Tomas Tranströmer : «L’éveil est un saut en parachute hors du rêve…»

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Ainsi débutait en beauté, il y a cinquante ans, le premier recueil du suédois Tomas Tranströmer. Maintenant traduit dans plus de 55 langues, sa poésie s'est déposée en douceur en nos librairies. Ainsi, grâce à trois publications successives, les vents semblent donc favorables à notre rencontre avec ce poète contemporain des plus importants.

En effet, la collection « Poésie », chez Gallimard, ainsi que Le Castor Astral nous présentent ses œuvres complètes, un recueil de haïkus et une autobiographie relatant un demi-siècle de poèmes aux souffles effilés et clairsemés d’images riches, sobres et nettes, entre onirisme et précision remarquable.

La lecture de Baltiques : Œuvres complètes 1954-2004 suffit pour nous convaincre que Tranströmer est un poète majeur, certainement « nobélisable », et qui réussit à tisser avec finesse des points de jonction (« La tempête furieusement fait tourner les ailes du moulin dans la nuit, et elle moud le néant »), la nature et la modernité (« Au virage suivant, l’autocar se détacha de l’ombre froide de la montagne, / tourna le mufle au soleil et rampa vers le col en hurlant ») et de
magnifiques descriptions (« Quand le bateau approche au loin / l’averse survient et l’aveugle soudain / Les gouttes de mercure frémissent sur les vagues / Et le gris-bleu s’étend »).

Pour compléter le tableau, les éditions le Castor Astral faisaient paraître un recueil de haïkus ainsi qu’une autobiographie du poète. Tout d’abord, La Grande Énigme : 45 haïkus, recueil bilingue, nous donne la chance, en lisant les lignes écrites dans la langue d’origine du poète, de savourer la richesse des métaphores et la finesse de la mélodie. Ici, Tranströmer fait jaillir de ses observations minutieuses d’étonnantes révélations, comme s’il était le premier à voir ce que tout le monde voit déjà. Si l’utilisation du haïku peut surprendre, la postface de son traducteur français, Jacques Outin, nous éclaire : en 1990, le poète fut victime d’une commotion cérébrale qui paralysa son côté droit et restreignit son usage de la parole. Depuis, c’est sous la forme de haïkus qu’il s’exprime.

Ensuite, Les Souvenirs m’observent nous permettent de suivre le trajet que l’homme a emprunté au cours de son existence, une route singulière observée en fin de parcours par le poète lui-même. Rédigés au cours des années 80, ces courts mémoires inachevés frappent par leur ton intime (ils ont d’abord été écrits pour ses enfants), semés d’ambiances et de réminiscences. Ce texte nous permet de comprendre d’où vient cette précision dans l’observation; le petit Tomas Tranströmer était amoureux de la nature et dans cet ouvrage, sa mémoire est précise et son regard, porté sur les souvenirs, délicat.

Résulte de tout cela un poète funambule, marchant sur la ligne mince séparant le rêve et la vie, l’habité foisonnant et la nature intacte. À travers ces trois parutions récentes, un panorama de son sapinage tranquille, de sa façon inédite de scruter l’horizon, de faire émerger des archipels du fond des eaux.

Bibliographie :
Baltiques : Œuvres complètes 1954-2004, Gallimard, coll. Poésie, 377 p., 16,95 $
La Grande Énigme / Den Stora gatån, Le Castor Astral, 128 p., 28,95 $
Les Souvenirs m’observent, Le Castor Astral, 112 p., 26,95 $

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