Libraires d’un jour

Danièle Henkel : Les lectures d'une dragonne

Par Stanley Péan, Les libraires
Publié le 09/12/2013

Révélée au grand public par l’émission L’œil du dragon, Danièle Henkel s’est vite imposée comme l’un des fleurons de l’entrepreneuriat québécois au féminin. Née au Maroc d’une mère juive et d’un père soldat allemand qu’elle n’a pas connu, élevée en Algérie, la femme d’affaires et conférencière désormais adulée a fait paraître Quand l’intuition trace la route, un récit des moments clés de sa vie qui lui ont permis de devenir la personnalité particulière que nous connaissons. Du coup, nous avons eu l’envie de récapituler avec elle les lectures qui ont formé celle qui se définit comme une tendre rebelle.

À ma question sur le premier livre qu’elle a lu et qui par la force des choses l’a profondément marquée, Danièle Henkel avait pour moi une réponse étonnante. « Le premier qu’on m’a donné à lire, c’est La Bible. Parce qu’on m’a baptisée catholique, il fallait que je la connaisse, que je la récite. Vous imaginez, ce n’est pas tout à fait ce qu’une jeune demoiselle de 7 ou 8 ans avait envie de lire. Mais ma maman, juive monoparentale dans un pays musulman, avait pris cette décision de faire de moi une catholique pour me protéger. »

Au téléphone comme dans son livre, Danièle Henkel parle systématiquement de sa mère avec une grande tendresse. Évidemment, branchée sur son imaginaire de fillette, la petite qu’elle était aurait sans doute préféré des lectures qui auraient alimenté ses rêves du beau prince monté sur un cheval blanc. À l’adolescence, c’est dans les pages des romans populaires de Guy des Cars qu’elle trouve à satisfaire sa soif d’évasion. « C’était un écrivain prolifique dont j’ai lu beaucoup de livres. Celui dont je me souviens le plus, c’est L’impure, qui racontait l’histoire d’un mannequin qui porte en elle un grand secret. Je ne l’ai compris que plus tard, les romans de Guy des Cars témoignaient d’une analyse des sentiments et des pulsions assez incroyable. Il avait une connaissance remarquable des caractères et surtout des caractères féminins. »

En suivant dans leur ordre chronologique les découvertes et émois littéraires de notre libraire d’un jour, nous en arrivons bientôt au Prophète de Khalil Gibran, livre culte s’il en est. « Jeune fille, j’avais une sorte de père spirituel, qui était un prêtre d’ailleurs, le père Patrice, un homme formidable. Vous savez quand j’entends parler des horreurs commises par certains hommes d’Église, je préfère me rappeler qu’il y en a eu, comme le père Patrice, qui étaient bons, qui n’auraient jamais fait de mal aux jeunes. Avec lui, on discutait de choses et d’autres et, souvent, Khalil Gibran se glissait dans nos échanges. J’ai lu et relu Le Prophète, j’en relis encore des passages parfois. C’est un hymne à la vie où il est question d’amour, de passion, de couple, de connaissance de soi, d’épanouissement. »


Prendre pays
Arrivée au Québec en janvier 1990, Danièle Henkel avoue avoir pris bien du plaisir à la lecture du fameux Bouillon de poulet pour l’âme des Québécois de Jack Canfield et Sylvain Dion, qui lui a été offert dédicacé. « C’est un recueil d’histoires vraies et inspirantes, des histoires de petites gens simples qu’on ne connaît pas. Ce livre m’a beaucoup aidée à comprendre la culture d’ici, à m’en imprégner, à m’y intégrer. C’est pourquoi il est toujours resté cher à mon cœur. »

Et parmi les romanciers québécois contemporains, il y en a un à propos duquel notre libraire d’un jour ne tarit pas d’éloges : Marc Fischer, ne serait-ce que pour Le Petit Prince est revenu. « Un romancier hors pair, dont il faut lire ce livre-là en particulier surtout si on a lu et aimé Antoine de Saint-Exupéry. C’est quelque chose, cette histoire poétique sur l’amitié, le temps, le bonheur. »

Constamment sollicitée pour donner des conférences ou des entrevues, la grande patronne de l’entreprise qui porte son nom trouve néanmoins le temps de se plonger dans ses lectures, ne serait-ce que pour décompresser. « Pour relaxer, je lis autant des babioles que des choses plus sérieuses, s’esclaffe Danièle Henkel. Ces jours-ci, je lis le livre de Jasmin Roy, La quête du p’tit Roy, un récit autobiographique qui illustre une recherche de spiritualité. C’est quand même une vie parsemée d’embûches qu’il a vécue, et j’aime cette idée de passage, de partage qui anime son livre. »

En parallèle, elle lit un livre qu’elle estime beaucoup plus sérieux. « Il est arrivé dédicacé sur mon bureau, gracieuseté de son auteur, Gilles Gagnon. Ça s’intitule Gouverner avec équité. Comment mettre fin à la manipulation, et on peut dire qu’il tombe pile avec la Commission Charbonneau et tout le débat actuel sur la corruption. C’est un monsieur qui a bourlingué pas mal et qui parle de solutions et ça, ça me plaît. Comme moi, il croit que la solution se trouve en chacun de nous en tant que citoyen, pas en tant que politicien. »

Et puis, Danièle Henkel s’en voudrait de ne pas mentionner deux ouvrages qu’elle traîne avec elle depuis des années et qui ont trait au monde des affaires. « Ils sont intéressants, car ils donnent de bonnes informations sur comment travailler et se comporter dans un monde d’hommes. D’abord, Jouer comme un homme, gagner comme une femme de Gail Evans; et puis Le tour du marketing en 12 étapes, d’Anne-Laure Frossard et de Pascale Guceski, qui propose une approche opérationnelle, un centrage sur le client, le développement durable et le marketing participatif. »

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