L'initiative Les libraires conseillent répond à la demande des lecteurs avides de suggestions. Chaque mois, un comité formé d’une quinzaine de libraires établit, après moult discussions passionnées et passionnantes, une sélection de cinq livres. Essais, BD, romans jeunesse ou pour adultes, d’ici comme d’ailleurs, ces cinq livres sont mis de l’avant dans les librairies membres de notre réseau. Cette initiative est une belle occasion de promouvoir des livres jugés particulièrement remarquables, ainsi que de valoriser le rôle primordial de votre libraire. Voici la sélection d'avril.


Baldwin, Styron et moi
Mélikah Abdelmoumen (Mémoire d’encrier)

Pour inaugurer la splendide nouvelle maquette de Mémoire d’encrier, voici un texte phare. Phare en ce sens que solidement enraciné, il prévient des écueils, alors que son faisceau indique les possibles voies navigables et éclaire amoureusement les esquifs qui naviguent trop au large pour que l’on arrive à les repérer sans aide. En toute honnêteté (concept cher à Baldwin et Styron), Abdelmoumen raconte cette formidable histoire qui transcende largement l’amitié improbable d’un petit-fils d’esclaves avec un petit-fils d’esclavagistes. Par-delà cette main tendue à travers les horreurs de l’Histoire, il y a les convictions et les doutes profonds de ces deux grands esprits du XXe siècle. Appropriation culturelle, liberté artistique et identités tressées y sont abordées en profondeur à travers le prisme de la confrontation engendrée par la publication des Confessions de Nat Turner. Le livre a beau dater des années 1960, la question qu’il pose est d’une brûlante actualité : est-il possible encore, aujourd’hui, d’écrire au je l’histoire d’un homme noir lorsque l’on est blanc? En examinant la position de Styron, celle de Baldwin, celle des Ten Black Writers, on prend le temps de réfléchir sans se crisper, guidés en cela par le charisme, l’intelligence et l’humour de la Québécoise aux multiples héritages. C’est si passionnant que la première chose que l’on a envie de faire en en sortant, c’est de plonger dans Baldwin, dans Styron, dans Griffin, dans Angelou, bref, la table est mise pour d’innombrables autres lectures!
Thomas Dupont-Buist, Librairie Gallimard (Montréal)

 


Novice
Stéphane Dompierre (Québec Amérique)

Un camp de déconnexion dans les bois avec un groupe de jeunes adultes plus ou moins débrouillards, un voisin grincheux, un tueur novice pas très chanceux qui rôde dans la forêt… Comment cela pourrait-il mal tourner? Les morts et les quiproquos s’enchaînent dans le nouveau roman de Stéphane Dompierre, qui nous fait rire, mais réfléchir aussi, sur la place des écrans dans nos vies, sur les préjugés, sur la violence. Un excellent moment de lecture garanti!
Véronique Tremblay, Librairie Vaugeois (Québec)

 


Maxiplotte
Julie Doucet (L’Association)

Maxiplotte est une (merveilleuse) anthologie du travail de Julie Doucet, s’étant échelonné sur plus d’une dizaine d’années. Humour trash, autofiction, féminisme et fantaisie un peu tordue se mélangent et forment un ballet des plus fascinants. Crue et comique, cette lecture vous fera passer un bon moment!
Émilie Carpentier, Librairie Martin (Laval)

 


Mouron des champs
Marie-Hélène Voyer (La Peuplade)

Comme de petites fleurs rouges et bleues émergeant des terreaux malaisément fertiles de la domesticité, de la filiation, de l’amour et du deuil, le tout nouveau recueil de celle à qui on doit déjà Expo habitat, mais aussi l’excellent essai L’habitude des ruines, est une étincelante démonstration des vertus insoupçonnées de la vulnérabilité faite littérature. D’inquiétudes en suffocations, de râles en appréhension et de soucis en chuchotements, des cuisines de l’enfance au comble des regrets et du mausolée du souvenir aux fosses de la désolation, la poète se fait la moissonneuse d’un mauvais sang dont la coagulation s’effectue au gré d’une nomenclature inspirée, d’extirpations salvatrices et d’une froideur qui n’atteint jamais les yeux de celle qui nomme sans coup férir l’inaltérable fixité des révolutions toujours à faire.
Philippe Fortin, Librairie Marie-Laura (Jonquière)

 


Le vinyle de l’insomniaque
Richard Z. Sirois (Saint-Jean)

Depuis mon enfance, les vinyles me fascinent! Faire le tour des disques de mes parents dont je me rappelle toujours les titres, mes premiers albums à moi et ma première table tournante (que je possède toujours). Bref, on a tous des souvenirs rattachés à cet objet que nul autre support n’a pu surclasser. Et Richard Z. Sirois nous en offre un vaste éventail dans lequel on y découvre, oui, des artistes à réécouter ou à découvrir, mais aussi un passionné de musique de tous genres, un homme généreux et drôle. J’ai dévoré ce livre trop rapidement. Je vais le ranger tout près de mes disques afin d’y revenir régulièrement et dans le désordre.
Shannon Desbiens, Librairie Les Bouquinistes (Chicoutimi)

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