L'initiative Les libraires conseillent répond à la demande des lecteurs avides de suggestions. Chaque mois, un comité formé d’une quinzaine de libraires établit, après moult discussions passionnées et passionnantes, une sélection de cinq livres. Essais, BD, romans jeunesse ou pour adultes, d’ici comme d’ailleurs, ces cinq livres sont mis de l’avant dans les librairies membres de notre réseau. Cette initiative est une belle occasion de promouvoir des livres jugés particulièrement remarquables, ainsi que de valoriser le rôle primordial de votre libraire. Voici la sélection d'octobre.


Yoga
Emmanuel Carrère (P.O.L)

Janvier 2015. Désireux de s’atteler à la rédaction « d’un petit livre souriant et subtil » sur le yoga, Carrère entreprend d’abord une retraite de méditation qui doit durer dix jours. Son état d’esprit est tourné vers son projet d’écriture, ce qui le rend moins présent à l’expérience même de ce sur quoi il souhaite écrire. La recherche du vide se transforme rapidement en une entreprise d’introspection bien remplie, bientôt freinée par l’interruption soudaine de la retraite en question. S’ensuit une cavalcade de péripéties dont le fil conducteur demeure, à différents degrés, la détresse morale de l’écrivain. De la découverte de sa bipolarité à la coanimation d’ateliers d’écriture sur l’île grecque de Léros en passant par un reportage à Bagdad et un internement de plusieurs semaines en service fermé à l’hôpital Sainte-Anne, le récit réel ou halluciné de son effondrement et de sa lente reconstruction s’inscrit en tant que lieu de la littérature, qui serait « le lieu où on ne ment pas ». Pressenti pour le Goncourt malgré son ambiguïté générique (Le lambeau de Lançon avait l’an dernier été écarté pour des raisons similaires), le dernier Carrère n’a pas fini de faire parler de lui.
Philippe Fortin, librairie Marie-Laura (Jonquière)

 


Souvenir de Night
Mathieu Rolland (Boréal)

Au confluent des éditions de Minuit et de Mishima, il y a ce glaçant premier livre de Mathieu Rolland. Au rythme des scansions qui épaississent de page en page le mystère des amours à sens unique, le jeune auteur distille son talent en déployant ce style durassien auquel nombre s’essaient avec des résultats variables. Balayez vos légitimes craintes, c’est ici très réussi et on embrasse la ritournelle avec délectation malgré la mélancolie des pensées qui la forment. Dans ce monde de privilège où la cadence est dictée par les aéroports qui défilent aussi vite que les avions qui y transitent, l’anonymat et l’impersonnel fondent la monotonie des jours. La rencontre avec l’énigmatique Night viendra fracasser tout cela. Dès lors s’ouvre une parenthèse dans cette fuite perpétuelle, l’émotion s’entrebâille et c’est assez pour que le passé rejaillisse des tréfonds où on l’avait enseveli dans la hâte du drame. Voici un premier roman puissant qui rappelle les atmosphères croisées au détour des œuvres de Jean-Philippe Toussaint, fascination pour la cruauté en plus. Il faudra suivre ce jeune auteur et l’œuvre ambitieuse à venir!
Thomas Dupont-Buist, librairie Gallimard (Montréal)

 


Les innocents
Michael Crummey (Leméac)

Au début du XIXe siècle, sur la côte nord de Terre-Neuve, deux enfants perdent leurs parents en peu de temps. Complètement isolés du monde, laissés à eux-mêmes, les orphelins survivent grâce au savoir-faire appris de leurs parents et au contact, deux fois par année, du navire L’Espérance qui les approvisionne en échange de leur pêche. Récit fascinant qui se façonne au gré des marées et des vents, des saisons et des années qui s’écoulent, c’est aussi une plongée au cœur d’une relation fraternelle qui évolue, qui se trouble, qui se délite. Avec une plume imagée et un ton intimiste, Michael Crummey nous invite dans un univers riche, aussi imprévisible que grandiose.
Chantal Fontaine, librairie Moderne (Saint-Jean-sur-Richelieu)

 


Coeur yoyo
Laura Doyle Péan (Mémoire d’encrier)

Grâce aux éditions Mémoire d’encrier, nous avons la chance de lire un nouveau talent. Il s’agit de la plume sensible et touchante de Laura Doyle Péan. Elle nous offre son premier livre telle une confidence, un secret inavoué. Dans ce recueil de poésie, la jeune autrice se livre à nous à travers de phrases courtes remplies de profondeur. Alors que nous vivons avec elle ses questionnements, mais surtout une première peine d’amour, nous découvrons aussi une poète qui sait se faire comprendre avec peu de mots. À travers ce journal intime, elle apprend, peu à peu, à vivre avec ses nouveaux tourments et à apprivoiser cette nouvelle vie. Il s’agit, encore une fois, d’une excellente découverte où chacun de nous se reconnaîtra.
Émilie Bolduc, librairie Le Fureteur (Saint-Lambert)

 


Les lois du jour et de la nuit
Emmanuelle Caron (Héliotrope)

Alors que son mari est parti à la guerre, Marguerite apprend qu’il a été fait prisonnier et elle retourne vivre avec son fils dans la forêt où elle a grandi, là où sa mère la terrorise, là où d’étranges personnages gravitent. Marguerite agira en protectrice pour son fils, alors qu’un géant rôde et qu’une histoire de vengeance se prépare. Son mari, pris quant à lui en Indochine, essaie de s’évader. Après Tous les âges me diront bienheureuse, Emmanuelle Caron échafaude un récit envoûtant dans lequel le mystère plane.
Alexandra Mignault, revue Les libraires

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