Comme il pleut sur la ville
Karl Ove Knausgaard (trad. Marie-Pierre Fiquet), Folio, 784 p., 18,75$
Dans ce cinquième tome, on assiste à la formation — au sens académique du terme — de Knausgaard, qui, à tout juste 19 ans, entre à la prestigieuse Académie d’écriture de Bergen. On le découvre éparpillé mais déterminé, nonchalant et pourtant intéressé. Il se cherche en tant qu’écrivain, il fait face à des émotions contradictoires : ses amis, écrivains également, sont publiés, alors que lui tarde encore à écrire une histoire complète qui se tienne… C’est aussi un récit des déboires éthyliques d’un universitaire en quête de lui-même, ce sont aussi des histoires d’amour — dont celle avec la femme qu’il mariera —, c’est aussi l’histoire de la perte de certains êtres chers. Knausgaard, poursuivant sa quête de vérité dans cette autobiographie-fleuve, porte son regard sur une période peu resplendissante pour le vingtenaire qu’il était, mais certainement l’une de ses plus déterminantes.

 

La vraie vie
Adeline Dieudonné, Le Livre de Poche, 212 p., 13,95$
L’automne dernier, ce premier roman a remporté beaucoup de succès et a raflé plusieurs prix, entre autres le Renaudot des lycéens, le Grand Prix des lectrices Elle, le prix Première Plume et le prix Filigranes. La vie de la narratrice, âgée de 10 ans, est plutôt déprimante. Son père se passionne pour la chasse et sa mère est effacée, presque absente. Au moins, il y a son petit frère avec qui elle s’amuse dans les voitures abandonnées d’une décharge. Un jour, un accident bouleverse l’existence de cette famille ordinaire. La narratrice aimerait pouvoir tout réparer, revenir à la vraie vie. Déterminée à ce que son frère regagne son sourire et à retrouver l’innocence de leur enfance, elle garde l’espoir de jours meilleurs. Brillante, courageuse et libre, l’héroïne de ce roman sombre et âpre nous chavire.

 

Ça raconte Sarah
Pauline Delabroy-Allard, Minuit, 192 p., 15,95$
Remarqué dès sa sortie, ce premier roman est celui d’un amour fou qui lie Sarah à la narratrice, jeune professeure et maman. Lorsque cette dernière sera invitée chez des amis pour célébrer la nouvelle année, elle fera la connaissance d’une violoniste aux inflexions tempétueuses qui deviendra bientôt une obsession. « Sarah la fougue, Sarah la passion, Sarah le soufre »… tous les mots sont convoqués, pourvu qu’ils sachent dire l’intensité et la ferveur du feu. Cette prose, dont les courts chapitres accentuent le rythme furieux, exprime la combustion du corps et du cœur quand ceux-ci sont envahis par le désir. L’expression d’un tel brasier ne sera pas sans conséquence, mais les meurtrissures ne sont-elles pas la preuve que quelque chose nous a un jour traversés? Ce texte, qui est parvenu à se tailler une place dans la première sélection du Goncourt, est sans pitié pour le lecteur, qui par ailleurs ne s’en plaindra nullement.

 

Chambre 1002
Chrystine Brouillet, Druide, 424 p., 14,95$
Pour ce roman, Chrystine Brouillet délaisse son populaire personnage de Maud Graham. Une chef montréalaise de grande renommée séjourne à New York pour recevoir un prix important. En revenant de ce périple, un accident de voiture la plonge dans le coma. Ses amies entreprennent de lui cuisiner des plats dans l’espoir que les arômes se rendent jusqu’à elle et la ramènent à la vie. Pendant ce temps, le mystère entourant l’accident — qui n’en est peut-être pas un — plane et les enquêteurs tentent d’élucider cette affaire. En plus de célébrer l’amitié et la gastronomie, cette histoire est agrémentée de vingt recettes offertes dans l’ouvrage.

 

Nirliit
Juliana Léveillé-Trudel, Folio, 192 p., 13,25$
Lorsqu’une auteure d’ici perce dans le marché en France grâce à la publication de son roman chez Folio, on peut se réjouir : il s’agit d’un pas de plus pour montrer à toute la francophonie combien les lettres québécoises sont fortes et pertinentes. Avec ce premier roman, Juliana Léveillé-Trudel nous entraîne dans le Nord québécois et nous parle des relations qui se tissent entre les gens, principalement des non-dits qui circulent entre eux et font parfois autant de mal que de bien. Fait de phrases qui fouettent comme le vent du Nord, ce roman met aussi de l’avant la force animale qui vit dans chaque être humain et qui semble se libérer à mesure qu’on avance sur le continent. On en sort ébranlé, ragaillardi par ce froid si bien décrit et ému par tant de beauté.

 

Le poids de la neige
Christian Guay-Poliquin, BQ, 264 p., 12,95$
Une panne d’électricité, une voiture qui ne fonctionne plus. Le jeune homme blessé à la jambe doit trouver refuge dans un village, celui-là même où son père a habité. Les villageois décident de le confier aux soins du vieil homme qui vit plus loin, celui qui, en échange, recevra du village de quoi se chauffer et se sustenter. Installé dans la véranda avec une vue sur la neige qui ne cesse de s’amonceler dangereusement, le narrateur percera tranquillement le silence des lieux et celui de son hôte. Et si le printemps ne venait jamais mettre fin à cet hiver de malheur? Traduit notamment en anglais et couronné de nombreux prix, ce huis clos dresse une tension palpable sans jamais qu’on ne se sente pris au piège.

 

Journal d’Irlande : Carnets de pêche et d’amour 1977-2003
Benoîte Groult, Le Livre de Poche, 430 p., 14,95$
Ce journal fut tenu quotidiennement sur plus de vingt étés par Benoîte Groult, femme infatigable au caractère bien trempé qui y dévoile notamment sans gêne le trio amoureux qu’elle forme avec son mari, soulignant leur « telle complicité intellectuelle et marine », mais aussi avec son amant américain, qui la remplit de gaieté. Elle y parle aussi de pêche, d’aubes guérisseuses, d’oursins et de marées, d’amitiés fortes, de vieillissement et d’alcool. Reconstituer, couper, agencer les textes issus de ce journal : ces étapes furent accomplies par la fille de Benoîte Groult pour se rendre jusqu’au lecteur dans la forme actuelle, car la maladie avait déjà fait sa morsure sur l’écrivaine. Une belle façon de relire la plume de cette dernière, d’entrevoir le quotidien de celle qui vivait de mots, de pêches et de relations fortes.

 

Le nénuphar et l’araignée
Claire Legendre, Nomades, 120 p., 8,95$
L’hypocondriaque envisage tous les scénarios possibles, imagine le pire afin de ne pas être pris au dépourvu, avec l’impression d’avoir tout prévu. Mais comme il est impossible de tout contrôler, c’est là que l’angoisse se pointe. Oscillant entre l’essai et le récit, Le nénuphar et l’araignée sonde la peur (la peur du vide, de la maladie, de l’abandon, du regard des autres, des araignées, de prendre l’avion, de tomber amoureux, etc.), autant ses mécanismes et ses origines que ses symptômes ou ses conséquences. Claire Legendre, qui nous a offert notamment Making-of, L’écorchée vive et Vérité et amour, propose un livre épatant, rythmé, parfois drôle, qui décortique avec acuité les angoisses intimes, absurdes, étouffantes, tordues ou complètement paralysantes que nous pouvons vivre et qui peuvent parfois nous rendre vulnérables.

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