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Geneviève Boudreau : Écrire dans la clameur

Geneviève Boudreau : Écrire dans la clameur

Par Alexandra Mignault, Les libraires, publié le 30/10/2012

Geneviève Boudreau, enseignante en littérature, vient de publier son premier recueil de poésie, Acquiescer au désordre (l’Hexagone). Un livre empreint de beauté, de souvenirs : « Tu saisis ce que contient le silence : l'énumération des êtres, le peu d'espace où s'égrène une prière. Les fantômes s'estompent. Ne demandent rien. Le malheur s'est évadé en refermant la porte. »

L’équipe du libraire en a profité pour lui poser quelques questions.

Décrivez votre recueil Acquiescer au désordre.
Lorsque j’ai écrit Acquiescer au désordre, j’éprouvais  la volonté  de me mettre à nu, de me départir de mes angoisses, de mes certitudes, de mon passé, de tout ce qui me brimait, pour réussir à apprécier la beauté dans ses manifestations les plus fragiles et quotidiennes.

L’un des thèmes du recueil est celui du déracinement : j’ai grandi aux Îles de la Madeleine et, lorsque j’ai quitté l’archipel, j’ai développé un autre rapport à l’espace et à mes origines. Au moment où j’écrivais mon recueil, je savais que je ne retournerais pas vivre là-bas.


Votre recueil a un fort joli titre, que signifie pour vous « acquiescer au désordre »?
Pendant longtemps, j’ai cherché un sens à mon existence, une vérité qui persistait à m’échapper. À travers l’écriture, j’ai compris que la vérité en tant qu’absolu ne pouvait pas exister, que s’il existait une vérité, elle était nécessairement complexe, plurielle, fragmentée, voire contradictoire (en somme, désordonnée). La beauté du monde qui nous accueille tient à cette multiplicité, à cette fragmentation pourtant généreuse qui fait que toujours la réalité se livre à nous et se défile à la fois. Je crois qu’il faut beaucoup d’humilité pour saisir le monde dans cette complexité qui nous dépasse, d’où la nécessité d’acquiescer au désordre du monde et de nos vies.


Qu’est-ce qui vous inspire?
Tout : l’inconnu qui s’assoit dans l’autobus, la lumière de la fin de l’après-midi, les grands paysages, les autoroutes, le deuil, la peur, l’amour, la joie… ou la tasse qui traîne sur la table. La plupart du temps, c’est lorsque je me promène que les images s’imposent. J’ai beaucoup de difficulté à écrire retranchée dans un espace de travail. J’ai besoin d’un peu de tumulte.


Que représente l’écriture pour vous?
J’ai rédigé Acquiescer au désordre parallèlement à mon mémoire de maîtrise (sur la poésie d’Hector de Saint-Denys Garneau). Je pense qu’à ce moment-là, l’écriture a été pour moi le moyen de renoncer à certains rêves, ou du moins à une certaine conception de l’existence, sans pour autant capituler et cesser de rêver. J’avais beaucoup d’attentes, je cherchais un sens auquel me raccrocher, un point à l’horizon... je crois avoir pensé à un moment que l’écriture serait ce repère. Finalement, l’écriture m’a, au contraire, aidée à perdre mes repères, à poser un regard neuf sur le monde – à me libérer.


Quel est votre dernier coup de cœur littéraire?
C’est le premier recueil de Geneviève Gravel-Renaud, Ce qui est là derrière, qui raconte avec une prose sobre, sensible et lucide la vie au quotidien après une séparation et la lente reconstruction de sens qui en découle.


Qui sont vos poètes préférés?
Je lis et relis Marie Uguay. Sa poésie lumineuse, sans concession, me rappelle toujours le miracle d’exister. Je suis aussi une grande lectrice de Jacques Brault et de Philippe Jaccottet, qui portent tous deux attention à ce que l’infime peut contenir d’infini. Il me faudrait aussi nommer Élise Turcotte, Hélène Dorion, Saint-Denys Garneau, Anne Hébert, d’autres encore, des romanciers comme Nancy Huston ou Alessandro Baricco, des dramaturges comme Wajdi Mouawad ou René-Daniel Dubois…

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