Libraires d’un jour

Luc Langevin: L’inassouvissable soif de savoir

Par Stanley Péan, Les libraires
Publié le 12/12/2011
Détenteur d’un bac en génie physique et d’une maîtrise en optique, inscrit au doctorat en biophotonique, Luc Langevin reste mieux connu comme illusionniste et animateur de la populaire émission Comme par magie diffusée sur ARTV. Sans nous dévoiler le secret de ses tours qui fascinent et déconcertent son public, il nous a tout de même révélé le titre des livres qui ont jalonné sa démarche axée sur la science et son ascension vers la gloire.
De prime abord, Luc Langevin m’apparaît un peu timide, pas tout à fait certain que ses lectures pourraient intéresser le lectorat du libraire. J’aurai tôt fait de le rassurer, en insistant sur cette curiosité qui est le propre de tout lecteur digne du nom. Interrogé sur le premier livre qui l’a marqué, le célèbre magicien répond sans hésitation. «J’en ai un souvenir très précis, j’ai même devant moi ce livre que j’ai gardé précieusement, mais je ne sais pas si on peut parler de livre. En tout cas, ce fascicule anonyme s’intitulait Mon livre de magie, et il enseignait des trucs simples que des enfants pouvaient réussir. Ils ont d’ailleurs été les premiers tours de mon répertoire.»

Côté pile: magie
Notre libraire d’un jour avoue n’avoir pas été un lecteur avide à l’adolescence. «Mais j’ai adoré la trilogie du “Seigneur des anneaux”, s’empresse-t-il d’ajouter. Ça m’a pris des mois, mais j’étais fasciné par l’univers de Tolkien où la présence de sorciers et de magiciens était tout à fait normale; j’ai lu ses autres livres, Bilbo le Hobbit, Contes et légendes inachevés, etc.» Faut-il en déduire que la passion du jeune Langevin pour la magie influençait systématiquement son choix de lectures? «Peut-être. J’avais en tout cas un grand intérêt pour le fantastique, la SF, pour tout ce qui était déconnecté du terre-à-terre. J’ai toujours été un peu rêveur et ces univers-là m’ont toujours attiré.»

Parmi les oeuvres de littérature de l’imaginaire qui l’ont marqué, il cite Les Thanatonautes de Bernard Werber. «Je l’ai dévoré en quelques jours, ce qui n’était pas si fréquent chez moi. Cette histoire m’avait vraiment accroché; toute cette recherche sur la mort, la découverte de ce qui survient après la vie. Ça m’a fasciné de suivre les personnages au fil de cette réflexion sur quelque chose de fondamental. Je suis curieux de nature, j’aime apprendre des choses sur l’univers dans lequel on vit, c’est ce qui m’a poussé à étudier en sciences et c’est sans doute pourquoi ce genre de littérature est dans mes cordes.»

Côté face: science
Pour calmer ses parents qui doutaient de la possibilité pour leur garçon de concrétiser son rêve d’une carrière de magicien professionnel, Langevin s’est volontiers laissé séduire par la science. «Comme j’avais de bonnes notes en chimie, en physique, ça allait de soi. Pourtant, dès l’adolescence, je faisais des spectacles de magie dans les garderies, les foyers de personnes âgées.» Au cégep, il a commencé à prendre des petits contrats pour des soirées corporatives, tout en poursuivant ses études pour lesquelles il plongerait dans un tout autre type d’ouvrages. «J’ai beaucoup aimé Brian Greene et son ouvrage L’Univers élégant, un livre sur la théorie des cordes, une théorie pas encore prouvée, mais que plusieurs physiciens tentent de faire accepter. Selon elle, tout ce qui nous constitue, tous les atomes qui nous forment et qui forment ce qui nous entoure serait une petite corde qui vibre et la fréquence de vibration de ces cordes déterminerait la nature des choses. L’Univers au grand complet serait une espèce de grande symphonie.»

