Libraires d’un jour

Les sœurs Boulay : Les influences d’un livre

Par Isabelle Beaulieu, Les libraires
Publié le 13/04/2015

Après avoir décroché la première place aux Francouvertes en 2012, elles enregistrent l’année suivante Le poids des confettis, un premier album qui leur vaut un succès retentissant. En plus de recevoir pour celui-ci un disque d’or qui authentifie la vente de 40 000 exemplaires, elles remportent les honneurs en 2013 au Gala de l’ADISQ dans les catégories « révélation » et « album folk », pour ensuite repartir, un an plus tard, avec le trophée du meilleur groupe de l’année. Soudées par le lien indéfectible de la sororité, les auteures-compositrices-interprètes Stéphanie et Mélanie Boulay profitent du vent du large de leur Gaspésie natale pour souffler paroles et musique toujours un peu plus loin.

Par Isabelle Beaulieu

Mais les sœurs trouvent-elles seulement le temps de lire depuis qu’elles sillonnent les routes et occupent les scènes du Québec et d’ailleurs? La question ne semble pas se poser puisque, au-delà des contraintes d’horaire ou des priorités, la littérature demeure une nécessité pour elles. « Je pense que mes lectures marquent non seulement ma façon d’écrire, mais aussi de penser, de vivre, de manger, de respirer », affirme Mélanie, la plus jeune du duo. Profitant de deux mois de vacances, elle est partie en Inde dernièrement et dit avoir beaucoup lu pour se mettre dans l’esprit du voyage, lisant parfois plusieurs bouquins en même temps, ayant l’envie de tout goûter, de tout prendre à la fois. Un de ses derniers enchantements est l’auteur Hermann Hesse qui est arrivé au moment opportun dans sa vie et dont elle envisage de faire le tour de l’œuvre tellement sa lecture l’a fascinée. Elle tente d’ailleurs de persuader sa grande sœur de lire au moins un titre de cet écrivain. Car, non, il n’est pas rare de voir une des frangines passer à l’autre une bonne suggestion. La littérature se prend et s’absorbe, comme elle s’offre et se transmet.

Mélanie avoue d’emblée que c’est de Stéphanie qu’elle a reçu cet intérêt pour les livres. En effet, l’aînée a été très tôt curieuse des ouvrages d’histoire et d’anthropologie de leur père qui, quoiqu’il ne les lisait pas, « traînaient » dans la maison. L’objet du livre lui-même exerçait donc déjà ses charmes sur la jeune fille, charmes qui se sont ensuite déployés à travers la plume d’Anne Hébert, de Saint-Exupéry, de Réjean Ducharme, et puis l’ultime, « pour toujours, Marguerite Duras », déclare la jolie blonde. « Le ravissement de Lol V. Stein et L’amant sont des livres qui m’ont obsédée pendant des semaines après les avoir finis. » Cette obsession s’est reflétée jusque dans ses chansons puisque l’écriture de « Lola en confiture », par exemple, lui est venue de l’univers de Lol V. Stein. Même chose pour le livre La renarde et le mal peigné, une correspondance entre Pauline Julien et Gérald Godin, qui fait actuellement office de bougie d’allumage pour une nouvelle compo. Parfois, l’inspiration est moins directe, « mais je suis persuadée que sans les lectures qui m’ont marquée, ma plume serait sans saveur », continue l’artiste. « Je suis le genre éponge; je me laisse imprégner par certaines couleurs de langage et atmosphères. » Bref, la lecture ne s’avère pas qu’un passe-temps, elle est pour l’intéressée une expérience d’immersion totale.

Si Duras marque Stéphanie, c’est Milan Kundera qui révèle Mélanie à elle-même avec L’insoutenable légèreté de l’être, dont elle commet l’acte de lecture à la fin de l’adolescence. « [Ce livre] a changé ma façon de voir la vie, l’amour non conventionnel, la liberté, et aussi ma façon de me voir en tant que femme », exprime-t-elle. La souffrance, la marginalité, l’amour, la liberté, la quête d’identité sont d’ailleurs ses grands thèmes de prédilection. Pour Stéphanie, c’est plutôt l’enfance qui est au cœur de son avidité. « Les romans qui mettent en scène des enfants plus grands que nature, qui perçoivent la vie avec des yeux plus sages et plus omniscients que les adultes. Et les souvenirs qui persistent dans l’âge. C’est ce qui me touche le plus en littérature », explique-t-elle. Autrement dit, les personnages affublés d’une « vieille âme », posant sur le monde un regard particulier qui ramène aux sources pures des origines. Ce qui n’est pas sans corrélation avec l’aveu de son attirance pour les livres de croissance personnelle (trône en ce moment sur sa table de chevet le troisième tome de Conversations avec Dieu), même si cela lui mérite indéniablement des commentaires de son entourage. Mais peu importe, il n’y a pas de mal à se faire du bien. Et c’est, selon elle, la fonction principale de l’écrivain, apporter « une vision de la vie, un certain humour, de la créativité et beaucoup d’images inaccessibles autrement ». Idem pour Mélanie qui corrobore les propos de sa sœur et qui aimerait bien, si l’occasion lui était donnée, rencontrer le Siddhartha d’Hermann Hesse. « Pour sa grande sagesse. Mais je ne lui poserais pas de questions. Je ne ferais rien d’autre que de l’observer. »

C’est pour toutes ces raisons que les sœurs Boulay entrent volontiers dans les librairies, à la recherche de ces mines d’inspiration, d’élévation, d’envoûtement. Steph fréquente la librairie Raffin sur la rue Saint-Hubert à Montréal et se laisse souvent conseiller par une libraire. Pour sa part, la brunette confie dépenser quelquefois beaucoup d’argent dans ces lieux tentateurs. « Ces derniers temps, je suis tombée dans le québécois, j’ai dévoré La déesse des mouches à feu de Geneviève Pettersen », continue Stéphanie. Un titre qu’elle a par ailleurs refilé à sa cadette qui est justement en train de le lire… en même temps que Sports et divertissements, L’équilibre du monde et Le loup des steppes! Autant de genres, autant de sources d’influence. Au fait, puisqu’elles sont toutes deux auteures de chansons, le projet d’écriture d’un livre mijote peut-être dans leur tête? Bien fait d’avoir demandé, puisque Stéphanie répond qu’elle en est à un peu plus de la moitié de l’écriture d’un premier roman. Quant à Mélanie, elle se concentre sur l’écriture de chansons, mais comme elle le dit elle-même, « qui sait, dans quelques années… »

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