d’Algérie. La France occupait jadis cette contrée, et ce colonialisme a débouché sur un des conflits militaires les plus sanglants du XXe siècle, si on fait fi des guerres mondiales. C’est dans ce climat que Mimouni imagine des personnages du FLN (Front de libération nationale) et de l’armée française. Grâce à un vocabulaire adapté à la violence de la guerre, le roman illustre les émotions qui traversent, psychologiquement et physiquement, les deux pays ennemis, dont la confrontation aura fait trembler le monde pendant huit ans.

Quant à Yasmina Khadra, l’œuvre qu’il qualifie lui-même de «roman de sa vie» est Ce que le jour doit à la nuit, paru en 2008 et qui a séduit un grand nombre de lecteurs et de lectrices. Khadra, dont la popularité s’accroît sans cesse, développe dans son roman l’histoire d’un jeune Algérien qui grandit dans la communauté des Pieds-Noirs, essentiellement composée, avant 1962, de colons venus d’Europe et de Juifs séfarades, et apprend que la finalité de la vie de tout homme est la femme. À l’aide d’un style riche en figures de style, le roman berce son lecteur du début à la fin dans une intrigue bouleversante, mais imprégnée de beauté humaine.

La littérature algérienne ne peut être rendue à travers un simple article. Toutefois les titres mentionnés permettent de percevoir ses composantes essentielles: sagesse, amour, tradition, respect et fierté.

Bibliographie :
La Cité de Dieu (3 vol.), Saint-Augustin, Points, 460 p. | 360 p. et 380 p. | 19,95$ ch. La Cité de Dieu est également disponible dans une édition luxueuse (Œuvres, I et II, Gallimard, coll. Bibliothèque de La Pléiade, 94,95$ et 115$). Caligula, Albert Camus, Gallimard, Folio, 212 p. | 15,95$ L’étranger, Albert Camus, Folio, 192 p. | 7,95$$ Le mythe de Sisyphe, Albert Camus, Folio, 192 p. | 14,95$ Le grain magique, Taos Amrouche, La Découverte, 252 p. | 16,95$ Le printemps n’en sera que plus beau, Rachid Mimouni, Stock, 200 p. | 33,95$ Disponible sur commande seulement Ce que le jour doit à la nuit, Yasmina Khadra, Julliard, 418 p. | 29,95$

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