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Sébastien Chabot : Ma mère est une marmotte

Sébastien Chabot : Ma mère est une marmotte

Par Hélène McClish, publié le 02/11/2004
Délurés, audacieux et extravertis : les enfants d’aujourd’hui ne se contentent plus de ces contes à dormir debout où le grand méchant loup terrorise un petit chaperon rouge ! Le héros du premier roman de Sébastien Chabot, Sébaste, est un être à part entière qui n’a pas peur de s’affirmer. À coup de réflexions tantôt drôles, tantôt tristes, il nous livre, avec une vérité désarmante, ses pensées sur le monde qui l’entoure.
Dans Ma mère est une marmotte, Sébastien Chabot propose un voyage au cœur d’un imaginaire. s’inspirant du corpus ducharmien, ce premier opus emprunte aussi au classique de Gaétan Soucy, La Petite Fille qui aimait trop les allumettes : « Ce livre contenait le point de départ d’un projet romanesque que je traînais déjà depuis quelque temps, soit la mort du père, explique Sébastien Chabot. J’ai voulu créer un personnage qui serait confronté à ce terrible traumatisme, et qui serait obligé de se construire un univers autour de cette perte pour survivre et comprendre. » L’auteur a également puisé à même son vécu pour alimenter son premier roman : « Il y a un élément de ma vie personnelle qui correspondait avec cette idée de la disparition d’une des figures parentales. En effet, mon père fut hospitalisé pendant quelques mois lorsque j’avais entre 6 et 8 ans. J’ai eu très peur de le perdre. Il apparaît que cette peur est non seulement ressortie dans l’imaginaire de mon personnage, mais m’a aussi servi de point de départ », explique Chabot. Bien que ce roman ne soit pas autobiographique, la ressemblance entre les prénoms de l’auteur et de son protagoniste est frappante : « C’est un nom qui s’est imposé tout seul », avoue Chabot. Mais plus qu’un nom ou un univers, Sébaste, c’est également une langue ! « Il est évident que l’utilisation d’un enfant comme narrateur laisse des traces sur tout le texte, continue le jeune romancier. Ce type de narration offre de belles possibilités, mais aussi de terribles contraintes. Autrement dit, chacun des mots que j’ai utilisés pour déployer ce récit se devait d’être cohérent avec son univers. Le style, aussi, devait être en parfaite adéquation avec la sensibilité de Sébaste. C’est un enfant nerveux, il fallait que le texte reflète cette nervosité. Je voulais un style simple, direct, sincère et naïf, bref semblable à celui d’un enfant d’entre 8 et 10 ans. » L’idée d’un narrateur enfant a été maintes fois exploitée dans la littérature, ce qui constituait un défi supplémentaire pour Sébastien Chabot : « Je n’oublie pas que je viens après Marie-Claire Blais, Réjean Ducharme, Sylvain Trudel, Bruno Hébert et, bien sûr, Gaétan Soucy. Bref, c’était très intimidant et il m’a fallu oublier — comme si c’était possible ! — tous ces auteurs pour arriver à écrire Ma mère est une marmotte. » Avec le recul, l’auteur avoue que, derrière l’écriture de son roman se cachait « de manière plus ou moins consciente, une volonté de [sa] part d’écrire une sorte d’anti-Le Petit Prince. » En effet, dans ce texte de Saint-Exupéry, explique-t-il, « l’auteur ne cesse de marteler cette idée de retour à notre cœur d’enfant. Je n’ai jamais cru à cette histoire et, d’une certaine façon, cette idée m’a toujours un peu irritée. Car, retourner à notre cœur d’enfant n’est possible que lorsque nous avons eu une belle enfance... Alors qu’en est-il de ceux qui ont été traumatisés dans les premières années de leur vie ? »
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