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Yvon Paré : Je me souviens…

Yvon Paré : Je me souviens…

Par Stanley Péan, Les libraires, publié le 01/11/2000
Après nous avoir fait rêver de pastis sous le soleil du Midi dans Un été en Provence (le très beau récit de voyage qu’il a co-signé avec sa compagne Danielle Dubé), le journaliste et écrivain Yvon Paré s’est replongé dans ses souvenirs d’enfance pour concocter Les plus belles années. En vingt-cinq chapitres ou fragments, il nous fait revivre l’époque révolue des écoles rurales du Québec d’il y a quarante ans, où des cancres et des “ boles ” de tous les cycles du primaire se côtoyaient dans la même classe, soumis à l’autorité d’une Mademoiselle pas toujours aussi tendre qu’on le voudrait…
Manifestement, Les plus belles années s’abreuve à la source de l’autobiographie, mais quelle est la part de fiction dans cette suite de récits?

Il est évident que je me suis inspiré de la réalité pour écrire ces récits. Les faits sont authentiques. J’ai changé les noms des personnages, qui ont tous existé. Mais, bien entendu, j’ai fait mon travail d’écrivain en organisant un peu les choses.

Ces personnages me semblent appartenir à une même grande famille, que l’on retrouve au fil de vos livres.

Oui, c’est vrai. Je crois qu’un jour, si jamais mon œuvre était un jour rééditée intégralement, il me faudrait faire de l’ordre dans tout ça, faire concorder les noms de mes personnages. Ce sont effectivement toujours les mêmes qui resurgissent dans mes écrits, sous différentes identités.

Comment situeriez-vous ce livre par rapport aux précédents, Les oiseaux de glace et La mort d’Alexandre, pour n’en nommer que deux?

Les plus belles années me ramène très près de mes sources. Il est proche d’une certaine tradition orale. En même temps, il est assez différent de ce que j’avais écrit précédemment. Je suis quelqu’un qui aime beaucoup l’humour et j’ai exploré cet aspect de ma personnalité que je n’avais encore jamais utilisé en littérature. Quand j’y pense, mes romans précédents avaient un côté plus sombre, voire même noir. Avec Les plus belles années, je suis allé vers la lumière, la joie de vivre.

Vous citez Robert Lalonde en exergue, ce qui ne saurait étonner car il y a une communauté d’esprit évidente entre vous deux.

Certainement. Je me retrouve beaucoup dans les romans de Robert Lalonde, ses univers, ses sujets. L’omniprésence de la nature est un intérêt commun dans nos œuvres respectives. Mais mon écriture est moins exubérante que celle de Robert, elle est plus sobre.

En d’autres pages, je me suis permis de rapprocher Les plus belles années d’un autre grand roman de nos lettres, Ces enfants de ma vie de Gabrielle Roy. Revendiquez-vous cette parenté ?

Oui, même si ce sont d’abord certains critiques qui l’ont souligné ! J’aime énormément Gabrielle Roy et Ces enfants de ma vie, en particulier, m’a beaucoup touché, en raison de sa luminosité. Il existe tout de même une différence fondamentale entre le livre de Gabrielle Roy et le mien : mes récits sont filtrés par le regard des élèves tandis que ceux de madame Roy expriment le point de vue de l’institutrice.

Diriez-vous que la nostalgie est le moteur de votre œuvre ?

Je me qualifierais plutôt d’écrivain de mémoire, plutôt que de nostalgique. C’est vrai, la plupart de mes livres renvoient à mon petit monde, au village de mon enfance. Souvent, j’ai puisé dans le passé familial, j’ai écrit sur la recherche du père et de la mère. Ces thèmes ont toujours été présents, et c’est pour moi un devoir et une responsabilité d’en parler, peut-être parce que je suis le seul de ma famille à avoir étudié, et qu’il me semblerait dommage que tout cet héritage se perde.

Lutter contre l’oubli, n’est-ce pas l’une des fonctions essentielles de la littérature ?

Oui et, malheureusement, on a trop souvent tendance, dans notre littérature, à vouloir bondir vers l’avant, suivre des modes. Par exemple, pourquoi serait-il nécessaire de toujours situer l’action d’un roman québécois contemporain dans la métropole ? Je crois qu’il est parfois bénéfique de “ revisiter ” la campagne qui, pour beaucoup d’entre nous, est le lieu de nos racines. On ne peut s’aliéner de notre héritage.


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Les plus belles années, Yvon Paré, XYZ éditeur
Ces enfants de ma vie, Gabrielle Roy, Boréal
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