Le livre de la jungle

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Une réputée entraîneuse d'animaux qui vole à la rescousse de félins maintenus en captivité dans un temple bouddhiste thaïlandais et des tout-petits qui personnifient tigre, lion et chat en pratiquant le yoga: deux situations différentes, mais une seule philosophie, qui consiste à vivre en harmonie.

J’ai rencontré Jacinthe Bouchard lors du Salon du livre de Montréal de novembre 2008. Elle était là pour signer son livre, Devenez le meilleur ami de votre chien, aux Éditions de l’Homme. C’est son compagnon qui a d’abord capté mon regard: un magnifique golden retriever, couché dans l’allée. Familier des foules, il se laissait caresser. Ponctuellement, Jacinthe Bouchard, une entraîneuse et spécialiste du comportement animal reconnue au Canada et à l’étranger, lui glissait quelque gourmandise pour le récompenser de sa patience. J’ai complimenté cette blonde sympathique à propos de son chien docile, puis la discussion a glissé sur la race canine la plus recommandée pour une famille avec de jeunes enfants: laquelle «mord le moins»? «Toutes», me lança-t-elle, avant de m’informer que le golden retriever est, en réalité, une de celles qui mord le plus souvent, et ce, parce qu’on baisse notre garde à cause de sa réputation de «gros toutou».

Au cours de cette semaine-là avait été diffusé à la télévision un reportage choquant sur les usines à chiots. Le Québec ne légifère pas sur l’élevage des animaux de compagnie. Ni limite de têtes, ni règles d’hygiène, ni soins prodigués. L’horreur. Nous avons donc parlé des conditions insoutenables dans lesquelles grandissaient ces chiots nés de parents malades et qui, à peine sevrés et aucunement socialisés, prenaient la route des animaleries. L’origine des chats vendus dans ces magasins étant également douteuse, je repartis songeuse: un de mes Siamois, trouvé dans une vitrine de la rue Beaubien, n’a jamais eu une santé de fer…

30 millions d’amis
C’est donc avec plaisir que j’ai renoué cet été avec la fougueuse spécialiste. Son dernier livre, Une passion animale. Ma vie est un roman d’aventures, qui commence par un face à face à glacer le sang entre un tigre immense et elle, paraît le 8 septembre. En 2006, Jacinthe Bouchard, qui compte plus de vingt ans d’expérience auprès des animaux domestiques et sauvages, s’envole en Thaïlande en compagnie de son assistante. La Care of the Wild International (www.careforthewild.org) désirait en savoir plus sur les plaintes déposées par des touristes à propos des mauvais traitements subis par les fauves du Temple des Tigres et des blessures causées aux humains lors de la prise de photos. On l’a chargée de dresser un portrait de la situation et d’émettre des recommandations. Perdue en pleine jungle asiatique, l’oasis survit grâce aux dons et aux centaines de tickets d’entrée journaliers. Elle abrite une vingtaine de moines bouddhistes, une cinquantaine d’employés nourris et logés, des centaines d’animaux domestiques ainsi qu’une vingtaine de tigres «apprivoisés». On vient de partout sur la planète pour observer les moines qui déambulent tranquillement parmi ces féroces mammifères.

Dès son arrivée, Jacinthe Bouchard découvre les mauvaises conditions de santé et de vie des fauves. Les installations, en piètre état, ne sont pas sécuritaires pour l’homme, une bête meurt faute de soins médicaux et elle s’aperçoit que les dresseurs usent de l’intimidation pour dominer les tigres. Les gardiens, des ados issus de milieux pauvres, ont oublié, quant à eux, l’instinct de prédation des fauves. Qu’à cela ne tienne: cette battante entreprend d’éduquer l’ensemble des gardiens en leur montrant une technique pour «apprendre des tours» et se faire écouter des bêtes. Son travail, comme elle le définit, «c’est de comprendre les animaux et de les protéger de leurs prédateurs naturels, mais aussi, et le plus souvent, des humains». Influencée par la philosophie bouddhiste, la gestion du Temple présente donc plusieurs non-sens pour une Occidentale au tempérament bouillant… Immergée dans cet univers si différent du nôtre des points de vue culturel et religieux, l’entraîneuse devra faire preuve de souplesse. Cet aspect enrichit son témoignage, qui n’aurait pu être que le plat étalage de son savoir-faire.

Entre 2005 et 2008, les observations de Jacinthe Bouchard ainsi que celles de plusieurs intervenants ayant à coeur la protection et le bien-être de ces animaux, auxquels sont venus s’ajouter les révélations d’ex-bénévoles, ont démontré que sous son aura de sainteté et sa volonté de conservation d’une espèce en voie de disparition, le Temple des Tigres utilise sans scrupules les tigres pour remplir ses caisses et qu’il encourage le trafic illégal de ces derniers. L’enquête d’envergure internationale n’a malheureusement pas encore permis de faire cesser ses activités.

Les neuf vies du chat
D’une certaine manière, Yoganimo. Le yoga des enfants fait écho à l’expérience de Jacinthe Bouchard. Pourtant, aucune trace de tigre maltraité dans cette initiation en douceur à la pratique du yoga pour les enfants de 3 ans et plus. Au lieu de se mettre «dans la tête des animaux», les gamins sont plutôt invités à se mettre «dans la peau d’un animal» ou d’un élément de la nature. Une «fusion» qui m’a semblé représenter une proche cousine du lien qui unit l’entraîneuse et les animaux…

Le livre contient quarante postures faciles à reproduire baptisées avec de gentils noms: le soleil, le chat, la grenouille, le feu de bois, le chameau, le hérisson, le chasseur, le lotus, la charrue, le petit pont, etc. Les explications sont simples, les illustrations, gaies, et les bienfaits particuliers de chacune d’entre elles sont exposés. Le yoga améliore l’attention, l’équilibre, la souplesse, la force physique et favorise le sommeil – faire «l’étoile» ou le «bébé», entre autres, procure une intense relaxation. Bref, ce guide de Sophie Martel, psychoéducatrice, et de Marie-Hélène Tapin, cofondatrice de l’école Shoam Yoga de Montréal, est une rareté qui change du bricolage ou du dessin. Voilà, en somme, une manière amusante de bouger dans le confort de son chez-soi et, surtout, d’établir une joyeuse complicité avec son enfant – souvent beaucoup plus habile que Maman ou Papa pour réaliser les positions un tantinet acrobatiques!

Bibliographie :
Yoganimo. Le yoga des enfants, Sophie Martel et Marie-Hélène Tapin (textes) et Isabelle Charbonneau (ill.), Enfants québec, 32 p. | 14,95$
Une passion animale. Ma vie est un roman d’aventures, Jacinthe Bouchard,Éditions de l’homme, 288 p. | 24,95$

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