L’ère du voisin dégonflable

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Si Dominique Michel tournait une publicité sous les tropiques de nos jours, on ne s'étonnerait pas d'entendre à la place de «Mon bikini, ma brosse à dents», «Mon ouragan, ma malaria». Difficile, en effet, de garder la tête froide tandis que s'accumulent les alarmes sur l'état de la nature. Pourtant, «menacé par l'homme, l'environnement sera sauvé par l'homme»: la formule de Pierre Dansereau n'a jamais sonné si juste qu'aujourd'hui. Pour en illustrer toute la valeur, j'ai concentré mon choix d'ouvrages sur une problématique d'actualité, les changements climatiques.

Sous le titre Rapport secret du Pentagone sur le changement climatique (Allia, 68 p., 10,95$), les éditions Allia publiaient plus tôt cette année un scénario réalisé par des consultants à l’intention du département de la Défense. Il s’agissait de réfléchir aux impacts éventuels des changements sur la sécurité intérieure des États-Unis. Pour rendre crédible leur exercice de science-fiction, Doug Randall et Peter Schwartz ont puisé leur inspiration dans des situations comme celle qu’ont vécue les populations nordiques au cours des années 1300 à 1850, période appelée la Petite Ère de glace. Ainsi, les difficultés liées au réchauffement de la Terre ne sont pas sans précédent dans l’histoire humaine, périodiquement secouée par des soubresauts climatiques. Ce qui est inédit, par contre, c’est la rapidité et l’intensité des changements, observés dans des phénomènes comme la fonte du pergélisol, la croissance précoce des végétaux dans les régions froides ou la disparition progressive des grands récifs de coraux. Mark Lynas, animateur du site OneWorld.net, a quant à lui été bouleversé à la suite d’un pèlerinage. En vingt ans, le glacier des Andes péruviennes apparaissant dans le diaporama de son père s’est quasiment évanoui! Suivez son «enquête sur le réchauffement de la planète» dans Marée montante (Au diable vauvert, 382 p., 42,95$), qui a toutefois les limites méthodologiques du récit de voyage sans en avoir le souffle.

Reste que les preuves d’un réchauffement sont fondées, même un André Fourçans n’en doute pas. Dans Effet de serre. Le grand mensonge? (Seuil, 138 p., 27,95$), l’économiste, auteur de La Mondialisation racontée à ma fille (Seuil), prenait position pour un peu plus de compromis et moins de panique, vantant notamment les mérites des «permis de polluer», tels qu’on les retrouve, à l’échelle des États, dans le protocole de Kyoto. En même temps, il y a déjà quatre ans, l’ingénieur Jean-Marc Jancovici se demandait quant à lui quel temps nous préparions pour le futur dans L’Avenir climatique (Points, 285 p., 16,95$), retournant comme un gant l’expression bien connue «chaque geste compte» au profit d’une réconciliation de l’économique et de l’écologique. «En quoi, se demandait-il par exemple, cela serait-il «mauvais pour l’économie» que, au lieu d’acheter une voiture à 15 000 euros, nous achetions un système de chauffage scolaire pour le même prix?» La question de l’énergie, à l’heure où l’idée de décroissance se heurte au développement de sociétés comme la Chine et l’Inde, est au cœur de l’ouvrage. Ses derniers chapitres, prônant un abandon complet des combustibles fossiles, ouvrait la porte, sous certaines conditions, au nucléaire civil, avec un parti pris pour des sources propres comme la biomasse et le solaire, utilisant en appoint l’hydroélectricité, l’éolien et le géothermique. Paru cette année, le dernier livre de Jancovici, Le Plein s’il vous plaît! (Seuil, 186 p., 34,95$), coécrit avec l’économiste Alain Grandjean, propose une solution originale pour accélérer le pas vers la conversion. La consommation d’essence ne cesse d’augmenter malgré la hausse des prix, l’épuisement accéléré de la ressource et la pollution? Taxons encore plus massivement. Bon, d’accord: pas très original, mais trouvez mieux!

Au fait, ça mange quoi en hiver, qu’il neige ou qu’il pleuve, un «changement climatique»? Cinq ans après l’édition originale nous arrive la seconde version de Vivre les changements climatiques (MultiMondes, 382 p., 34,95$) des biologistes Claude Villeneuve et François Richard. Bien tassé et convivial, ce livre à l’intention des étudiants et du grand public est de loin le meilleur en son genre. Multipliant les exemples et les graphiques, il explique en de courts paragraphes d’un style limpide l’ensemble du phénomène du réchauffement. Des notions complexes comme la production et la rétention du CO2 dans l’atmosphère, souvent galvaudées par des politiciens de l’Alberta ou des auteurs de technothrillers en mal d’inspiration, s’y trouvent vulgarisées sans raccourci et développées à partir de données encore toutes fraîches, voire d’expériences en cours comme le reboisement de la taïga. Notre adaptation, concluent Richard et Villeneuve, qui est directeur de la Chaire d’Écoconseil de l’UQAC, repose sur notre capacité à réinventer notre mode de vie et à modérer nos transports. Dans cet esprit, non sans malice, ils nous invitent à entrer dans l’ère du voisin « dégonflable » et à privilégier le système D avant
d’acheter. Un programme qu’on pourrait appliquer à l’ensemble de notre existence. Gonflés ou pas, nous sommes toujours le voisin d’un autre.

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