À chaque édition de la revue Les libraires, nous vous proposons une sélection de livres qui se glissent facilement dans votre poche. Petit prix et petit format, certes, mais de grandes découvertes et de belles plumes!

Clin d’œil au Temps qui passe
Antonine Maillet, BQ, 176 p., 11,95$
« Toute ma vie j’ai couru après le temps comme si j’avais quelque chose à rattraper. » La romancière et dramaturge acadienne Antonine Maillet se dévoile dans une vingtaine de récits intimes qui s’attardent au temps qui passe — le Temps étant le personnage de cet ouvrage — et à des moments qui ont jalonné sa vie, que ce soit son parcours d’auteure, son enfance, ses rêves, ses doutes, ses défis, la mort de ses parents, sa soif de vivre et de raconter. Ce livre nous plonge au cœur de la démarche d’écriture et de la vie d’une grande écrivaine, qui a notamment connu le succès grâce à La Sagouine et à Pélagie-la-Charrette. Les réflexions, les souvenirs et les anecdotes de cette conteuse s’avèrent fascinants.

Le consentement
Vanessa Springora, Le Livre de Poche, 210 p., 12,95$
Traduit en plusieurs langues et en cours d’adaptation pour le cinéma, ce livre troublant a connu un véritable succès et tout un retentissement. L’écrivaine et éditrice française y dénonce l’emprise qu’a exercée sur elle l’auteur Gabriel Matzneff — désigné seulement par « G. » dans l’ouvrage — dans la relation qu’ils ont entretenue alors qu’au début, elle était âgée de 14 ans et lui, 50. D’abord séduite, Springora se rend compte, plus tard, qu’elle n’est pas la seule à être convoitée par lui. Peut-il vraiment y avoir consentement dans un rapport de pouvoir ou de manipulation? Tout en témoignant des traces que cette histoire a laissées dans sa vie et de la reconstruction pénible des victimes, elle déplore également la complaisance d’un certain milieu littéraire envers un écrivain qui ne se gênait pourtant pas d’étaler ses penchants pour les jeunes dans ses livres.

Le deuxième mari
Larry Tremblay, Alto, 152 p., 14,95$
Dans ce roman audacieux et déstabilisant, Larry Tremblay a imaginé un monde insulaire, où les femmes dominent les hommes. Bousculant les préjugés et les rôles établis, l’auteur de L’orangeraie illustre avec brio et acuité le rapport de pouvoir et de domination d’un sexe sur l’autre ainsi que l’injustice qui en résulte. Samuel n’a jamais rencontré sa future épouse, une femme riche que ses parents ont choisie pour lui et pour qui il doit se préserver. Il aurait préféré poursuivre ses études, ce à quoi les hommes ne peuvent aspirer dans cette société qui les prive de leur liberté. Le jour du mariage, il découvre que Madame s’avère plus vieille qu’il l’imaginait et, surtout, qu’il cohabitera avec un autre homme, son premier mari. Cette situation humiliante l’accable, mais Samuel n’a d’autre choix que d’obéir.

Je suis une Viking
Andrew David MacDonald (trad. Valentine Leÿs), Pocket, 456 p., 14,95$
« Un roman tendre et rafraîchissant sur la résilience et sur la force de la différence qui rappelle Le boulevard, de Sénéchal ou Le bizarre incident du chien pendant la nuit, de Haddon. » Chantal Fontaine, de la librairie Moderne, a craqué pour ce premier livre de l’auteur canadien Andrew David MacDonald, qui met en scène un personnage attachant, drôle et singulier, souffrant d’un handicap parce que sa mère buvait lorsqu’elle était enceinte. En plus d’aimer son amoureux, Zelda, 21 ans, se passionne pour les Vikings et les combats à l’épée. Un jour, elle apprend que son grand frère, qui prend soin d’elle depuis le décès de leur mère, s’est associé avec une gang peu recommandable pour régler ses problèmes financiers. Avec courage, détermination et naïveté, la jeune femme entreprend de le sauver de cette dangereuse situation; c’est l’occasion pour elle de devenir une véritable héroïne, d’être une Viking elle aussi.

