Quand un auteur change la vie d’un jeune

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Quand un auteur change la vie d’un jeune
À l’âge de 8 ans environ, j’étais déjà un grand lecteur. Surtout, j’adorais relire les romans qui se trouvaient dans la petite bibliothèque de ma chambre, toujours à portée de main, question de pouvoir lire la nuit sous la couette avec une lampe de poche. Le tour du monde en 80 jours, L’île au trésor et aussi ma précieuse collection : les romans mettant en vedette le chien Notdog, écrits par Sylvie Desrosiers à La courte échelle.

À cet âge, je ne pensais pas aux auteurs qui écrivaient les histoires que je lisais. En fait, si je relisais souvent mes livres à cette époque, c’était pour retrouver ces personnages auxquels je m’étais réellement attaché au fil de mes lectures. C’était une sorte de rencontre avec quelqu’un de familier, un ami. Je savais bien ce qui allait se passer dans l’intrigue, mais c’était tout de même réconfortant, sécurisant. Les personnages devenaient vivants… tellement que j’ai vécu un véritable deuil (une grosse peine d’enfant, ce n’est pas drôle!) lorsqu’on m’a appris que Phileas Fogg n’était pas une vraie personne vivant de l’autre côté de l’océan et ayant réellement vécu toutes les aventures citées dans le roman de Jules Verne.

Cependant, sans le savoir, je venais de comprendre que les livres permettent de nous sentir moins seuls, ils sont un refuge en quelque sorte pour certains enfants comme celui que j’étais, et que je suis encore parfois! Mais les auteurs, est-ce que je m’en préoccupais? Pas vraiment. Du moins, pas jusqu’au jour où j’ai rencontré Sylvie Desrosiers lors d’une édition du Salon du livre de Montréal. Hein? Il y a plein de livres de Notdog sur la table devant la madame, juste là. Mon accompagnatrice m’avait souri et expliqué que c’était l’autrice (bon, elle n’utilisait pas ce mot à l’époque, mais vous comprenez!) des livres que j’aimais tant, et que j’aime encore d’amour aujourd’hui. J’ai CA-PO-TÉ! Et en plus tu me dis que je peux aller lui parler et avoir une signature?! Alors là, ma vie en tant que jeune lecteur venait de changer. Une femme souriante aux yeux pétillants écrit mes livres préférés. Elle est là pour moi? Pour tous ses lecteurs?

Oui, les auteurs sont accessibles pour leurs jeunes lecteurs, et ça fait une vraie différence pour les enfants. J’ai attendu en ligne. J’ai rencontré Sylvie Desrosiers. Qui aurait cru que nous allions nous côtoyer professionnellement quelques années plus tard autour d’un de ses romans jeunesse ? Comme quoi la vie réserve des surprises complètement « livresques »!

Quand je mentionne que j’ai attendu en ligne pour rencontrer mon autrice pref, je comprends aujourd’hui les jeunes lors d’un salon du livre, en vrais fans finis, qui font la file pendant près de deux heures parfois pour rencontrer leurs auteurs favoris. Je remarque aussi le regard de personnes (souvent des adultes) qui jugent : Ben voyons donc! Attendre deux heures! Ils ne verront rien d’autre du Salon du livre, juste cet auteur-là… Laissez-les lire! Et pas juste ce que vous, adultes, voulez les voir lire! Ne gâchons pas la passion qui émane du plaisir de lire chez les jeunes, surtout s’ils ont la chance de rencontrer leur « auteur du moment ».

Quelques années plus tard, je commence à travailler comme libraire jeunesse. Je me découvre une passion pour cette littérature (car c’en est toute une!), et je dévore tout des yeux : romans pour tous les âges, albums pour tous les goûts, documentaires étonnants, BD impossibles à déposer, et plus encore ! Je découvre aussi des créateurs de partout dans le monde qui travaillent pour offrir à leurs jeunes lecteurs des ouvrages de qualité. C’est à cette période que j’apprends aussi que plusieurs de ces créateurs vont à la rencontre de leurs lecteurs… Ah oui? Alors ça, c’est fait pour moi!

Je me retrouve donc, toujours quelques années plus tard, devant une classe, tenant un de mes livres pour en lire un extrait. Le bonheur! Les jeunes avaient tous lu mon livre! Ils avaient des questions, pas seulement sur le récit ou les personnages, mais sur moi en tant qu’auteur, être humain qui imagine et qui écrit. Mis à part la question récurrente Monsieur, êtes-vous riche parce que vous écrivez des livres? (non!), je suis toujours étonné de la pertinence de leurs interrogations. Et qu’on se le dise, plusieurs de leurs questions sont vraiment amusantes.

Oui, les rencontres d’auteurs peuvent changer des vies… mais pas juste pour les jeunes, pour les créateurs aussi!

Pour un enfant lecteur, rencontrer un auteur ou un illustrateur, c’est rencontrer un individu qui partage sa passion, son travail, mais aussi des anecdotes et des tranches de vie, dont certaines rejoignent directement quelques enfants du groupe. Souvent, en tant qu’auteur, on les remarque pendant la rencontre dans une classe ou à la bibliothèque. L’enfant dont les yeux deviennent ronds comme des pièces de deux dollars quand on lui explique notre processus de création, ou des faits cocasses en lien avec des personnages du livre. Cet enfant qui vient te voir à la fin de la rencontre (parce que souvent trop gêné pour parler devant tout le groupe) pour te dire à voix basse qu’il veut écrire des histoires plus tard, un peu grâce à toi.

Je reçois souvent le commentaire d’enseignants que leurs jeunes lisent « différemment » les livres d’un auteur après l’avoir rencontré. C’est si vrai! C’est très bien de lire un album en solitaire, mais rencontrer Jean-François Casabonne et vivre une aventure littéraire en l’écoutant conter de sa voix magistrale Je veux une plume (Édito), c’est inoubliable! Et ce, peu importe si nous sommes plus jeunes ou plus vieux. N’oubliez jamais : il n’y a pas d’âge pour se faire conter une belle histoire.

Il ne me reste plus qu’à vous souhaiter de belles lectures, mais surtout qu’elles soient accompagnées de rencontres mémorables avec ceux et celles qui les ont inventées!

Nicholas Aumais
Nicholas Aumais a assuré le poste de directeur des communications et du marketing pour Bayard Canada Livres, en plus d’avoir été conseiller littéraire pour différentes maisons d’édition jeunesse. Il est également traducteur de plusieurs albums et documentaires, éditeur délégué aux Éditions La Presse et auteur (La course des tuques, Lucie et la légende des lingots d’or et Luc et les mystérieuses disparitions, etc., chez Édito). En plus d’offrir des conférences littéraires pour les professionnels des milieux du livre et scolaire, il collabore au développement pour Communication-Jeunesse, association pour qui il anime également des ateliers littéraires pour les enfants du primaire. Nicholas Aumais est membre du conseil d’IBBY Canada. Il vit à Montréal.

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