Mort de l’écrivain colombien Alvaro Mutis

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J’ai si longtemps longé des abîmes
auprès desquels la mort
n’est qu’un théâtre de marionnettes.

Alvaro Mutis, Les tribulations de Maqroll el Gabier

L’écrivain colombien Alvaro Mutis est décédé le 22 septembre à l’âge de 90 ans des suites d’une maladie. Il avait reçu le prix Médicis étranger pour son roman La neige de l’amiral et le prix Cervantes 2011 pour l’ensemble de son oeuvre, seul Colombien d’ailleurs à avoir reçu l’honneur. Il publia une vingtaine d’ouvrages – romans et poésie – et ses thèmes de prédilection sont le voyage, l’errance, la mer et son immensité.

Le personnage de Maqroll el Gaviero, un marin investi d’une quête perpétuelle, parcourt toute son œuvre. Mutis fait dire à Maqroll dans Un bel morir : «Chaque fois que je recule vers l’intérieur des terres, tout tourne mal». Désir, absolu, loyauté, passion sont toutes des caractéristiques du marin au long cours qui sillonne le monde, de découvertes en découvertes.

Mutis lui-même a été pris dans des histoires dignes de scénarios de films (ou de romans d’Alavaro Mutis)! En 1994, en entrevue au Nouvel Observateur, il raconte : « En tant que chef des relations publiques de la Standard Oil en Colombie, j’avais la gestion d’un budget compliqué et j’ai détourné pas mal de fonds destinés aux dames patronnesses et autres institutions charitables. C’était le seul moyen d’aider mes amis aux prises avec la dictature militaire. Un jour, j’ai été sincèrement étonné d’apprendre que j’avais commis un délit très grave. Un ami avocat m’a conseillé de m’enfuir : ‘‘Si tu n’es pas parti dans les vingt-quatre heures, tu vas te retrouver en prison ». »

Il s’y retrouvera malgré tout pendant quinze mois et cette expérience conférera de la consistance à l’écriture des joies et infortunes de Maqroll el Gaviero, ou plutôt selon les propres dires de Mutis, cela lui permettra « de donner à Maqroll une présence humaine ». Maqroll est en somme l’alter ego d’Alvaro Mutis, un lucide désespéré. Mutis l’affirme : « Je ne crois toujours pas en l’espoir, d’ailleurs. C’est l’espoir qui fait souffrir. (…) En prison, comme à la guerre, tout mensonge et toute illusion finissent. La vérité éclate ».

La traversée d’Alvaro Mutis s’arrête ici mais à l’instar de son héros Maqroll el Gaviero, ce n’est jamais tout à fait la fin car comme le clamait un capitaine dans La neige de l’amiral : « Vous êtes immortel, Gabier».

Sources :

Le Nouvel Observateur

Le journal d’un lecteur

Le Figaro

Photo : TVE

ibeaulieu@lelibraire.org

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