André Major présente son nouveau livre: L’Esprit vagabond: carnets, 1993-1994

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Même s’il a tourné le dos à la fiction romanesque, André Major poursuit avec la même rigueur, la même élégance qu’à ses débuts, il y a plus de 40 ans, son œuvre acclamée comme essentielle et unique dans les lettres québécoises.

Mais ces carnets, je les destine à qui, au juste? À mes proches, sans doute, pour leur dire ce que je ne puis dire dans le courant de la vie. Et à ces lecteurs anonymes qui, pénétrant dans mon jardin secret, trouveraient quelque profit à y déambuler. Ensemble, ces proches et ces lointains forment avec moi une sorte de famille où se sentiraient vite des intrus ceux qui ne partageraient guère nos ferveurs, ni le goût de certains paysages, ni notre horreur de toutes les doctrines, fussent-elles les mieux intentionnées du monde. Le lecteur de ces carnets, proche ou inconnu, devient donc d’entrée de jeu un compagnon de promenade ou un contempteur ulcéré. S’il poursuit sa lecture, c’est en dépit des désaccords qui peuvent survenir au détour d’une phrase; et cette complicité tient d’abord au ton de l’auteur et au plaisir d’une conversation à bâtons rompus.

Cet auteur, je crois qu’il cherche moins à convaincre qu’à témoigner de ce qu’il est, je ne dirais pas dans son intimité parce qu’il ne se montre pas tout entier et qu’il n’a pas la naïveté de croire qu’on peut et qu’on doit tout dire. Du moins tente-t-il de réfléchir sans détours ni tromperie délibérée sur son expérience d’homme de plume engagé dans l’époque et la société où il lui a été donné de vivre. Aventure dont le sens continuera sans doute de lui échapper, ce qui ne l’empêchera pas de vivre et de se demander ce que cela peut bien vouloir dire.

Bibliographie :
L’Esprit vagabond : carnets, 1993-1994, André Major, Boréal, coll. Papiers collés, 328 p., 25,95$

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