Robert Pépin: L’homme de l’ombre

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Peut-être que certains lecteurs curieux et férus du milieu littéraire français connaissent Robert Pépin. Sinon, les amateurs de polars reconnaîtront assurément les auteurs qui, grâce à lui, ont eu la chance de se tisser une place importante sur le marché francophone. Nommons au passage Henning Mankell et Michael Connelly, qui sont loin d'être les seuls protégés de Robert Pépin. Le libraire a eu la chance de rencontrer cet homme de l'ombre lors de la tournée de promotion de sa nouvelle collection, chez Calmann-Lévy, intitulée « Robert Pépin présente ».

En effet, M. Pépin est l’un de ces êtres qui crée loin des projecteurs, mais à qui l’on doit pourtant une kyrielle de plaisirs de lectures. À la fois éditeur et traducteur, il a longtemps travaillé pour Le Seuil, maison d’édition qui a acquis ses lettres de noblesse dans le domaine du roman policier. Après vingt ans, maintes découvertes et près de 200 publications derrière lui, voilà que c’est maintenant au tour de la maison d’édition Calmann-Lévy d’avoir dans ses rangs cet éditeur dont l’œil avisé retrace les petites perles qui deviendront de grands succès.

Ainsi, « Robert Pépin présente », toute nouvelle collection dont le nom fait un discret clin d’œil à Hitchcock, arrivera en librairie en avril et aura comme combo d’ouverture les auteurs Michael Koryta, Lawrence Block, T. Jefferson Parker, Roger Smith et Craig Russell. Ce sera ensuite au tour de C.J. Box et Lee Child de s’ajouter à cette collection, en 2012. C’est dire que plusieurs grands du polar se retrouveront sous une même enseigne d’ici quelques mois!

Bien qu’il soit peu au devant de la scène, M. Pépin a grandement contribué au rayonnement de plusieurs auteurs dans le monde francophone, tout en créant avec eux des liens solides. L’exemple de Michael Connelly est notable : M. Pépin l’a épaulé, à la fois comme éditeur au Seuil et comme traducteur, lors de la parution de son premier roman en français, et, depuis, il n’a cessé de suivre cet auteur. Entre eux, outre leur relation professionnelle, une amitié franche s’est tranquillement installée. Pas étonnant, donc, que Connelly suivra Robert Pépin chez Calmann-Lévy.

Créée en 1836, Calmann-Lévy est l’une des plus anciennes maisons d’édition de la France. Elle a eu l’honneur de publier des auteurs tels Balzac, Dumas et Baudelaire et a gagné de nombreux Renaudot. Mais depuis quelques années, le souffle semblait manquer à cet éditeur. C’est pourquoi Florence Sultan, à la tête de cette maison depuis 2009, a décidé d’ouvrir ses portes à Robert Pépin. L’arrivée de ce nouveau venu devenait l’occasion de redorer le blason de la maison, tout en redonnant la visibilité méritée à ses publications. Le choix d’engager Robert Pépin s’avérait donc éclairé et prometteur.

Lorsque que père devient pater
En dénichant par-ci un auteur américain, par-là un anglais ou encore un scandinave, M. Pépin s’est affiché comme étant un chasseur de têtes en termes d’auteurs de bonne réputation. Cela est sans nul doute en lien avec ces deux chevaux de bataille : la qualité de l’histoire et la qualité de la traduction. « Je viens d’un univers qui n’est pas du tout celui du roman policier, puisque j’ai œuvré dans la traduction, explique l’éditeur. Un roman policier est avant tout un roman, c’est-à-dire qu’il y a une histoire, bien qu’il y ait des passages obligés (le meurtre, la morgue, etc.). Je cherche avant tout une bonne histoire. On vous raconte une blague, vous riez à la fin. Vous la racontez à quelqu’un d’autre et il ne rit pas. Soit il est idiot, soit vous l’avez mal raconté. Dans le roman policier, c’est un peu la même histoire : soit vous avez donné un indice trop tôt, soit trop tard », expliquait l’auteur lors de la présentation de cette nouvelle collection.

Cette double vocation, de traducteur et d’éditeur, Robert Pépin l’utilise donc à bon escient et arrive ainsi à dénicher des histoires originales qui sauront plaire au public, mais également à les rendre agréables à la lecture tout en respectant le style de l’auteur. En effet, en ce qui concerne la traduction, M. Pépin n’abaisse pas ses critères, ni pour lui ni pour ses traducteurs, puisqu’il s’agit du genre policier. De là provient probablement tout le succès qu’on connaît aux auteurs qu’il traduit : « Je souhaite une bonne traduction, c’est-à-dire une traduction qui se tienne, qui soit aussi bien qu’une traduction de littérature », explique M. Pépin. Il mentionne également qu’il est facile de dénaturer un texte et qu’il est du devoir de l’éditeur de ne pas le faire. En exemple, il propose la phrase suivante : « Mon père travaillait chez Ford », qui, une fois traduite pourrait donner « Mon pater bossait à la taule Ford ». « L’histoire, l’idée, reste la même, mais la tonalité a changé. Et cela, nous ne nous le permettrions pas dans un autre genre de roman », nous explique M. Pépin, qui se dit intransigeant, en tant qu’éditeur, par rapport à la qualité de la traduction.

Il n’en tient donc plus qu’à vous de vous ronger le sang jusqu’à la parution des premiers ouvrages de cette collection : La rivière perdue (Michael Koryta), Entre deux verres (Lawrence Block), Signé : Allison Murrieta (T. Jefferson Parker), Mélanges de sangs (Roger Smith) et Lennox (Craig Russell). Ces titres seront en librairie en avril, pour les trois premiers, et en mai, pour les deux suivants. Une collection à suivre de près…

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