Après avoir terminé le bac puis la maîtrise et entrepris un doctorat en milieu de recherche, Luc Langevin a reçu la convocation à l’entrevue qui lui ouvrirait les grandes portes du showbiz grâce au petit écran. En dépit de son succès à la télé et de ses engagements de plus en plus fréquents, notre libraire d’un jour n’a jamais renoncé à son intérêt pour la science, bien au contraire. «La science inspire ma magie; beaucoup de mes illusions sont basées sur des phénomènes physiques et chimiques méconnus par le grand public. Je fais beaucoup de vulgarisation scientifique à travers mes numéros. Mon spectacle s’intitulera Mon univers invisible et sera teinté par ma formation.»

Le magicien se souvient de ses cours sur la physique quantique et d’une lecture particulièrement marquante, «un ouvrage très spécialisé, en anglais, Quantum Physics, de Robert Eisberg et Robert Resnick, un livre académique, bien entendu, mais qui témoigne de l’histoire de la physique quantique. Les auteurs expliquent de quelle manière on y est arrivé pour résoudre les problèmes que la physique classique ne pouvait résoudre. D’un certain point de vue, c’est aussi fascinant que Les Thanatonautes où l’on en découvrait un peu plus sur un mystère à chaque page, même s’il ne s’agit pas ici de fiction.»

Perpétuellement à l’affût de connaissances, Luc Langevin continue de choisir ses lectures en fonction de cette inassouvissable soif de savoir. «Je suis récemment tombé sur Théories en trente secondes de Paul Parsons, un ouvrage qui propose d’expliquer en moins d’une minute toutes les grandes théories scientifiques, de la théorie de la gravité à des théories beaucoup plus compliquées, en passant par la relativité d’Einstein, le big bang, la matière sombre, etc.»

Ces jours-ci, le populaire magicien est plongé dans des lectures plus proches de son métier. «Je suis en train de lire Magiciens et mentalistes, de Danielle Goyette, qui esquisse le portrait d’artistes québécois, dont Alain Choquette, Gary Kurtz et quelques autres, dont moi. Goyette parle aussi de nombreux magiciens et mentalistes moins connus par le grand public. Moi, je suis captivé par l’histoire de ces gens-là, par les raisons pour lesquelles ils s’intéressent à la magie, par leur démarche pour développer leur propre style. La plupart des gens voient encore le magicien comme un amuseur, avec le tuxedo, la cape et le haut-de-forme alors que le style des gens qui vivent de magie de nos jours diffère de ce cliché.»

Avec encore plus d’enthousiasme, Langevin me parle aussi de Strong Magic de Darwin Ortiz, lui-même magicien d’expérience. «Dans son livre, Ortiz n’enseigne cependant aucun tour de magie à proprement parler. Ortiz s’attarde plutôt à la théorie, à tout ce qui rend un tour de magie efficace: la posture, la musique, l’éclairage, la mise en scène… C’est extrêmement pertinent, une véritable bible dans laquelle tout magicien devrait plonger.»


Bibliographie :
LE SEIGNEUR DES ANNEAUX (L’INTÉGRALE), J.R.R. Tolkien, Pocket, 22,95$ CONTES ET LÉGENDES INACHEVÉS (3 TOMES), J.R.R. Tolkien, Pocket, 7,95$ ch. BILBO LE HOBBIT, Le Livre de Poche, J.R.R. Tolkien, 10,95$ LES THANATONAUTES, Bernard Werber, Le Livre de Poche, 12,95$ L’UNIVERS ÉLÉGANT, Brian Greene, Folio, 21,95$ QUANTUM PHYSICS OF ATOMS, MOLECULES, SOLIDS, NUCLEI, AND PARTICLES, Robert Eisberg et Robert Resnick, Wiley, 157,95$ THÉORIES EN TRENTE SECONDES, Paul Parsons, Hurtubise, 21,95$ MAGICIENS ET MENTALISTES, Danielle Goyette, Michel Quintin, 18,95$ STRONG MAGIC, Darwin Ortiz, Vanishing, 45$ US
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