Il y a plusieurs années, lorsque mon aîné a fait son entrée à la maternelle, il a été confronté à un élève au tempérament instable, dont les crises explosives le rendaient anxieux et le troublaient profondément. Comment lui expliquer que ce gamin hurlant avait sans doute des soucis qu’il ne pouvait exprimer autrement, car il ne savait pas comment faire? Comment lui faire comprendre, surtout, qu’il n’avait pas à prendre sur ses épaules tous les drames de cet enfant? Bien que fiston soit parvenu à s’adapter à cette réalité qui le dépassait, un album jeunesse aurait été bienvenu pour le soutenir.

Les combats de Ti-Cœur, publié chez Fonfon, est un de ces albums qui peuvent accompagner un enfant dans son apprentissage de la vie en société. L’auteure, Marylène Monette, raconte l’histoire de Ti-Cœur, un garçon qui a de la difficulté à gérer sa colère et qui, lorsqu’il n’y parvient pas, crie, fait du grabuge. Avec l’aide de sa maman et de son oncle, Ti-Cœur apprend à choisir la facette de lui-même qui lui permettra de tempérer ses émotions. Marion Arbona, avec ses illustrations où le rouge prédomine, exprime avec douceur les combats que mène Ti-Cœur. Cet album s’avère un outil remarquable pour les enfants qui se laissent dominer par des émotions trop fortes ; il leur offre des solutions et des pistes de réflexion afin d’assouplir les comportements négatifs. C’est aussi une mise en situation crédible et pertinente auprès des élèves qui doivent composer avec les turbulences d’un camarade de classe qui agit impétueusement.

S’accepter tel qu’on est n’est pas une mince affaire! Elise Gravel, créatrice chouchou, nous a offert le fameux Tu peux, chez La courte échelle, qui démontre aux gamins qu’il n’y a pas de limites à leurs envies. L’auteur Simon Boulerice semble aussi particulièrement sensible à cette thématique. Ses petits romans publiés chez Québec Amérique en font foi. Edgar Paillettes est ce petit garçon coloré, fantasque et imaginatif. Aux yeux d’Henri, son frère aîné, il attire beaucoup trop l’attention et suscite son envie. Celui-ci se sent invisible, sans intérêt. Il essaie, lui aussi, de briller, mais sans succès. Il comprendra cependant que si Edgar est si extraverti, il a lui aussi ses difficultés quotidiennes. Surtout, il prendra conscience que la lumière d’Edgar n’assombrit pas la sienne. Que ce soit à l’intérieur d’une fratrie ou en classe, les enfants ont à comprendre que chacun d’eux est unique et plein de possibilités et que le bonheur des uns n’enlève rien à celui des autres. Ce n’est pas simple non plus que de faire quelque chose qui dépasse les standards… Dans Plus léger que l’air, Simon Boulerice présente Junior, un garçonnet gourmand, un peu rond, qui décide d’apprendre le ballet. Malgré les moqueries, il dansera et se laissera porter par son enthousiasme. Il faut du courage pour faire ce qu’on n’attend pas de nous! Et il en faut tout autant pour sortir de sa zone de confort lorsqu’on y est si confortable… Dans Le facteur de l’espace, ce roman graphique de Guillaume Perreault publié chez La Pastèque, le facteur suit une routine bien établie et sa satisfaction est à la mesure de ses habitudes. Lorsque son patron modifie son trajet, le facteur est déstabilisé et un peu craintif. Pourtant, si sa journée s’avère par moment rocambolesque et pleine d’imprévus, le facteur devra bien admettre qu’il s’est bien amusé et que faire quelque chose de nouveau n’était pas si terrible qu’il le croyait. Même dynamique ou presque dans le tout récent L’horoscope, de François Blais et Valérie Boivin, aux 400 coups. Ici, c’est une feuille de journal tombée dans le jardin qui bouleverse le quotidien de ce vieil homme aux habitudes bien ancrées. Constatant que son horoscope lui prédit un événement inattendu, le vieillard angoisse tant qu’il se terre dans sa chambre et en fait une crise d’apoplexie. Les plus vieux sauront apprécier la finesse du propos de ce roman graphique teinté d’une subtile ironie, et si on les y incite, une discussion éclairée sur les fausses nouvelles pourrait certainement être appropriée.

