Christian Bobin: Prisonnier au berceau

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Dans Prisonnier au berceau, Christian Bobin rend un vif hommage poétique à sa ville natale, Le Creusot. Né en 1951 dans cette ville industrielle du Centre-est de la France où rien ne se passe jamais, que l'attente, il devint un observateur attentif et émerveillé de la simplicité.

«Le Creusot m’a appris à me satisfaire de tout», écrit l’auteur, qui n’a jamais ressenti le besoin de quitter la ville. Les voyages ne l’attirent pas, puisque, comme il le dit si bien, «le bout du monde et le fond du jardin contiennent la même quantité de merveilles» (Tout le monde est occupé). Bobin trouve sa matière dans le chant d’un oiseau, un rayon de soleil «explosant sur les brioches bombées», la danse d’un flocon de neige, … Sur les plus minuscules plaisirs et les plus grandes douleurs, telle la mort (La plus que vive), il sait répandre la poussière d’étoile nécessaire à illuminer le morne.

À chaque page, un trait lumineux est jeté sur cette ville d’acier et cette enfance recluse dans la solitude: «J’ai toujours habité deux villes: Le Creusot et la ville qui est au-dessus dans les nuages». Le ciel, omniprésent dans l’œuvre de Bobin, illustre brillamment les clairs–obscurs du poète mystique. Poursuivant une fois de plus sa quête du sacré, il abuse malheureusement de la figure de l’ange. Bémol si vite pardonné quand on sait que l’auteur ne voit pas les anges comme des individus, mais comme des silences, des «silences gardiens».

Ce récit autobiographique, enrichi de photographies, montre bien que l’on ne se libère jamais de notre enfance, ni des lieux qui nous construisent. Quoi de mieux que le style dépouillé et intemporel de Bobin pour nous ouvrir à la beauté du monde: «plus la vie est simple (..) et plus elle préserve sa beauté».

Bibliographie :
Prisonnier au berceau, Christian Bobin, Mercure de France, coll. Traits et Portraits, 99p., 24,95$

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