Impossible de nommer exhaustivement tous les illustrateurs de talent dont regorge notre littérature. Mais voici huit artistes dont le travail égaie moult livres depuis plusieurs années, et qui méritent qu’on accole leur nom à leurs traits que nous savons dorénavant reconnaître d’un coup d’œil.

PHILIPPE GERMAIN
Les plus vieux se souviendront des illustrations de Méli-Mélo qu’il signait pour la série éponyme de Marie-Francine Hébert à La courte échelle; les plus jeunes connaissent déjà les séries « Les héros de ma classe » et « Galoche », chez FouLire. Le très prolifique Philippe Germain a le chic de créer des personnages intemporels, très expressifs. Souvent humoristiques, ses illustrations ont un petit quelque chose qui semble issu du 9e art. C’est peut-être justement ce qui fait que son art colle à la peau de bien des séries pour la jeunesse et qu’on ne s’en lasse pas!

FIL ET JULIE
Difficile de les dissocier, et pourtant, l’opération donne un résultat tout aussi heureux lorsque Fil est seul à la barre ou lorsque Julie se la joue solitaire. Qu’ils soient ensemble ou séparés, les deux illustrateurs — qui forment également un couple dans la vie — savent conquérir le cœur des petits (et souvent aussi celui de leurs parents!). Leurs images bourdonnent de petits détails délectables à découvrir et d’une fantaisie inégalée. On souligne la superbe collection « Mini Ketto » chez FouLire, l’album Victor et la dent perdue (Hurtubise) ainsi que l’excellente série « Royaume de Pomodoro » chez Dominique et compagnie.

GENEVIÈVE CÔTÉ
Elle signe notamment l’une des plus douces séries pour la jeunesse mettant en scène un duo formé d’un cochon souvent ronchon et d’un lapin un tantinet fripon (Comme toi!, Sans toi!, etc., chez Scholastic). Chez Soulières éditeur, on a retrouvé la douceur de ses traits et la légèreté de ses couleurs dans Perdue sans elle et Poèmes des mers. Et on a particulièrement craqué pour l’humour qu’on retrouve dans Quel éléphant? (Scholastic), dont elle a également écrit l’histoire. Ses images enveloppent toujours d’une belle douceur le lecteur qui ose s’aventurer dans son univers.

JOSÉE BISAILLON
Josée Bisaillon manie les ciseaux et la colle comme d’autres une baguette magique; celle qui inclut le collage à ses illustrations vivifiantes, mais également les pastels, les fusains, l’aquarelle, l’acrylique et les crayons de bois, a visiblement trouvé sa voie pour épater les lecteurs. On souligne particulièrement la parution de Ma tête en l’air (Fonfon) et de J’ai un bouton sur le bout de la langue (La montagne secrète), qui a reçu les lauriers du prix American Illustration en 2012. Récemment, on retrouvait sa touche onirique alors qu’elle mettait son talent sur les mots de Simon Boulerice dans l’album Le pelleteur de nuages (La courte échelle).

GÉRARD DUBOIS
Franco-Québécois dont le talent est mis à profit autant pour les adultes (The New York Times, The Wall Street Journal, Time Magazine, The New Yorker, Le Monde, etc.) que pour les enfants, Gérard DuBois se démarque avec des illustrations au sens fort et au look volontairement suranné. Ses images possèdent une touche qui s’approche parfois des gravures de Gustave Doré et sont dotées d’une imagination qui rejoint celle de Béatrix Potter ou de Lewis Carroll. Son talent, pour les petits, est notamment mis à profit dans Au-delà de la forêt, chez Comme des géants, et dans Un verger dans le ventre, à La courte échelle. Dans Le renard sans le corbeau (Notari), il revisite la célèbre fable avec des dessins à couper le souffle.

JACQUES GOLDSTYN
Longtemps associé à Beppo, grenouille en salopette créée pour Les Débrouillards (revue à laquelle il collabore d’ailleurs toujours), Jacques Goldstyn a depuis diversifié ses talents et cumulé les prix. L’arbragan et Les étoiles, tous deux à La Pastèque, démontrent que l’artiste — ancien géologue de formation — sait tout aussi bien narrer une histoire qu’en dessiner une. Il a un trait fin, des couleurs discrètes et ses histoires sont toujours cernées par une grande intelligence. Expert dans l’illustration éditoriale, Goldstyn a su tisser son chemin, à coups de crayons brillamment maniés, dans cet univers où les enfants sont maîtres d’aimer ou pas. Et ils adorent.

ELISE GRAVEL
Avec ses monstres adorables, sa tribu qui pue, ses vers de terre, ses coquerelles et tous ses personnages dont le genre ne les enferme pas dans des stéréotypes, Elise Gravel parle aux jeunes de sujets qui les interpellent. L’illustratrice le dit : elle est attirée par tout ce qui est étrange, différent et rigolo, et c’est bien cela que l’on retrouve dans son œuvre. Depuis son tout premier livre, soit Le catalogue des gaspilleurs aux 400 coups qui regroupait de fausses publicités aussi farfelues qu’incongrues, elle nous épate par son originalité. Lisez Une patate à vélo (La courte échelle) ou encore Bienvenue à la monstrerie (Les 400 coups) et tâchez de ne pas rire : c’est mission impossible!

MANON GAUTHIER
Pastels, aquarelle, ciseaux et colle : voilà les outils magiques qu’utilise Manon Gauthier pour donner vie à ses créations totalement uniques, qui laissent fièrement entrevoir les matériaux utilisés, les coins volontairement coupés grossièrement. À l’inverse de plusieurs illustrateurs d’ici, la Montréalaise n’hésite pas à utiliser le noir, le beige et les tons de gris, à s’éloigner de l’éclatant pour mieux toucher à la délicatesse des émotions. Et le charme opère : son œuvre est reconnue dans plusieurs pays, les prix l’ont maintes fois couronnée! On souligne particulièrement ses ouvrages Marcel Marceau (Bayard), Giroflée Pois-Cassé (Dominique et compagnie), Ma maman du photomaton (Les 400 coups) et Poésies pour la vie (L’Isatis) : vite, allez vous y plonger!

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