Les avatars du polar : Une introduction

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Le roman policier se décline dans tellement de formes que le profane en finit par ne plus très bien discerner les contours du genre. Pour que vous ne perdiez plus votre latin, nous vous proposons ici ce mini-lexique, agrémenté d'une bibliographie sélective établie par nos " experts " triés sur le volet, écrivains, critiques ou libraires.

Polar, thriller, roman à suspense, mystère, roman criminel, roman de détection, roman à énigme ou encore roman noir… Toutes ces appellations désignent des œuvres littéraires appartenant au même genre littéraire bien à part (un mauvais genre, selon les intégristes de la littérature) : la littérature policière, appellation qui englobe tous ces récits qui  » concernent des activités criminelles plus ou moins mystérieuses qui font l’objet d’une enquête  » (Le Petit Larousse). Littérature populaire par excellence, le roman policier a considérablement évolué et s’est diversifié en un siècle et demi, pour constituer aujourd’hui une bibliothèque noire fournie. Sru ses rayons se côtoient les noms de héros qui font désormais partie de notre culture générale, qu’on pense à Sherlock Holmes, Philip Marlowe, Hercule Poirot, Fantomas, Arsène Lupin et Jules Maigret, ou aux héros du polar contemporain.

LE ROMAN DE DETECTION

Forme classique, voire archétypale du roman policier, dont certains théoriciens vont jusqu’à retracer l’origine dans la nuit des temps avec des réminiscences d’enquêtes chez Sophocle (Œdipe roi) ou, au cours du siècle des Lumières, chez Voltaire (Zadig), le roman de détection ou roman à énigme se fonde sur trois ingrédients essentiels : le crime, le mystère et l’enquête. Préfigurée par des grands noms de la littérature populaire française au XIXe siècle, inaugurée par Edgar Allan Poe dans une poignée de nouvelles, le roman de détection deviendra vite une spécialité britannique au même titre que le four o’clock tea, avec des praticiens aussi illustres que Arthur Conan Doyle, G. K. Chesterton et Agatha Christie. L’appellation anglaise  » whodunnit ?  » (littéralement,  » qui a fait le coup ? « ) trahit d’ailleurs le souci qui anime les héros de ce sous-genre, à savoir l’élucidation du mystère et l’identification du criminel, de son modus operandi ou de ses mobiles.

Quelques incontournables selon Norbert Spehner, critique et professeur :

Le Meurtre de Roger Ackroyd, Agatha Christie, Le Livre de Poche, 8,95 $
Le Mystère de la chambre jaune, Gaston Leroux, J’ai Lu, 9,95 $
L’Assassin habite au 21, Stanislas-André Steeman, Le Masque, 6,95 $
La Fille du temps, Joséphine Tey, 10/18, 13,95$
Sherlock Holmes : Le Chien des Baskerville, Arthur Conan Doyle, Librio, 3,95 $

LE ROMAN NOIR

Journaliste, auteur de romans, de nouvelles et de scénarios de bédé, Gérard Delteil définit le roman noir comme  » un roman policier social et sombre « . Toute sommaire soit-elle, la définition a le mérite d’identifier les deux caractéristiques principales de ce sous-genre, à savoir sa dimension  » étude de mœurs  » et sa coloration volontiers morose, lugubre, voire pessimiste. On ne rigole pas beaucoup dans le roman noir, sinon pour rire jaune, si vous m’excusez ce jeu de couleurs… Faits divers et faits de société inspirent volontiers cette  » littérature-reportage « , qui flirte à l’occasion avec la politique-fiction. La volonté de réalisme social pur et dur et l’aspect dénonciateur du roman noir n’excluent cependant pas les plaisirs de l’intrigue menée tambour battant, de l’atmosphère savamment décantée et du mystère astucieusement fignolé, qui sont l’apanage du genre.

Quelques incontournables selon Denis LeBrun, critique et éditeur (Le libraire) :

1974, David Peace, Rivages/Thriller, 34,95$
Crépuscule sanglant, James Carlos Blake, Rivages/Thriller, 34,95$
L’ombre du tueur, Ian Rankin, Folio Policier, 22,95$
Les soldats de l’aube, Deon Meyer, Seuil Policier, 29,95$
Tout se paie, George P. Pelecanos, L’Olivier, 29,95$

LE THRILLER
Dérivé du verbe anglais  » to thrill  » (c’est à dire  » faire frémir « ), le terme thriller ne désigne pas forcément un roman policier, mais toute œuvre de fiction romanesque, filmique ou même théâtrale qui vise à donner des sensations fortes. Dans le domaine qui nous intéresse, ces suspenses à haute tension ont parfois comme théâtre des cadres bien précis comme le monde de l’espionnage (comme chez Robert Ludlum), de la haute finance (chez Jeffrey Archer), le milieu juridique (chez Scott Turow) ou encore médical (chez le Robin Cook américain).

