L'initiative Les libraires conseillent répond à la demande des lecteurs avides de suggestions. Chaque mois, un comité formé d’une quinzaine de libraires établit, après moult discussions passionnées et passionnantes, une sélection de cinq livres. Essais, BD, romans jeunesse ou pour adultes, d’ici comme d’ailleurs, ces cinq livres sont mis de l’avant dans les librairies membres de notre réseau. Cette initiative est une belle occasion de promouvoir des livres jugés particulièrement remarquables, ainsi que de valoriser le rôle primordial de votre libraire. Voici la sélection de septembre.


Le pays des autres
Leïla Slimani (Gallimard)

Forte de ses 20 ans, de son goût de l’aventure, de son amour pour cet homme qu’elle a connu à la fin de la guerre et qui est devenu son mari, Mathilde quitte son Alsace natale pour le Maroc. Rien de ce qu’elle avait imaginé n’existe vraiment, Mathilde doit apprendre à vivre dans cette société coloniale, où tous ses repères sont à jamais perdus. Seuls son amour pour Amine, son mari, et le sien pour elle, sont bien réels. Premier tome d’une trilogie dans laquelle Leïla Slimani raconte la vie de ses grands-parents, de cette grand-mère qui entendra souvent la phrase « Ici, c’est comme ça », phrase qui lui rappellera qu’elle vit dans le pays des autres. On attend donc avec impatience la suite de ce récit.
Louise Chamberland, librairie L’Option (La Pocatière)

 


Pendant que Perceval tombait
Tania Langlais (Les Herbes rouges)

La poète Tania Langlais nous revient avec un quatrième ouvrage tout aussi raffiné que bouleversant. Dans ce recueil de 89 pages, l’autrice nous transporte dans le monde incompris de la talentueuse Virginia Woolf. Plus précisément, c’est dans l’œuvre Les vagues que nous ferons la connaissance de cet énigmatique personnage qu’est Perceval. Bien qu’il soit secondaire dans le roman de Woolf, ce narrateur muet tient le premier rôle dans les vers de Tania Langlais. Alors que ce récit se déroule sur une seule journée, nous avons l’impression de faire tout un voyage à travers la campagne anglaise. Les mots de l’autrice amènent une réflexion sur la mort préméditée de Perceval, mais aussi de celle de Virginia Woolf. C’est avec une plume assumée que les mots coulent sous nos yeux pour créer une histoire parsemée de petits tableaux tout aussi mystérieux les uns que les autres.
Émilie Bolduc, librairie Le Fureteur (Saint-Lambert)

 


Nickel Boys
Colson Whitehead (Albin Michel)

Si aujourd’hui encore les temps sont difficiles pour les Noirs, on peut imaginer à quel point ça devait l’être en 1960. Colson Whitehead dresse le portrait douloureux de la ségrégation raciale dans le quotidien des États-Unis en se basant sur un fait réel, l’existence de la maison de correction Nickel Academy. Whitehead nous présente une fois de plus des personnages complexes, lucides et solidement construits, et les entraîne dans un enchevêtrement de situations où la menace plane toujours, où un rien peut faire chavirer une journée ordinaire en tragédie. Pas de drame larmoyant ici, que de la survie teintée d’obstination afin de se faire oublier, à défaut de se faire respecter. Un récit poignant, prenant, qui bouscule les idées reçues.
Chantal Fontaine, librairie Moderne (Saint-Jean-sur-Richelieu)

 


Nos forêts intérieures
Julie Dugal (Marchand de feuilles)

Le premier roman de Julie Dugal nous plonge au cœur de la forêt Rouge, dans un petit village que les gens de la ville ont du mal à trouver sans GPS, où des oiseaux-fantômes kidnappent les enfants la nuit, où une sorcière guérit et ensorcelle les gens, où les enfants du coin volent les jouets des fraîches-pètes citadines, ou s’empiffrent de nananes blottis dans le station wagon ou l’Econoline pendant que leurs parents font le party. Partie à 10 ans pour Montréal, Nathalie est désormais mère de deux enfants, sa relation de couple bat de l’aile, elle a perdu le merveilleux lien qui l’unissait à sa cousine Karine, son quotidien l’a happée. Elle ressent de plus en plus l’appel de sa forêt et de la liberté que celle-ci lui inspire. Un excellent roman, plein de souvenirs, d’aiguilles d’épinettes et de racines tenaces.
Véronique Tremblay, librairie Vaugeois (Québec)

 


Les avenues
Jean-François Sénéchal (Leméac)

Quel plaisir que de retrouver Chris, ce jeune homme « en retard » si attachant et, n’ayons pas peur des mots, mon personnage préféré en littérature jeunesse! Après Le boulevard et Au carrefour, Jean-François Sénéchal nous convie à ce dernier chapitre des aventures de Chris, teinté de nœuds qui se dénouent, de boucles qui se bouclent et de chemins qui prennent de nouvelles avenues. Son personnage a pris de la maturité et s’il se laisse encore emporter par son enthousiasme, il sait aussi prendre du recul, offrir son écoute et ses conseils. Avec sa plume sensible et juste, au diapason de la candeur et de la compréhension du monde de son héros pas ordinaire, l’auteur nous offre une trilogie aussi remarquable que bouleversante, truffée de scènes mémorables qui m’habiteront longtemps.
Chantal Fontaine, librairie Moderne (Saint-Jean-sur-Richelieu)

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