Réanimations

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Les éditeurs de bandes dessinées ont actuellement le vent en poupe : c'est sans doute ce qui aura motivé Gallimard à relancer le mythique label Futuropolis* après pratiquement dix années de jachère ! En s'associant dans cette entreprise à l'éditeur toulonnais Soleil, Gallimard s'adjoint l'expertise d'un diffuseur dans l'espoir de conquérir un vaste public.

En 1974, Étienne Robial et Florence Cestac créent les éditions Futuropolis. Creuset du renouveau de la bédé française, l’éditeur a su recruter dans ses rangs des noms prestigieux tels Tardi, Bilal, Baudoin, F’Murr, Munoz, Götting… Intransigeant sur la qualité de ses publications (essentiellement en noir et blanc et de formats très variés), Futuropolis influencera fortement la génération suivante. En 1987, Robial s’associe avec Gallimard pour une collection mêlant littérature (fonds NRF) et dessin (auteurs Futuro) qui connut une trentaine de titres, dont Le Voyage au bout de la nuit, par Céline et Tardi. Robial vendit tout à son associé en 1994.

« Gallimard possédait une belle endormie. Nous la réveillons ! », de dire Sébastien Gnaédig, à qui échoit le mandat. Loin d’être le premier venu, Gnaédig a amorcé son parcours chez Delcourt, avant de devenir directeur général des Humanoïdes Associés de 1996 à 2000, puis directeur de collections chez Dupuis (Aire Libre, Repérages, Expresso et Empreintes). Le graphiste Didier Gonord, directeur artistique pour Soleil puis Dupuis, accompagnerait le transfuge dans cette aventure, pour apporter l’attention particulière à chacun des albums, ainsi que l’excellent Luc Brunschwig, avec la mission d’encadrer les jeunes scénaristes.

La ligne éditoriale est ambitieuse : publier peu d’albums (15 à 20 par an) et privilégier l’expression des auteurs tout en restant populaire, développer des thèmes peu usités dans le paysage bédé actuel et conserver l’esprit d’origine de Futuro, même dans ses formats hors normes. La production sera axée sur les adaptations de romans en bande dessinée, les créations originales avec les écrivains de Gallimard et la relance des textes illustrés… en plus des albums de création pure ! Sur les quelque 500 titres du catalogue originel, 80 albums cultes seront remis sur le marché, les premières nouveautés étant prévues pour septembre. L’éditeur aurait obtenu l’accord de six ou sept auteurs importants, dont l’étonnant Blutch, auxquels viendrait s’ajouter Brunschwig lui-même pour un projet d’anticipation.

On souhaite que Futuropolis demeure le découvreur et le défricheur qu’il fut, par son courage, son soutien aux jeunes auteurs et son radicalisme éditorial. Les premiers albums devront être à la hauteur des énormes attentes générées par la réutilisation de cette image en or !

Deux histoires de cœur

Les derniers mois nous ramènent deux grands auteurs révélés par Futuropolis, Jean-Claude Götting revenant quant à lui à la bédé après quinze ans d’absence, et Edmond Baudoin nous offrant un deuxième album en couleurs !

Mieux connu du public pour ses couvertures des romans de Harry Potter, Götting fait un retour remarqué avec La Malle Sanderson, destin d’un illusionniste gentleman, passé maître dans l’art du trucage et celui de séduire son public, dont l’idylle amoureuse tourne au drame, alors qu’il se retrouve pris au piège du tour censé couronner sa carrière… pour un caressant récit d’atmosphère aux images charbonneuses ! L’âme emplie de son séjour en sol québécois, Baudoin nous donne Le Chant des baleines, un grand album intimiste comme lui seul en a le secret : un homme qui marche, la tête emplie de souvenirs, d’interrogations sur le monde qui nous entoure, nous déchire, avec toujours à l’avant-plan cette poésie du quotidien, à fleur de peau…

* Futuropolis est un hommage à la fresque philosophique éponyme mâtinée de science-fiction de Martial Cendres et Pellos, lui-même sous l’influence du Metropolis de Fritz Lang.

Bibliographie :
La Malle Sanderson, Jean-Claude Götting, Delcourt, coll. Mirages, 112 p., 26,95 $
Le Chant des baleines, Edmond Baudoin, Dupuis, coll. Aire Libre, 56 p., 21,95 $

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