C’est Emmanuelle Bayamack-Tam qui remporte le Médicis pour son roman La Treizième heure, publié chez P.O.L. Le Médicis étranger est attribué à Andreï Kourkov pour son roman Les abeilles grises, publié chez Liana Levi tandis que le Médicis essai est remis à Georges Didi-Huberman pour son livre Le témoin jusqu’au bout, aux éditions de Minuit.

Connue aussi sous le pseudonyme Rebecca Lighieri, Emmanuelle Bayamack-Tam explique cette dualité par le fait que deux parts d’elle-même écrivent des livres qui ne se ressemblent pas. Elle s’affaire à l’écriture de manière différente selon « qui » écrit. Les romans de Rebecca Lighieri sont plus sombres, davantage romanesques et elle les compose à partir d’une trame bien définie. C’est le cas avec le superbe Il est des hommes qui se perdront toujours. Lorsqu’elle écrit sous son vrai nom, ses romans se révèlent plus poétiques, plus fantasques et elle ignore où l’histoire va la mener.

Emmanuelle Bayamack-Tam offre dans La Treizième heure le point de vue d’une jeune fille sur son quotidien, elle qui est élevée par son père, sorte de gourou d’une secte qui rassemble des personnes issues de toutes les communautés, troublées et angoissées par le monde qui les entoure. C’est ensuite au tour du père, puis de la mère, de s’exprimer. Un roman profondément actuel, dérangeant.

Lauréat du Médicis étranger, le roman de l’ukrainien Andreï Kourkov, Les abeilles grises, se situe avant l’invasion de la Russie en Ukraine, quelque part dans la zone grise du Donbass, avec un apiculteur qui décide d’amener ses ruches abeilles en Crimée, sur un territoire pacifié. La fable est douce, truffée d’humour, mais laisse aussi un goût amer, sachant que le pays est depuis trop longtemps à feu et à sang.

Enfin, Georges Didi-Huberman consacre son essai Le témoin jusqu’au bout au philologue Victor Klemperer, qui a choisi de ne pas fuir le régime nazi afin d’observer les mutations de la langue dans un contexte de politique totalitaire.

L’an dernier, le prix Médicis avait couronné Christine Angot, pour Le voyage dans l’est, Jonas Hassen Khemeri pour La clause paternelle au volet étranger, tandis que le Médicis essai était remis à Jakuta Alikavazovic pour Comme un ciel en nous.

Photo : © Pauline Rousseau

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