Marie-Andrée Boucher Mativat : Quelque chose de brûlé dans le Royaume…

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Le 19 mai 1870, le ciel au-dessus du canton de Saguenay s'appesantit de nuages noirs. Pour Hyppolite, Lucien et Léa Tremblay, trois jeunes dont le père et la mère se sont absentés pour la journée, tout cela ressemble à la fin du monde. Nos héros retrouveront-ils leurs parents ou périront-ils dans la géhenne qui se déchaîne autour d'eux ? Après plus de quarante titres à son actif, dont quelques romans historiques, Marie-Andrée Boucher Mativat reconstitue pour ses jeunes lecteurs une page sombre de l'histoire saguenéenne.

À en croire l’écrivaine, la genèse de son plus récent roman pour la jeunesse ne pouvait être plus simple :
« J’ai eu entre les mains un document sur l’histoire du Saguenay, où j’ai appris l’histoire du Grand feu », raconte Marie-Andrée Boucher Mativat, qui avoue avoir toujours éprouvé un faible pour la petite histoire derrière la grande, ainsi qu’en témoignait son précédent roman, Le Chat de Windigo.

Contrairement à ce qu’on aurait pu penser, la romancière n’est pas originaire du Royaume que l’on sait, mais elle connaît assez bien le Saguenay pour y être allée régulièrement pendant cinq ou six ans pour les tournées d’écrivains dans les écoles. C’est donc autre chose que le sens de l’appartenance qui a motivé son intérêt pour cette histoire : «J’étais fascinée par le fait que tous ces colons de la région de Charlevoix soient allés vers le Saguenay. Alors j’ai fait des recherches pour découvrir que toutes les terres de Charlevoix étaient déjà occupées et que les jeunes ménages n’avaient e part où s’installer, et donc pas le choix d’aller jouer les défricheurs. »

Leçon de courage

Quoique friande d’aventures et de péripéties, Marie-Andrée Boucher Mativat est d’avis que le divertissement n’est pas la seule finalité du roman pour la jeunesse : « Si je me suis toujours intéressée à des sujets comme celui-ci, c’est parce que j’aime le défi de rendre les détails de la petite histoire aussi passionnants que les grands moments. » Mais surtout, l’écrivaine voyait en ce roman l’occasion de rendre hommage à ces gens tenaces et courageux qu’étaient les fondateurs du Royaume du Saguenay. Quand on lui demande si elle ne trouve pas contraignant le fait de devoir assujettir son imaginaire aux réalités historiques, l’auteure répond sans hésiter par la négative : « Au contraire, j’adore apprendre ces petits détails du quotidien d’autrefois. C’est sûr que ça demande plus de recherche qu’un roman qui se passe dans un contexte contemporain, mais cela m’enrichit au même titre que mon histoire. » Et comment ! On n’a qu’à penser aux mots désuets dont elle a parsemé son récit pour en augmenter la véracité, puis qu’elle a recensés dans un glossaire en annexe : « Les témoignages que j’ai consultés étaient rédigés par des gens de cette époque-là, dans leur langage courant. Alors j’ai essayé de leur rester le plus fidèle possible dans mon propre récit. »

Écrire pour son public

Contrairement à ces esprits chagrins aux yeux de qui le fait d’écrire pour la jeunesse oblige les romanciers à tourner les coins ronds, Marie-Andrée Boucher Mativat ne croit pas que le choix du public cible ait beaucoup d’influence sur son écriture : « C’est sûr que ce choix me dictait de mettre en scène des jeunes pour faciliter l’identification des lecteurs, mais je ne me suis pas sentie victime de quelque contrainte que ce soit. Ces événements ont été vécus par des familles entières, adultes et enfants. Alors, pour les besoins du scénario, ça ne fait pas de grande différence. »

L’auteure du Grand Feu ne nie cependant pas qu’il existe entre l’auteur de livres pour la jeunesse et son public un rapport bien particulier, assez distinct de tout ce que peut connaître l’écrivain de littérature générale : « Dans les tournées-rencontres et les salons du livre, le contact avec les jeunes m’apporte beaucoup et me semble absolument nécessaire à mon travail. D’abord, parce que les jeunes d’aujourd’hui sont différents de ceux de mon époque. Et puis, vous savez, j’ai eu une enfance très heureuse, à laquelle il m’a été difficile de renoncer. C’est peut-être pour cela que j’ai enseigné par la suite. Et c’est peut-être pour cela que j’ai choisi d’écrire pour la jeunesse aujourd’hui : par désir de prolonger l’enfance. »

Bibliographie :
Le Grand Feu, Marie-Andrée Boucher Mativat,
Éditions Pierre Tisseyre, coll. Papillon, 83 p., 8,95 $

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