La vie qu’on mène

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Une fois ses besoins primaires comblés, l'homme tâche d'être heureux. La sérénité n'est pourtant pas à la portée de tous. Pourquoi? Peut-être parce qu'à force de se sentir écartelées entre les exigences familiales et professionnelles, certaines personnes ont le sentiment de passer à côté de quelque chose d'important. Les travailleurs épuisés mettent vite le doigt sur le «bobo»: un horaire surchargé et le stress qui en découle. Ah, ce salaud, qui s'accroche tel une sangsue! Comment s'en libérer? En cessant d'abord de pester contre tout ce qui nous irrite; il est des situations, des personnes sur lesquelles aucun contrôle n'est possible. Le seul élément malléable, c'est nous, qui devons apprendre à réagir différemment et à contrôler vos émotions face aux circonstances extérieures.

«Pour aller plus vite dans l’accomplissement de sa tâche, nous dit Florence Rollot dans Le Grand Méchant Stress, l’homme s’est construit des machines magnifiques: le Concorde, le TGV, l’ordinateur, les satellites, etc. Pourtant, depuis qu’il a gagné tout ce temps, il n’a plus de temps. Il n’a plus le droit de perdre son temps, le système qu’il a créé n’arrête plus de produire, jour et nuit, sur toute la planète. Il ne le lâchera qu’au jour de sa retraite.» Anxiété, stress, épuisement professionnel, dépression: voilà les calamités modernes dont l’homo modernus souffre.

S’organiser une vie sans souci

Nouveau «grand mal» du XXIe siècle, le stress, quoique moins impressionnant que l’épilepsie, est aussi sournois: ses effets sont d’abord psychologiques puis, si la source du problème n’est pas endiguée, physiques. Toujours selon Florence Rollot, «les événements n’ont pas forcément besoin d’être désagréables, puisque c’est leur caractère imprévisible qui cause le stress.» Et où dénombre-t-on le plus d’intrusions? Au boulot, où l’on passe souvent davantage de temps qu’à la maison. Certes, une bonne organisation limite les tensions, mais quand le travailleur accumule coups de fil et courriels en rafale, dossiers urgents et ordres contradictoires, le tout dans l’atmosphère bruyante d’un bureau à aire ouverte, il y a de quoi perdre la boule. L’un des meilleurs conseils prodigués par Le Grand Méchant Stress est de procéder, d’un point de vue mental et matériel, à un grand ménage au bureau et chez soi. Près de 90 % de nos tracas quotidiens sont générés par nous-mêmes: ne cédons plus aux pressions de nos parents et amis, reprenons le contrôle de notre budget et bannissons la procrastination.

Respirer par le nez

En soi, le stress est neutre. C’est notre perception et notre réaction à un événement ou un contexte qui détermine sa nature. Positif, comme le trac, vous êtes énergique et disposé à prendre des décisions: l’adrénaline vous y aide; cela dure un moment. Négatif, vous êtes tendu et indécis; la situation perdure, des réactions chimiques autrement plus nocives qu’une poussée d’adrénaline se produisent dans votre corps. Les déclencheurs de stress ne sont évidemment pas tous liés au travail: un divorce, un changement d’école, le manque de sommeil sont des causes courantes menant à un état d’épuisement émotionnel, mental et physiologique. Le Plan détente de Beth MacEoin suggère de contrôler les agents extérieurs du stress et d’acquérir une saine hygiène de vie par le biais du sport, de l’alimentation ou de la relaxation. Déterminer les causes et les effets du stress est indispensable, comme l’est tout autant la connaissance de ses valeurs et de ses besoins. Boire dix cafés par jour s’avère une nuisance, alors que se couler dans un bain chaud en arrivant du travail vous relaxe pour la soirée: chaque petit geste compte.

Best-seller mondial, Lâcher prise représente une aide précieuse pour entreprendre une démarche intérieure menant à une libération des problèmes de la vie courante. Guy Finley, directeur du centre Life of Learning Foundation, en Oregon, démontre que les problèmes personnels n’ont aucune cause extérieure: «En lâchant prise, l’individu se place en harmonie avec la vie et cesse de nager à contre-courant», déclare-t-il. Mieux réagir aux événements, se libérer des habitudes et des comportements funestes, enrayer les perceptions erronées qui déclenchent anxiété, colère et stress constituent quelques principes de son enseignement. De même, Stress: Lâchez prise ! se révèle une méthode facile d’évacuation totale du stress en cinq étapes. Finley signale que «le stress et toute sa cohorte de sentiments négatifs […] sont les effets destructeurs que nous provoquons en déterminant et puis en acceptant une vision fausse ou incomplète de la réalité que nous impose notre propre nature peu éclairée.» Charité bien ordonnée commence par soi-même.

Le malade imaginaire ou le mythe du burnout

Inconnu du milieu médical il y a quelques années, le terme « burnout » est dorénavant sur toutes les lèvres. Pas encore colligé dans le DSM-IV, qui recense toutes les maladies psychiatriques (l’absence de diagnostic médical complique les demandes déposées aux assureurs), l’épuisement professionnel n’en existe pas moins. Prévenir le burnout. S’en sortir et survivre à la guérilla administrative indique qu’il s’agit «d’un syndrome qui survient en réponse à l’incapacité à contrôler un stress chronique.» Tristesse, fatigue, performances moindres: tels sont quelques signes précurseurs. Étonnamment, les victimes ne sont pas que les employés hors d’haleine; ceux qui se tournent les pouces sont également des candidats potentiels. «Au fil des évaluations, indique le psychiatre Édouard Beltrami, il est apparu qu’il peut effectivement s’agir de stress répétitifs pour certaines personnes souffrant de burnout, mais qu’un travail ennuyant, peu valorisant et routinier peut provoquer les mêmes problèmes. L’être humain peut donc craquer de deux manières; par trop de changements ou par pas assez de changements.» Centré sur la réalité du monde du travail, où l’employé n’est qu’un numéro interchangeable au nom de la rentabilité —- les femmes âgées d’entre 35 et 50 ans conciliant carrière et famille sont les premières touchées par l’épuisement professionnel —-, cet ouvrage jette un éclairage clinique bienvenu, abat les préjugés et insiste longuement sur les mesures qu’un malade peut prendre.

Se libérer du joug du stress est réalisable. Avant d’être vannés, déterminons nos besoins et nos attentes, puis améliorons notre réaction face à cet agent extérieur qui nous tombe tant sur les nerfs. Dans les faits, ce travail sur nous-même n’allègera peut-être pas nos tâches professionnelles, mais en envisageant le problème avec calme et en trouvant des solutions, nous aurons fait un grand pas.

Bibliographie :
Le grand méchant stress, Florence Rollot, Éditions de l’Homme, 203p., 21,95$
Le Plan détente, Beth MacEoin, Éditions de l’Homme, 216p., 21,95$
Lâcher prise. La clé de la transformation intérieure (n. é.), Guy Finley, Éditions de l’Homme, 216p., 21,95$

Stress :
Lâchez prise ! (n. é.)
Guy Finley,
Un monde différent, 160 p., 16,95 $

Prévenir le burnout
Dr Édouard Beltrami & Jacques Beaulieu, Logiques,
coll. Solution Santé, 150 p., 19,95 $

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