Quelques incontournables selon Chrystine Brouillet, romancière :

Nécropolis, Herbert Lieberman, Points, 15,95$
Ces gens qui frappent à la porte, Patricia Highsmith, Le livre de poche,
813, Maurice Leblanc, Le livre de poche, 7,95$
Les exagérés, Jean-François Vilar, Points, 13,95$
Les crimes imparfaits, Alain Demouzon, J’ai lu,

LE POLAR HUMORISTIQUE
 » À quoi bon prendre la vie au sérieux, alors que personne n’en est jamais sorti vivant ?  » se demandait Fontenelle. La question vaut bien pour la mort et le crime également, ainsi qu’en témoignent ces auteurs de polars qui ont choisi d’agrémenter leurs intrigues d’une bonne dose d’humour, parfois fin, parfois énorme. Cela ne veut pas dire que le genre dans sa forme classique soit dénué d’ironie ou de cynisme, loin delà ; toutefois, on conviendra que les aventures de San-Antonio et de ses épigones témoignent d’une volonté de faire rire davantage que frémir… ce qui n’est pas sans parfois inspirer aux puristes quelques grimaces…

Quelques incontournables selon Christophe Rodriguez, critique (Bouquinville, Chaîne culturelle de Radio-Canada) :

Adieu Schérazade, Donald Westlake, Denoël [épuisé]
Bacchanale au cabanon, Jonathan Latimer, Carré Noir [épuisé]
Cousu main, Carl Hiaasen, Le Livre de Poche, 13,95 $
La Bouffe est chouette à Fatchakulla, Ned Crabb, Gallimard, coll. Série Noire, 13,95 $
La Santé par les plantes, Francis Mizio, Gallimard, coll. Série Noire, 13,95 $

LE POLAR HISTORIQUE
À défaut de remporter le titre de  » plus vieux métier du monde « , le crime reste néanmoins l’une des plus anciennes occupations de l’être humain. Parlez-en à Caïn et Abel ! Aussi ne s’étonnera-t-on pas que les intrigues policières, qui servent parfois à explorer les faces cachées du monde contemporain, puissent également se voir transposées dans des décors d’époque. On attribue à tort au sémioticien Umberto Eco la paternité de ce sous-genre florissant et bien antérieur à la parution du Nom de la rose, dont certaines collections ont fait une spécialité (par exemple  » Grands détectives  » chez 10/18).

Quelques incontournables selon Claire Taillon, librairie Pantoute :

Le Jugement dernier, Iain Pears, Belfond, 24,50 $
Le Conseiller d’État. Une aventure d’Éraste Fandorine, Boris Akounine, Presses de la Cité, 24,95 $
Rubicon, Steven Saylor, 10/18, coll. Grands détectives, 14,95 $
La Fortune de l’échevin, Kate Sedley, 10/18, coll. Grands détectives », 14,95 $
Le Bourreau de Hyde-Park, Ann Perry, 10/18, coll. Grands détectives, 17,50 $

LE POLAR D’ANTICIPATION
Pendant quasi naturel du précédent sous-genre, le polar d’anticipation se fonde sur le même principe, mais plutôt que de situer les intrigues dans le passé, il projette les investigations de ses héros dans un futur plus ou moins lointain – ce qui situe les œuvres s’y rattachant au carrefour du roman policier et de la science-fiction. Du coup, les noms d’Isaac Asimov (Face aux feux du soleil) ou de Philip K. Dick (Blade Runner) nous viennent spontanément à l’esprit. Mais loin de se limiter aux expériences hybrides de ces grands maîtres de la SF, le polar d’anticipation continue d’attirer des auteurs talentueux et contemporains…

Quelques incontournables selon Stanley Péan, écrivain :

Idoru, William Gibson, J’ai lu, 12,50 $
L’Ombre du chat, Paul Borelli, Folio Policier, 16,95 $
Le Jeu de la passion, Sean Stewart, Alire, 12,95 $
Les Racines du mal, Maurice G. Dantec, Folio Policier, 16,95 $
Les Ravisseurs quantiques, Roland C. Wagner, L’Atalante, 15,95 $

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