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Littérature québécoise

Les libraires - Numéro 94
Apprivoiser… la nouvelle. Avec Agnès Gruda

Apprivoiser… la nouvelle. Avec Agnès Gruda

Par Alexandra Mignault, Les libraires, publié le 04/04/2016

Après Onze petites trahisons, qui lui avait valu le prix Adrienne-Choquette, l’écrivaine Agnès Gruda, également journaliste à La Presse, offre un deuxième recueil remarquable dans lequel tout son talent de nouvelliste se déploie autour du thème de la mort et de ses déclinaisons, telles que les deuils, les séparations, les fins, les choses qui nous échappent. Après tout, la mort n’est pas toujours là où on l'attend. Ce recueil joliment titré – Mourir, mais pas trop – propose des nouvelles surprenantes et puissantes, savamment ficelées, cruelles et belles à la fois.

Traditionnellement, la nouvelle se devait d’avoir une chute. Est-ce toujours le cas? Est-ce que toutes les nouvelles doivent impérativement surprendre à la fin?
Personnellement, je n’ai pas d’opinion sur la nouvelle en général. Je peux aimer tout autant lire des nouvelles de style « tranche de vie » que des nouvelles plus classiques, avec une chute forte. Par contre, dans l’écriture, je viens du journalisme, et pour moi, la chute est aussi importante dans un article que dans une nouvelle de fiction. C’est une manière de donner un sens à l’histoire que l’on vient de raconter. La nouvelle étant un style d’écriture bref, c’est aussi une façon d’expliquer au lecteur pourquoi l’histoire s’arrête là où l’on a choisi de l’arrêter. Une façon de boucler la boucle, de ne pas laisser le lecteur en plan. Cela étant dit, pour moi, une chute forte ne signifie pas nécessairement qu’elle soit spectaculaire. Si elle surprend, tant mieux. L’important, c’est qu’elle corresponde à une logique intérieure, qu’elle tranche une question posée par la nouvelle, ou un dilemme auquel est confronté un personnage.

De quelle façon construisez-vous un recueil de nouvelles? Ces dernières doivent-elles être reliées entre elles?
Je viens de publier mon deuxième recueil de nouvelles et je dois avouer que dans les deux cas, j’ai procédé de manière très instinctive. J’aime bien avoir un thème général auquel rattacher mes histoires, et une partie de la surprise vient des manières différentes de décliner ce thème. Mais avec mon premier recueil, Onze petites trahisons, ce thème s’est en quelque sorte imposé en cours de route. Avec le second, Mourir, mais pas trop, j’avais établi le thème (la mort, mais aussi les renaissances auxquelles conduisent certains deuils…) dès le point de départ. Ce thème est une sorte de fil conducteur qui ouvre mes antennes à certains sujets, ou permet à mon imagination d’inventer dans un cadre minimal, de ne pas flotter complètement dans le vide. À la fin, je trouve que ça donne une cohérence au recueil. Je ne crois pas que les nouvelles doivent être absolument reliées entre elles, mais cette fois, j’ai pris la liberté de faire revenir deux personnages dans une nouvelle ultérieure. Là encore, j’ai trouvé que ça permettait de fermer quelques parenthèses, de répondre à des questions laissées en suspens.

Qu’est-ce qui distingue l’écriture d’un roman de celle d’un recueil de nouvelles? Pourquoi privilégiez-vous ce genre?
Pour moi, écrire un roman est une question de souffle, de construction et de temps. Ayant un travail très prenant, il m’est plus facile de trouver des moments pour raconter une courte histoire du début jusqu’à la fin, avant de m’immerger dans une autre histoire. Je peux en quelque sorte me permettre d’écrire en pièces détachées quand je peux dégager une petite bulle de liberté. Avec un roman, l’immersion doit durer plus longtemps, les personnages doivent garder leur cohérence dans différentes situations, on peut aussi se permettre des digressions, de plus longues descriptions, s’attarder à des détails qui, dans une nouvelle, pèseraient beaucoup trop lourd. C’est un peu la différence entre une exposition de photos et un long-métrage. Avec les exigences propres au genre, bien sûr. Jusqu’à maintenant, j’ai privilégié la nouvelle pour des raisons surtout pratiques : c’est le type de fiction qui se combine le mieux avec les exigences de mon métier. Mais je trouve aussi un plaisir à inventer plusieurs histoires et à faire vivre des personnages très différents les uns des autres.

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