Libraires d’un jour

Josée di Stasio : La lecture, comme art de (mieux) vivre

Par Stanley Péan, Les libraires
Publié le 29/10/2004
On l’a connue au petit écran, aux côtés du truculent Daniel Pinard : Josée di Stasio vole désormais de ses propres ailes avec À la di Stasio, son magazine culinaire hebdomadaire diffusé à l’antenne de Télé-Québec. Qui plus est, on la découvre avec le même enchantement dans les pages de son premier recueil de recettes, publié chez Flammarion Québec. Malgré un emploi du temps passablement chargé cet automne, Josée di Stasio, qui rêve de plages et de langueur, nous parle d’un plaisir qu’elle goûte volontiers avec appétit : la lecture.
Josée di Stasio, en matière de lecture, vous considérez-vous comme une boulimique, une modérée ou une anorexique ?
Boulimique, n’ayons pas peur des mots ! Surtout avec les livres de recettes. Mais je dois dire que tout m’intéresse, même les dépliants des bouteilles d’huile d’olive ! Récemment, j’ai fait la découverte d’un livre qui est vraiment venu me chercher : In Praise of Slow de Carl Honoré, un éloge de la lenteur, qui correspond tout à fait à ce que j’aimerais vivre… si j’avais plus de temps à moi. C’est la même chose pour l’ouvrage de Jean-Didier Urbain, Sur la plage, une histoire des plages et des rivages, sur la « robinsonnade », pour reprendre ses mots. On y apprend qu’on peut voyager sans être touriste. Juste le lire me donne l’impression d’être un peu en vacances…

Vous arrive-t-il de vous laisser tenter par les recommandations des autres, critiques officiels ou amis ?
Comme tout le monde, je suppose. Je ne fréquente pas beaucoup les magazines littéraires, je vais d’une suggestion à l’autre. Je découpe parfois des critiques, je flâne en librairie, je me fais des projets de lectures. C’est une affaire d’affinités : il y a des gens dans mon entourage qui ont des goûts sûrs, et qui
correspondent aux miens. Quand je suis arrivée chez Flammarion, on m’a offert Ensemble, c’est tout d’Anna Gavalda. Je n’étais pas certaine d’aimer ça au début, je trouvais le livre plutôt gentil, rien de plus. Au bout de quelques plages, j’ai fini par m’attacher aux personnages. Il faut dire que ses chapitres courts, serrés, convenaient à mon rythme de lecture — on aurait dit des bonbons que je consommais un à un. Alors, je me suis laissé charmer. J’ai aussi beaucoup aimé La Cucina de Lily Prior, qui a été une belle surprise. C’est un livre très sensuel, très érotique et même cru, dont l’action se passe en Italie. Je m’attendais à des clichés, mais je me suis retrouvée ailleurs et ça me plaisait, ce dépaysement.

Goûtez-vous aussi goulûment tous les types de littérature ?
J’aime bien les polars. J’ai beaucoup lu André Camilieri, que j’adore, Henning Mankell et Fred Vargas. Les polars me procurent un grand plaisir, je les prends et les laisse selon mon humeur. Mais autant j’avais apprécié Pars vite et reviens tard, le roman par lequel j’ai découvert Vargas, autant je n’ai pas embarqué dans son plus récent (Sous les vents de Neptune), qui se déroule au Québec.

Qu’est-ce qui vous met en appétit pour un roman plutôt qu’un autre ?
Beaucoup de choses : l’ambiance générale, le décor, l’époque où se déroule l’histoire. Et cela, indépendamment du fait de se retrouver en terrain familier ou dans un ailleurs qui m’est plus ou moins connu. Je pense au très beau roman de Siri Hustvedt, par exemple, Tout ce que j’aimais, qui m’a transportée dans le Soho des années 1970. Ou encore ces livres à l’humour grinçant de David Lodge, que j’ai fréquenté assidûment, Thérapie, par exemple ; j’aimais sa manière mordante de décrire la faune universitaire. Ou encore le best-seller de Marguerite Mazzantini, Écoute-moi, qui m’a touchée.

Avez-vous des auteurs fétiches ?
Pas beaucoup. Je considère Paul Auster comme un incontournable, mais je ne saurais pas vraiment expliquer pourquoi. Son plus récent roman, La Nuit de l’oracle, ne m’a pas emballée, mais j’ai toujours beaucoup de plaisir à le lire. Je reconnais que ce livre avait une structure extrêmement complexe qui m’a fascinée, mais mon préféré demeure L’Invention de la solitude, le récit de sa relation avec son père. Peut-être parce que le propos et le ton y étaient plus personnels, plus sentis. J’ai aussi des coups de cœur en retard ; ç’a été le cas pour Les Vilains Petits Canards de Boris Cyrulnik, que j’ai acheté après avoir vu l’auteur en entrevue à la télévision. On ne dira jamais assez l’importance des entrevues d’écrivains comme manière d’introduction à leurs livres.

Vous publiez cet automne votre premier livre de cuisine ; qu’est-ce qui vous a persuadée de vous lancer ainsi ?
J’avais l’idée de faire ce livre depuis une vingtaine d’années, parce que j’ai été styliste et que l’aspect visuel de la bouffe m’a toujours passionnée. Et puis, j’avais un tas d’amis que me réclamaient sans cesse mes recettes, et cela m’embarrassait parce que je n’avais jamais mesuré mes quantités, évalué précisément le temps de cuisson, etc. Il m’a donc fallu mettre tout cela en forme. Je suis assez contente du résultat, d’autant plus que j’ai adoré ma collaboration avec la photographe Louise Savoie, dont c’est le premier ouvrage. Vous savez, au Québec, on n’a pas un assez grand marché pour se permettre de publier des livres aussi abondamment illustrés et qui coûtent cher à produire. Mais je suis vraiment satisfaite d’avoir fait ce livre, qui est à l’image de mon émission de télé : on n’y trouve que des recettes peu complexes, à l’exception d’une seule. Pas de tape-à-l’œil, pas d’esbroufe, juste des invitations à partager du plaisir…


Bibliographie :
À la di Stasio, Josée di Stasio, Flammarion Québec Au menu lecture de Josée di Stasio : In Praise of Slow, Carl Honoré, Orion Publisher (disponible en anglais seulement) Sur la plage, Jean-Didier Urbain, Petite Bibliothèque Payot La Cucina, Lily Prior, Grasset Ensemble, c’est tout, Anna Gavalda, Le Dilettante Pars vite et reviens tard, Fred Vargas, Éditions Viviane Hamy Tout ce que j’aimais, Siri Hustvedt, Actes Sud/Leméac Écoute-moi, Marguerite Mazzantini, Robert Laffont Thérapie, David Lodge, Rivages/Poche La Nuit de l’oracle, Paul Auster, Actes Sud/Leméac L’Invention de la solitude, Paul Auster, Le Livre de Poche Les Vilains Petits Canards, Boris Cyrulnik, Odile Jacob
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