Orange amère
Ann Patchett (trad. Hélène Frappat), Babel, 404 p., 18,95$
Grâce à « son style évocateur, subtil et un brin méta », Orange amère a été l’un des coups de cœur du libraire Gabriel Tremblay-Guérin, de la librairie Pantoute. Dans ce roman émouvant et prenant, l’auteure décortique toutes les nuances de l’enfance et des liens familiaux, alors que deux familles se décomposent puis se recomposent pour s’éloigner à nouveau. Le jour du baptême de Franny, un homme, qui connaissait vaguement son père et qui souhaitait échapper à sa femme et ses enfants, s’invite à la fête, tombe amoureux de la mère du bébé et l’embrasse. Quelque temps plus tard, les voilà mariés et la famille recomposée s’habitue à cette nouvelle réalité jusqu’à ce qu’éclate un drame. Dans un bar, des années plus tard, Franny rencontre son idole littéraire à qui elle raconte son histoire, un récit que l’écrivain dévoilera ensuite au grand jour dans un roman, ravivant les blessures familiales.

La vie rêvée de Frank Bélair
Maxime Houde, Alire, 310 p., 15,95$
Campé dans l’effervescence des années 40 à Montréal et rendant hommage aux films noirs américains de cette époque, ce roman noir met en scène un personnage fascinant, un gars ordinaire, mais aussi un petit truand qui se met dans le trouble par son ambition et ses incartades. Après avoir passé quelques années en prison pour un vol, Frank Bélair possédera un cabaret dans le Red Light, le quartier du vice. Même s’il a réussi à réaliser son rêve et qu’il en profite allégrement, cela ne se fait pas sans heurt, puisqu’il se retrouve à la merci d’un malfrat, qui tissera de plus en plus sa toile autour de lui. Ces liens impossibles à défaire pourraient bien transformer sa vie rêvée en cauchemar.

L’archipel des lärmes
Camilla Grebe (trad. Anna Postel), Le Livre de Poche, 572 p., 15,95$
L’auteure du livre Un cri sous la glace frappe fort avec ce suspense prenant et bien ficelé, couronné du Prix du meilleur polar suédois en 2019. Ce roman s’attarde aux inégalités et à la violence que subissent les femmes, à leur sort et à leur place dans la société ainsi qu’au sein de la police. À Stockholm, de 1944 jusqu’à nos jours, plusieurs femmes sont assassinées. Mais c’est seulement aujourd’hui que les liens entre toutes ces macabres histoires se révèlent. Au fil des années, des policières déterminées, mais souvent reléguées au second plan ont tenté d’élucider ces crimes horribles, résolues à découvrir la vérité, mettant parfois leur vie en péril. Va-t-on enfin réussir à épingler ce mystérieux récidiviste misogyne? Est-ce vraiment l’œuvre d’une seule personne?

Par les routes
Sylvain Prudhomme, Folio, 302 p., 15,50$
Lauréat du prix Landerneau des lecteurs et du prix Femina en 2019, ce livre parle de liberté, des liens entre les êtres ainsi que des différents chemins qu’il est possible d’emprunter au cours d’une vie. Sacha, un écrivain quarantenaire, quitte Paris et s’installe à V., une petite ville au sud de la France, dans le but de s’isoler dans le calme et d’avoir l’espace pour se ressaisir et se retrouver, voire être prêt pour de possibles fulgurances. Mais une fois là-bas, il découvre que son ami de jeunesse, qu’il surnomme l’autostoppeur, une personne qu’il avait jadis sortie de sa vie il y a vingt ans, y vit aussi, avec sa compagne et leur fils, avec qui il fera connaissance. Puis, la présence de Sacha chamboule peu à peu la vie familiale de cet ami retrouvé, qui continue d’être un bourlingueur, partant et revenant au gré de ses envies. Pendant que ce dernier sillonne les routes, Sacha en profite pour nouer des liens avec la mère et le fils.

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