Entrevues

Littérature québécoise

Les libraires - Numéro 93
Michel Noël - Métis : titre de noblesse

Michel Noël - Métis : titre de noblesse

Par Isabelle Beaulieu, publié le 01/02/2016

Dans la tradition des peuples autochtones, on disait aux jeunes individus d’être à l’écoute d’eux-mêmes pour découvrir le talent qui leur avait été donné à la naissance. Le jeune Michel Noël a tôt fait de comprendre que le sien passerait par l’écriture, et le temps lui a donné raison. À 71 ans, il est devenu, comme il aime lui-même le dire, un « passeur d’histoires », un vigile qui prend soin de garder la mémoire des premiers habitants de notre territoire.

Michel Noël écrit depuis plus de quarante ans et a publié près d’une centaine de titres, tous sur le même sujet, celui des peuples des Premières Nations. Il a lui-même passé les quatorze premières années de sa vie dans une communauté amérindienne au cœur de l’Abitibi. À l’époque, ce qui est aujourd’hui désigné sous le nom de « réserves » n’existait pas encore. Michel Noël a connu le tout dernier poste de traite de la Compagnie de la Baie d’Hudson sise dans le parc de La Vérendrye, le long du lac Cabonga. « Notre culture première, celle que l’on prend quand on est tout jeune, c’est celle qui nous suit toute notre vie », déclare l’écrivain d’origine québécoise et algonquine, un métis qui considère son statut comme « un titre de noblesse ». Paradoxalement, c’est peut-être en quittant son milieu pour aller étudier en ville qu’il se rapprochera encore plus de sa culture amérindienne, parce que c’est en apprenant à lire et à écrire qu’il pourra créer l’œuvre importante que l’on connaît. Il se rend jusqu’au doctorat, mû par l’ardent désir de s’instruire et de se donner les moyens de son ambition, celle de prendre la parole. « Pour faire connaître les immenses richesses des peuples autochtones, des richesses dont j’étais héritier, j’ai décidé que j’y consacrerais ma vie », explique Michel Noël.

Une des séries les plus populaires qu’il a écrites, et dont il est le plus fier, est sans contredit « Les Papinachois », des albums jeunesse dont les premiers titres ont été écrits au début des années 80, qui ont été réédités et qui sont désormais des « classiques » que l’on enseigne à l’école ou que l’on se transmet de génération en génération. Si ses livres ont d’évidentes vertus divertissantes, ils ont aussi des intentions pédagogiques avouées. Comme il existe très peu de ressources pour enseigner la culture amérindienne, Michel Noël se fait un point d’honneur de combler le besoin. Ses séries sont donc construites avec beaucoup de rigueur pour approcher au plus près la vérité.

Plus récemment, il a écrit pour les adolescents le très beau roman Miguetsh!, mot qui veut dire merci et qu’il adresse à ses grands-parents. Tout jeune individu en quête de sa mission y trouvera du sens. « Moi, pour écrire un roman par exemple, je dois partir de quelque chose qui m’a véritablement marqué, j’appelle ça une émotion. À l’origine de chacun des romans que j’ai écrits, il y a cette émotion très forte de quelque chose que j’ai vécue. » C’est donc avec les fruits de la connaissance, mais aussi avec ceux du cœur, que l’auteur écrit.

Si l’écriture a élu domicile chez Michel Noël, la parole l’investit de plus en plus. « J’adore la parole, j’aime parler. Je trouve que la plus belle invention de l’humanité, c’est la parole. C’est ce qu’on a de plus beau et de plus noble. » Chaque année, il rencontre de 4000 à 5000 jeunes à travers les écoles et les salons du livre à qui il raconte son histoire, notre histoire. « Je leur dis, toujours avec une pointe d’humour : “Dans 30 ans, je ne serai pas là, mais vous allez être là et je ne veux pas être remplacé par n’importe qui”! »

En ce moment, Michel Noël travaille à un projet commandé par la maison d’édition française Auzou, celui d’écrire quatre albums destinés à un jeune lectorat québécois sur chacun de ces peuples autochtones : les Algonquiens, les Iroquoiens, les Métis et les Inuits. On lui a aussi demandé d’être le directeur de la collection, c’est dire la référence qu’il représente en la matière. Pour étayer ses recherches et diversifier les points de vue, Michel Noël s’est entouré de jeunes historiens amérindiens. L’écriture de deux d’entre eux est déjà achevée – leur sortie est prévue d’ici un mois – et le matin de notre conversation téléphonique, Monsieur Noël venait de recevoir les dernières maquettes. Visiblement enthousiaste, il s’est donc mis tout de suite à la rédaction du troisième.

Bientôt, accompagné de ses livres, il retournera écouter et parler à ses lecteurs. À ces jeunes qu’il rencontre, il leur dit : « Je veux que vous soyez des beaux hommes, des belles femmes, des gens respectueux de leur environnement, mais respectueux de leurs voisins aussi. » Tout passe par l’éducation et la connaissance et c’est à travers ses livres que Michel Noël s’engage et transpose sa volonté d’un avenir meilleur. « Les enfants me demandent : “Monsieur, quand avez-vous commencé à écrire?” Je leur réponds que j’ai commencé à écrire quand j’ai commencé à penser. Pour devenir écrivain, il faut avoir une vie intérieure intense. » Le passeur d’histoires ne fait pas que transmettre, il insuffle de vives étincelles.

Tous les personnages des livres de Michel Noël sont liés, appartenant finalement à un immense arbre généalogique rassembleur. C’est pourquoi l’écrivain ne dissocie aucun de ses ouvrages, ils les imaginent tous interreliés, comme le sont chacun des membres d’une même fratrie. « À force de raconter, de raconter et d’écrire sur ma vie, aujourd’hui, je considère ma vie comme un roman. » Et il continue d’écrire en n’entrevoyant pas le jour où il s’arrêtera.

On dit qu’il faut savoir d’où l’on vient pour savoir où l’on va. Ne reste plus qu’à remercier Michel Noël de nous montrer avec tant d’éloquence le chemin à suivre.

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