Libraires d’un jour

Florence K : La littérature c’est la liberté

Par Isabelle Beaulieu, Les libraires
Publié le 02/09/2015

La pétillante musicienne et interprète Florence K nous fait la fête en chansons depuis la parution de son premier album en 2005. Avec ses rythmes du monde entraînants, son jazz mordoré et sa pop assumée, elle nous fait entendre mille et une facettes de son ample registre. Mais au sortir de la scène, lorsque vient le temps de rentrer dans la chambre d’hôtel et de laisser tomber l’adrénaline, c’est incontestablement du côté de la lecture qu’elle trouve son meilleur refuge.

« C’est une priorité dans ma vie. Plus que de voir des films et, je ne devrais pas dire ça, plus que de voir mes amis parfois! » C’est avec aisance et naturel que Florence K nous livre sa longue liste de lectures. Tout de suite, on comprend que nous n’avons pas affaire à une néophyte et que les livres constituent une part vibrante chez Florence K. « Aller dans une librairie, c’est un des plus grands plaisirs dans ma vie. Juste d’être dans cet environnement qui est rempli d’idées, d’aspirations, d’imagination, de rêves, de gens, de vies, c’est super. C’est comme d’aller dans un monastère », dit-elle pour parler du caractère sacré et grandiose du lieu. « L’art et la littérature sont les plus grands témoins d’une époque. »

Florence K est initiée à la lecture très tôt par sa grand-mère maternelle. « Elle voulait faire des études en littérature, mais son frère avait été accepté en journalisme, elle a donc dû aller travailler pour payer ses études, années 40 obligent. » Quant à sa grand-mère paternelle, de laquelle elle était aussi très proche, elle profite de la lecture à travers la Bible. « Les premières années, je les ai vécues avec ma grand-mère, elle habitait chez nous, et elle lisait toujours le Nouveau Testament. » Florence en appréciait la joliesse des histoires et des paraboles. Cette lecture a donc à sa manière contribué à la suite.

Puis elle se délecte des livres de la courte échelle et n’hésite pas à dire que c’est à travers la littérature jeunesse québécoise que son goût pour la lecture s’est développé. « Un hiver de tourmente de Dominique Demers, je pense que je l’ai lu cent fois! Marie-Lune qui tombe enceinte à 14 ans, on était toutes pâmées là-dessus »! À l’adolescence, Régine Desforges et Juliette Benzoni font partie des moments forts de notre invitée, tandis qu’elle se souvient de s’être dit après avoir lu au cégep la pièce de théâtre Les feluettes de Michel Marc Bouchard : « On peut écrire ça! On peut faire tout ça! C’est la liberté totale! » Et elle poursuit sur son envolée : « Tout ce qu’on ne peut pas créer de nos mains propres ou dans notre vie, tout ce qu’on ne peut pas vivre en tant que tel dans le réel, on peut l’écrire, on peut le lire. On peut écrire un roman sur un chien qui parle en 2172, il n’y a rien qui est interdit! »

Dans la vingtaine, L’insoutenable légèreté de l’être de Kundera et Léon l’Africain d’Amin Maalouf laissent leur marque. Si l’on parle des classiques, Alexandre Dumas père figure au premier plan – « qu’est-ce que c’est génial »! Elle lit avec fascination l’expérience d’immersion du journaliste Marc Boulet racontée dans La vie d’un intouchable, ces mendiants de l’Inde qui sont considérés comme des parias. Et l’Italien Dino Buzzati compte parmi les plus grands nouvellistes, selon Florence, parlant en particulier de son recueil Le K.

L’artiste porte un grand intérêt à la psychologie, un champ d’études qu’elle a d’ailleurs exploré, et retrouve à travers la multitude de personnages rencontrés dans les livres de quoi satisfaire sa curiosité envers les différentes composantes de la nature humaine. En témoignent ses plus récentes découvertes : Constellation d’Adrien Bosc, un roman sur l’écrasement du vol où prenait place entre autres Marcel Cerdan, le grand amour d’Édith Piaf; L’invention de nos vies de Karine Tuil, un « roman parfait » tant il embrasse toutes les qualités; la Charlotte de David Foenkinos qu’elle a trouvé « magnifique »; L’immeuble Yacoubian de l’écrivain égyptien Alaa El Aswany. Le père de Florence a d’ailleurs grandi au Caire dans un de ces immeubles brinquebalants où s’entrecroise une faune bigarrée. Mais son petit chéri demeure Emmanuel Carrère dont elle voyait toujours les livres dans les boutiques d’aéroport sans jamais oser les acheter. Elle a finalement découvert l’écrivain depuis peu grâce à son amie Rafaële Germain qui lui a offert D’autres vies que la mienne. « Oh my God! », s’exclame alors Florence K. Elle s’abreuvera plusieurs fois par la suite à la coupe de Carrère avec L’adversaire, Un roman russe, Limonov et Le royaume.

Du côté québécois, elle avoue d’emblée avoir un regard biaisé parce que Rafaële et Georges-Hébert Germain sont des amis, mais elle a tout lu d’eux. Chaque fois, elle retrouve une part de leur nature. « J’ai de l’affection quand je les lis », dit-elle avec un sourire chaleureux dans la voix. Et elle est persuadée que Rude Kim Thúy « deviendra un classique et restera dans les annales ».

Cyclone
Florence K fera paraître en octobre prochain le livre Buena Vida, un projet qui n’était pas même prévu sur sa feuille de route il y a à peine quelques mois. Ce qui devait être au départ un livre sur le yoga est devenu un récit personnel. Il s’ensuivit des pages et des pages sur ce que Florence appelle un « cyclone » pour figurer ce qui a été « un épisode dépressif majeur » et qui mettra à néant toute certitude. Cette troublante expérience constituera un matériau substantiel pour l’écriture, même si sa peur d’être stigmatisée lui venait assez souvent. « Parce que j’y vais fort, je raconte tout. Au début, je ne voulais pas tout raconter, mais ce ne serait pas rendre justice à tous ceux qui vivent quelque chose comme ça. » Récemment, Le nénuphar et l’araignée de Claire Legendre l’a confortée pendant l’écriture de son livre puisque Legendre dévoile ses angoisses au grand jour et en fait « une œuvre aussi belle ».

De mère en fille
Sa fille de 9 ans a le même amour spontané pour la lecture. « Je suis contente parce que je peux lire à côté, je ne suis pas toujours obligée de la divertir », dit la chanteuse dans un éclat de rire mi-coupable, mi-amusé. C’est du reste une récompense quand sa progéniture a de bonnes notes à l’école que d’aller faire une petite virée en librairie. Mère et fille vont alors chacune de leur côté et se retrouvent au milieu des allées avec dans les mains un choix préliminaire. Puis, à voix haute, elles pèsent le pour et le contre pour enfin repartir, raisonnables, avec deux ou trois titres. Jusqu’à la prochaine fois.

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