ÉTATS-UNIS
L’accident de chasse
David L. Carlson et Landis Blair (trad. Julie Sibony) (Sonatine)
L’accident de chasse est un roman graphique, inspiré de faits réels, tout de noir et de blanc vêtu, qui n’a pas son pareil pour exprimer avec force les émotions contradictoires qui viennent avec le cheminement vers la rédemption. À Chicago, en 1959, un garçon emménage avec son père aveugle. Le jeune a toujours cru connaître la vérité : son père a perdu la vue lors d’un accident de chasse. Mais voilà que ce dernier décide de tout lui avouer : c’est le fruit d’un vol à main armé, avec la mafia de Chicago, qui a mal tourné…

 

INDE
L’alcazar
Simon Lamouret (Sarbacane)
Si dans Bangalore, sa première publication, Lamouret nous parlait de cette Inde qu’il connaissait pour y habiter et y enseigner le dessin, il le faisait en noir et blanc. Cette fois, il use de couleurs avec grand art et nous dévoile encore une Inde contemporaine, urbaine. C’est autour d’un immeuble en construction qu’il échafaude ce récit choral, où différents personnages, provenant de partout au pays, y sont réunis et où leurs rêves et différences s’élèvent au même rythme que le chantier. Les dessins sont à couper le souffle… ne vous privez pas de ce plaisir!

 

ESPAGNE
GARCÍA LORCA, DALÍ, BUÑUEL ET LES AUTRES : Le labo artistique du Madrid des années 1920
Susanna Martín Segarra (trad. Jean-Michel Boschet) (Marabout)
C’est à la résidence des étudiants de Madrid que se rencontrent Luis Buñuel, Salvador Dalí et Federico García Lorca : autant de génies réunis, ça frappe certes l’imaginaire et ça fait surtout une bande dessinée bien captivante. En retraçant les débuts de García Lorca, artiste andalou complet (peintre, pianiste, poète, dramaturge), Susanna Martín Segarra plonge dans une jeunesse créative, dans les rêves romantiques d’un artiste qui deviendra l’un des plus influents d’Espagne.

 

CHINE
Chinese Queer
Seven (trad. Lucie Modde) (Sarbacane)
BD initiatique queer et quête identitaire d’une jeunesse en perte de repère, Chinese Queer sonde l’intimité de Tian Fushi, mangaka gai dans une Chine pornographique, qui se sent à la fois incompris et inconfortable dans ce passage vers la vie d’adulte. Sera-t-il un éternel Peter Pan? Comment se consolidera-t-il? Si le protagoniste de cette BD ne peut rentrer dans aucune case sans s’y sentir à l’étroit, le bédéiste, lui, a tôt su maîtriser ses cases afin d’y faire évoluer son héros.

 

ITALIE
Bella ciao
Baru (Futuropolis)
Baru mélange les genres — saga familiale, récit historique, tragédie humaine et comédie de mœurs — avec cette histoire qui tente de cerner la difficile question qu’est celle d’où se situe le seuil entre l’immigrant visible et ce concitoyen qui passe inaperçu sur sa terre d’accueil. L’auteur de Quéquette Blues et Les années Spoutnik signe un chant de révolte, une histoire populaire de l’immigration italienne. Un Bella ciao sur une tout autre tonalité que celle de la populaire ritournelle italienne!

 

ÉTATS-UNIS
Americana
Luke Healy (trad. Basile Béguerie) (Casterman)
Ce roman graphique d’envergure — pas seulement par son nombre de pages, mais par la profondeur des réflexions sur le dépassement de soi et les rêves qui confrontent la réalité — plaira à tous ceux qui sont amoureux d’une Amérique naturelle pré-Trump. On y suit un Irlandais qui entreprend la Pacific Crest Trail, sentier de 4 280 km traversant vingt-cinq parcs nationaux et frôlant les frontières territoriales avec le Canada et le Mexique. Une aventure comme nulle autre pareille, que le bédéiste a réellement vécue.

 

JAPON
Wabi Sabi : Un voyage au Japon
Amaia Arrazola (trad. Margaux Hélédut) (First Éditions)
Véritable tour de piste culturel, cette bande dessinée qui inaugure la nouvelle collection « La vie en bulles », chez First Éditions, entraîne le lecteur aux côtés d’Amaia Arrazola, qui découvre Tokyo lors d’une résidence d’un mois. Elle aborde son quotidien, ce qui étonne, détonne, cartonne, mais aussi la culture pop contemporaine propre au Japon (Hello Kitty, Totoro, etc.) et ses traditions (théâtre kabuki, shintoïsme, etc.). Complet, festif, personnel et universel à la fois : un vrai coup de cœur, qui oscille entre récit et documentaire.

 

CORÉE
L’arbre nu
Keum Suk Gendry-Kim (trad. Loïc Gendry) (Les Arènes)
Adapté d’un roman culte de la littérature coréenne, qui était lui-même inspiré d’une histoire vraie, ce roman graphique raconte une histoire d’amour, sur fond de guerre de Corée en 1950, entre Kyung, 20 ans et vendeuse dans un magasin de l’armée américaine à Séoul, et Ok Heedo, un artiste peignant des portraits commandés par les GI. Mais Ok est marié. Les années passent, et Kyung tombe sur une exposition posthume de ce peintre qu’elle a terriblement aimé, faisant ressurgir en elle un flot d’émotions, un retour dans le passé troublant. Avec son trait noir, vif et élancé, la bédéiste écrit ainsi sur les morsures invisibles laissées par la guerre.

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