L'initiative Les libraires conseillent répond à la demande des lecteurs avides de suggestions. Chaque mois, un comité formé d’une quinzaine de libraires établit, après moult discussions passionnées et passionnantes, une sélection de cinq livres. Essais, BD, romans jeunesse ou pour adultes, d’ici comme d’ailleurs, ces cinq livres sont mis de l’avant dans les librairies membres de notre réseau. Cette initiative est une belle occasion de promouvoir des livres jugés particulièrement remarquables, ainsi que de valoriser le rôle primordial de votre libraire. Voici la sélection de juillet :

 

Les crépuscules de la Yellowstone
Louis Hamelin (Boréal)

Un nouveau livre de Louis Hamelin est toujours un événement en librairie. Ceux l’ayant déjà lu le savent : sa virtuosité langagière, son sens inné du récit, de même que son érudition débordante suffisent en général à vous envoyer au tapis dès les premières pages. Ajoutez à tout cela son talent à nous faire aimer des marginaux passionnés bourrés de défauts et vous tenez entre vos mains le moyen de me mettre KO à tous coups. Bien entendu, Les crépuscules de la Yellowstone ne fait pas exception à la règle et c’est à du grand Hamelin auquel nous avons droit cet été.

L’écrivain est clairement en terrain connu au beau milieu de cette faune de canayens bûcheux et de naturalistes à la gâchette facile. Qu’il nous décrive les moyens mis en œuvre pour dépêtrer un bateau à vapeur de quarante mètres de long à moitié échoué dans les hauts fonds du Mississippi ou qu’il s’arrête pour nous faire entendre le chant de Sayornis phoebe, Hamelin connaît son sujet de long en large.

Mais au-delà du roman historique, on découvre une facette plus intimiste de l’auteur à travers des chapitres autofictionnels offrant le contrepoint parfait au périple d’Audubon. Sa passion pour l’ornithologie et l’œuvre du naturaliste français (naturalisé américain) deviennent prétexte à ouvrir la réflexion sur le temps, la vieillesse, le rapport à la nature et à l’écriture, mais aussi à l’américanité du fait français. C’est là une des belles surprises de ce livre singulier. Je le répète : du grand Hamelin.
Gabriel Guérin, librairie Pantoute (Québec)

 

Jenny Sauro
Marc Séguin (Leméac)

À North Nation, tout le monde connaissait Jenny Sauro. Tout le monde l’aimait, surtout. Sa beauté légendaire y était certainement pour quelque chose, mais il y avait bien davantage qu’un béguin généralisé pour expliquer l’affection de ceux qui la connurent. Un peu sorcière, farouche mais gentille, ténébreuse mais solaire, fatale et douce, belle mais tourmentée, tout le monde sentait bien que son retour parmi eux tenait de la survivance et recelait son lot d’anguilles. La puissance et l’exclusivité de l’amour qu’elle portait à son fils, Arthur, qu’elle élevait seule dans le voisinage de son grand-père, laissait deviner un drame que pourtant tous préservaient, pudiques dans leur respect. Sa mort, héroïque, tragique et injuste, tiendra finalement lieu de prétexte au ressassement sinueux et disparate de sa vie.
Philippe Fortin, librairie Marie-Laura (Jonquière)

 

La femme cent couleurs
Lorrie Jean-Louis (Mémoire d’encrier)

L’auteure montréalaise Lorrie Jean-Louis vous dévoile, avec ce premier recueil de poésie, une œuvre qui s’allie parfaitement avec notre actualité. Tout en utilisant des mots simples, elle forme d’incroyables vers qui sauront vous toucher et surtout vous faire réfléchir. Elle remet en question certains enjeux raciaux et féministes à travers le temps ainsi qu’à travers l’impact de certains mots. C’est tout en douceur que la poète nous confie sa vision sur les qualificatifs souvent reliés à la « race » d’un individu. Ainsi, nous ne sommes pas définis par la couleur de notre peau ou même de notre genre, nous pouvons être toutes les couleurs que l’on souhaite. Bien qu’il s’agisse d’un premier ouvrage pour Lorrie, je dois avouer être tombée sous le charme de cette poésie remplie de pureté et de vérité.
Émilie Bolduc, librairie Le Fureteur (Saint-Lambert)

 

Cette petite lueur
Lori Lansens (Alto)

Lori Lansens, que j’aime d’amour, nous entraîne à chaque bouquin sur un chemin totalement différent. Dans celui-ci, on s’abreuve du journal en temps réel d’une ado cachée avec son amie, poursuivies par des chantres de la vertu, accusées d’avoir fait exploser une bombe lors du bal de la pureté, cette célébration où les jeunes femmes promettent de préserver leur virginité jusqu’au mariage. Si on se rapproche de Atwood dans le propos, on se retrouve ici davantage en terrain connu autant par l’époque, un futur très proche, comme dans les commentaires cinglants d’une fille issue d’un milieu aisé, consciente de ses propres ambiguïtés. C’est un roman bouleversant par son réalisme cru, construit pour qu’il se dévore, et si on n’en ressort pas tout à fait rassurés sur notre monde, on est tout à fait conscients d’avoir lu quelque chose de magistral.
Chantal Fontaine, librairie Moderne (Saint-Jean-sur-Richelieu)

 

Il est des hommes qui se perdront toujours
Rebecca Lighieri (P.O.L)

« Trois fleurs décapitées. […] J’ai une sœur et un frère. […] Oui, nous étions trois à avoir été décapités dès l’enfance. » Karel, le narrateur, décrit l’enfance brisée de trois enfants dans une famille où règnent violence, indifférence, racisme et pauvreté. Sans sombrer dans l’excès ou la condescendance, il raconte leur vie telle qu’elle est, il raconte leur père violent, leur mère indifférente, lui et sa sœur, beaux comme pas possible, leur frère, doté de malformations comme pas possible. Est-ce que l’amour et la bienveillance peuvent réparer une enfance fracassée? Réussiront-ils à se sortir de ce bourbier dans lequel ils ont grandi? Portent-ils en eux un peu de cette perversité paternelle? Laissez-vous emporter dans cette cité de Marseille et dans ce récit à la fin époustouflante.
Louise Chamberland, librairie L’Option (La Pocatière)

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