Ego comme X

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À ses détracteurs qui insinueraient que parler de soi est nombriliste, elle répondrait du crédo suivant : « L'importance est de faire des choses que personne d'autre ne pourrait faire à votre place. »

Maison d’édition installée à Angoulême, Ego comme X, la bien nommée, est tenante d’une ligne éditoriale qui prône des récits de vie où domine l’introspection. Souvent autobiographiques, mais surtout à la recherche d’une certaine justesse du ton, les auteurs qu’elle publie cherchent à parler de la personne humaine, des gens qu’elle côtoie et de l’époque qu’elle traverse. Le caractère expulsif des histoires, discrètes et voyantes à la fois, démontre une exigence, une volonté de creuser les zones troubles ou chatouilleuses.

Un des thèmes de prédilection d’Ego comme X est sans aucun doute la sexualité – caractéristique humaine fondamentale s’il en est – mais abordée hors des clichés, dans une volonté de décrisper les fantasmes sexuels formatés et impersonnels du mass media BD. Le discours est ici celui du quotidien, bien que le lecteur ne soit pas à l’abri de la crudité et parfois de la violence du point de vue. Depuis longtemps, et de plus en plus maintenant, littérature et cinéma avaient abordé ces problématiques que la BD avait le devoir de défricher à son tour.

La locomotive maison est le Journal de Fabrice Neaud. Sur trois tomes parus et plus de 500 pages, l’auteur, un jeune homosexuel lucide au fait de sa condition, cherche à affirmer ses points de vue et son idéalisme au gré de ses déboires douloureux. Bien qu’il nécessite un certain effort pour se prêter à la réalité du personnage, la puissance narrative et le dessin incisif et précis de Neaud permettent au Journal d’atteindre des moments de paroxysme d’une rare intensité.

Cette année, une livraison intéressante fut celle du Petit manège de Michaël Sterckeman, savoureux rapport anthropologique en neuf tableaux où sont consciencieusement fichés neuf individus aux prises avec les aspects contradictoires des mœurs amoureuses.

L’éditeur s’est aussi emparé du talent très particulier de Matthieu Blanchin et de son trait énergique voué au mouvement. Blanchin semble hyperactif sur sa planche : l’encre bave et les images sont irrésistiblement brouillonnes ! …on pense un peu à Reiser. Mais la vivacité des séquences emporte tout le reste et son travail sert à merveille le récit de l’enfance (Le val des ânes) ou l’anecdote échevelée (Accident du travail). Le premier livre rappelle l’enfance de l’auteur avec ses deux frères cadets à la campagne : l’innocence et la cruauté, les mauvais coups et les fessées méritées, les découvertes et le dur apprentissage, mais surtout le rythme effréné de ces années fugitives. Le second narre ses péripéties à la suite d’une blessure survenue lors d’une bourde en milieu de travail, la chambre d’hôpital où se succédèrent les indésirables et le ridicule de son ex-employeur tyrannique. Le Salon du Livre de Montréal, où fut présent Fabrice Neaud l’année dernière, recevra cette année Matthieu Blanchin.

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