Se dépasser, aller au-delà de ses limites, explorer, même à tâtons, un univers non familier permet sans aucun doute un épanouissement et une pleine exploitation de ses capacités. Dans Mon frère et moi, de Yves Nadon et Jean Claverie, publié chez D’eux, deux frères se baignent au pied du rocher. Le plus vieux encourage le plus jeune à plonger. Si ce dernier n’a jamais osé auparavant, il sent que cette journée est la bonne, qu’il est prêt à affronter sa crainte. Cet album présente fabuleusement le cheminement que ce gamin accomplit, peu à peu, avec ses doutes, ses peurs puis son lâcher-prise. Un bel exemple pour les plus jeunes afin de mieux anticiper des étapes difficiles à franchir. Chez Boréal, le tome 1 du roman Justin et les malcommodes, de Sandra Dussault, se révèle aussi intéressant comme modèle. Justin, après s’être trompé de bus un matin, se retrouve perdu au milieu de la forêt avec un groupe de personnes âgées. Il devra faire preuve de débrouillardise et de ténacité pour mener à bon port tout ce beau monde. Rigolote et rafraîchissante, cette histoire met en lumière un garçon solitaire, un peu timide, qui se découvre un cran qu’il ne se connaissait pas.

Parce que la vie en société n’est pas simple ni sans difficulté, il faut parfois savoir se tenir debout, s’affirmer et apprendre à demander de l’aide. Lili Macaroni : Je suis comme je suis, de Nicolas Testa et Annie Boulanger, publié chez Dominique et compagnie, raconte l’histoire de cette fillette aux boucles rousses, joyeuse et pleine d’entrain jusqu’au jour où elle va à l’école. Là, soudainement, son enthousiasme surprend, sa particularité dérange. Lili Macaroni aura besoin de tout l’amour de sa famille pour comprendre que l’opinion des autres ne compte pas. Elle est comme elle est! Aux 400 coups, l’album de Claudie Stanké et Barroux Ça suffit! relate le terrible quotidien de Petit Loup, malheureux à l’école, intimidé par les autres élèves. Incapable de leur dire de s’arrêter, Petit Loup s’isole de plus en plus jusqu’à ce qu’il éclate en sanglots dans l’infirmerie. Avec l’aide de son enseignante, il peut enfin faire son petit bonhomme de chemin le cœur léger, avec une amie en plus! Avec Dépareillés, de Marie-Francine Hébert et Geneviève Després, à La Bagnole, c’est toute la force de l’amitié qui brille pour faire oublier les moqueries. La petite Blanche aime bien faire les choses différemment. Ainsi, elle enfile des chaussettes dépareillées, ce qui suscite la risée de Léo. Une magnifique histoire qui souligne toute l’importance des petits gestes.

La littérature jeunesse est riche et pleine de possibilités. Elle permet un accompagnement éclairé dans toutes les différentes étapes de la vie d’un enfant. Qu’il s’agisse d’angoisse (Simone sous les ronces, Fonfon), de deuil ou de maladie (Vingt-cinq moins un, Québec Amérique), d’accueil (Mustafa, Dominique et compagnie) ou du quotidien discret (La ruelle, D’eux), les parents peuvent compter sur les créateurs et créatrices d’ici pour dénicher le livre qui permettra à leur enfant de mieux appréhender le monde. Allez, tous chez vos libraires indépendants, ils auront une foule d’autres suggestions!

Illustration tirée de Plus léger que l’air (Québec Amérique) : © Agathe Bray-Bourret

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