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Égypte: Sur les traces des écrivains égyptiens

Égypte: Sur les traces des écrivains égyptiens

Par Nora Atalla, publié le 02/06/2011

Tout a commencé à Tunis, en décembre 2010. Désespéré par son intolérable situation, un jeune chômeur diplômé décide de s’immoler. Aussitôt, le peuple s’émeut et se révolte. Une vague de protestations s’étend dans le royaume tunisien. On réclame davantage de libertés civiles, on critique l’injustice, on crie son mécontentement. Émeutes, violences, appels à la liberté: le printemps arabe est en marche! Rapidement, les pays voisins s’enflamment. En Égypte, notamment, la colère des citoyens mène à la démission du président Hosni Moubarak.

Ce n’est qu’en 2009 qu’il m’a été donné d’aller en Égypte, que mes parents avaient quittée à la fin des années 1960. Une grande émotion m’envahit tandis que j’arpentais Le Caire, m’égarant dans le quartier musulman, jusqu’au Café El Fishawi à Khan El-Khalil, et sur Talaat Harb (autrefois Soliman-Pacha), jusqu’au Café Riche au centre-ville, deux endroits où, pendant de longues heures, traînait Naguib Mahfouz (1911-2006) pour écrire. Il y aurait, paraît-il, écrit en partie «La Trilogie du Caire» (version arabe: 1956-1957; version française: 1987-1989); il a été le premier écrivain arabe à recevoir le Nobel de la littérature en 1988.

Après avoir exploré l’Égypte pharaonique dans ses premiers romans, l’arrivée de la Seconde Guerre mondiale pousse Mahfouz à aborder plutôt l’histoire contemporaine du Caire. Dès lors, son œuvre très réaliste – comportant près d’une cinquantaine de romans et de recueils de nouvelles –, traduit les bouleversements sociaux de son pays. Mieux que quiconque, il se fera le promoteur de la littérature nationale arabe, passant de sagas à des critiques sur le régime de Nasser. Bon nombre des grands romans de Naguib Mahfouz ont été portés au grand écran.

Autre écrivain à ne pas négliger, Robert Solé est né en Égypte en 1946, et s’est établi en France à l’âge de 18 ans. Romancier, auteur d’essais historiques et chroniqueur de l’Égypte ancienne et moderne, il écrit en français. C’est toute une mémoire qu’il nous lègue. Personne ne peut d’ailleurs oublier son premier roman, Le Tarbouche (Prix Méditerranée, 1992), qui reconstitue de façon attachante l’histoire d’une famille chrétienne dans l’Égypte du protectorat britannique. S’ensuivent Le Sémaphore d’Alexandrie et La mamelouka, et plusieurs autres, dont le plus récent, La vie éternelle de Ramsès II (Seuil), dont a parlé Robert Solé en avril dernier au Salon international du livre de Québec.


Albert Cossery (1913-2008) ne doit pas non plus être oublié. Même s’il habite Paris dès 1945, son pays natal, l’Égypte, demeurera la plaque tournante de presque tous ses romans. Cossery est habité de ses personnages, et eux de lui; colorés et excentriques, il les manipule avec un style humoristique. On le connaît pour ses romans les plus récents, Les couleurs de l’infamie (1999) et Les fainéants dans la vallée fertile (2004). Il a même écrit de la poésie, Les morsures (1931), qui est désormais introuvable. Son œuvre a inspiré de nombreux artistes.

En parlant de poésie, n’oublions pas les regrettés Ahmed Zaki Abou Chadi, Mustafa Sadiq Al-Rafi’i, Ahmed Chawqi, Georges Henein, Joyce Mansour, Ibrahim Nagi et Ahmed Rami qui ont été chantés par Oum Kalsoum.

Du côté des femmes de lettres, on trouve très peu d’information à leur sujet. Nawâl el Saadâwi a commencé, dans les années 70, à aborder des sujets tabous, notamment l’excision, l’avortement, la sexualité, les sévices sexuels infligés aux enfants ou l’oppression des femmes.

Aujourd’hui, malgré la crise actuelle et les manifestations sanglantes qui ont eu lieu au Caire, j’aime à penser qu’il restera et naîtra encore en Égypte des poètes et des écrivains – et pourquoi pas des femmes? – pour nous la dépeindre avec passion et vérité, et que le Café Riche et le Café El Fishawi survivront pour les accueillir et les inspirer.

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Issue du milieu de la publicité et des communications, Nora Attala s’est pourtant tournée vers la poésie. Sont-ce les gênes qui l’y ont poussée? Parce qu’en effet, cette poétesse native du Caire (d’origine grecque libanaise et franco-russe) est l’arrière-petite-nièce du traducteur des contes des Mille et une nuits ainsi que de sa femme, la prolifique écrivaine Lucie Delarue-Mardrus. Histoire de famille ou pas, Nora Attala a su se créer une place de choix dans le monde de la poésie québécoise en publiant une quinzaine d’œuvres, dont certaines furent récompensées par le prix Apollon d’Or et le Grand Prix de poésie de l’Union des poètes francophones. Depuis quelques années, elle occupe son temps entre ses enfants et des récitals de poésie, qui sont parfois accompagnés de musique jazzée.

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