Michel Tremblay présente son nouveau livre: La Traversée du continent

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Est-il besoin de présenter Michel Tremblay, dramaturge, romancier et traducteur, qui règne sur les lettres québécoises depuis 40 ans? Pour son rendez-vous rituel avec ses lectrices et lecteurs, il nous offre une manière de road novel.

Quand j’étais petit, ma mère nous disait souvent qu’elle avait traversé le continent quatre fois avant de rencontrer mon père. Née à Providence, dans le Rhode Island, d’une mère crie de Saskatchewan et d’un père français de France — c’était son expression —, elle s’était rendue toute jeune chez ses grands-parents, dans l’Ouest canadien, qui les avaient élevées, elles et ses deux sœurs, parce que leur mère, qui travaillait dans une manufacture de coton, n’avait pas le temps de s’occuper d’elles. Vers l’âge de 11 ans, elle était venue à Montréal une première fois parce que sa mère s’y était établie et qu’elle la réclamait. Elle était retournée en Saskatchewan quelques années plus tard pour revenir à Montréal à ses 20 ans, mais ce que j’ai essayé d’imaginer, dans La Traversée du continent, est ce premier voyage qu’elle a fait, en train, en 1913, de Saskatoon à Montréal, via Regina, Winnipeg, Toronto et Ottawa, toute seule, un écriteau accroché au cou. C’est un roman initiatique : lorsque Rhéauna quitte Maria, en Saskatchewan, c’est une petite fille intelligente et délurée mais sans expérience; à son arrivée à Montréal, elle aura été transformée par les gens qu’elle aura rencontrés sur sa route et les aventures qui lui seront arrivées.

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