Il était une fois la guerre

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Si certains affirment que la quantité d’œuvres littéraires, artistiques ou cinématographiques sur la Seconde Guerre mondiale relève d’une fascination malsaine, je suis plutôt de l’avis de ceux qui voient en ces œuvres un devoir de mémoire collectif. Comme parents, grands-parents ou enseignants, il est de notre obligation d’enseigner et de transmettre aux jeunes cette histoire dans toute son horreur afin de prévenir que de telles aberrations se reproduisent. Plusieurs récits, romans et albums se trouvent dans les rayons des librairies et des bibliothèques, mais j’attire aujourd’hui votre attention sur trois titres en particulier.

Le garçon en pyjama rayé de John Boyne
Dès 9 ans
Dans ce roman, Boyne raconte l’histoire de Bruno, jeune garçon allemand de 9 ans qui doit quitter Berlin avec sa famille pour Hoche-Vite (lire Auschwitz), où son père, promu commandant, doit s’occuper du camp. Échappant à la surveillance de sa mère, Bruno part explorer les environs et se retrouve à la frontière du camp, où il fait la rencontre d’un prisonnier de son âge, Shmuel, avec qui il se lie d’amitié.

Dès sa parution, Le garçon en pyjama rayé connaît un succès indéniable, mais suscite aussi plusieurs critiques virulentes. Boyne a été accusé de mensonge et de profanation et son livre a été qualifié d’invraisemblable. Comment donc expliquer son grand succès et pourquoi devrait-on le lire?

Malgré une prémisse de base problématique – aucun enfant de l’âge de Bruno ne travaillait à Auschwitz – et des événements improbables, le roman de Boyne présente un point de vue particulier sur les camps et la guerre, Bruno se trouvant à l’extérieur et allant même jusqu’à être jaloux de son ami qui est entouré d’autres enfants alors que lui est seul. C’est à ce moment qu’on comprend que le texte transmet toute la naïveté de l’enfance et, par le fait même, une grande leçon. Bruno ne saisit pas l’horreur qui est en train de se produire et ne comprend pas la gravité des paroles de son père lorsque ce dernier affirme, en faisant référence aux prisonniers, que « [c]es gens… ce ne sont pas des gens ». Pour Bruno, Shmuel est un enfant comme les autres. Sa race et sa religion n’ont pas d’importance. Cette leçon d’égalité dans la différence, c’est ce qu’on doit retenir et transmettre de ce roman, quitte à expliquer aux jeunes lecteurs les différents éléments invraisemblables pour qu’ils puissent avoir une vision plus réaliste de ce qu’était Auschwitz.

Ce qu’ils n’ont pas pu nous prendre de Ruta Sepetys
Dès 14 ans
Dans son roman, Sepetys nous transporte en Lituanie où Lina, jeune artiste, et sa famille sont arrêtées le 14 juin 1941 par le NKVD, la police stalinienne. S’ensuit alors un très long voyage en train vers les camps de travail de Sibérie.

Ce roman, écrit à la première personne, prend des airs de témoignage. Le cadre historique est le seul élément qui l’attache au réel, le reste étant purement fictionnel, mais pouvant représenter ce que tant de familles ont subi sous le règne de Staline. Ce qu’ils n’ont pas pu nous prendre présente un côté souvent oublié de la guerre. S’il est souvent question d’Auschwitz, de Dachau et des autres camps allemands, les camps sibériens, qui se sont poursuivis au-delà de la Seconde Guerre mondiale, sont plus souvent occultés. C’est ce qui rend le roman de Sepetys aussi intéressant. Il montre à la fois l’horreur et la brutalité de la déportation et du travail dans les camps, mais enseigne l’histoire lituanienne et la dureté du gouvernement stalinien.

Max de Sarah Cohen-Scali
Dès 15 ans

Enfin, Max, ce roman maintes fois primé, présente un aspect tout autre que celui des camps de concentration. Il y est question du programme Lebensborn, instauré par Himmler en 1935, qui avait comme but de créer de parfaits représentants de la race aryenne grâce à la sélection et à l’accouplement d’un homme et d’une femme aux caractéristiques physiques idéales. Max est l’un des enfants issu du programme en question. Dès les premiers mots, et ce, même s’il n’est pas encore né, le garçon a déjà en lui toute la violence de l’idéologie nazie. Le roman de Cohen-Scali montre à quel point le conditionnement mental peut jouer pour beaucoup dans des drames tels que celui de la Seconde Guerre mondiale. Max a tout simplement été gavé de l’idéologie nazie avant même sa naissance. En conséquence, il apparaît normal que les valeurs de cette idéologie soient aussi ancrées en lui, même si cela n’excuse aucunement toutes les horreurs qui se sont produites.

Ainsi, il est donc possible de transmettre à nos jeunes l’histoire et les horreurs de la Seconde Guerre mondiale, et ce, à l’aide de points de vue variés qui vont du simple observateur au soldat allemand. Mais si ces romans s’adressent avant tout à un jeune lectorat, les adultes sauront y trouver leur compte et en tirer, eux aussi, leurs propres enseignements qu’ils pourront partager avec leurs enfants, petits-enfants et élèves.

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