Entrevues

Littérature québécoise

Les libraires - Numéro 114
Alexandra Larochelle dans l’univers de Lyne Vanier : Une incursion hors du temps

Alexandra Larochelle dans l’univers de Lyne Vanier : Une incursion hors du temps

Par Alexandra Larochelle, publié le 03/09/2019

C’est la dernière journée du printemps et pourtant, rien de ce temps froid et pluvieux ne laisse percer une quelconque lueur d’espoir estival. Ça ne m’incommode pas trop. Derrière la brume, l’île d’Orléans revêt une aura de mystère et les couleurs ternes, dont ce jeudi gris affuble les petites maisons pittoresques, me plongent dans un décor intemporel absolument envoûtant. Mon imagination d’auteure s’emballe.

Du fond des haut-parleurs de ma voiture, Eminem m’intime de me perdre dans le moment et c’est exactement ce que je fais en le faisant taire. Plus que quelques kilomètres me séparent de la maison de Lyne Vanier. Celle que j’ai rencontrée pour la première fois au Salon international du livre de Québec il y a à peine quelques semaines m’a donné rendez-vous dans sa demeure à 13 h. Comme d’habitude, je suis plutôt d’avance et je roule donc lentement en me laissant imprégner du décor enchanteur de l’île.

« Tu verras, la maison n’est pas visible de la route », m’a-t-elle écrit.

J’emprunte un chemin sinueux, incertaine d’être au bon endroit et j’en atteins finalement l’extrémité. L’endroit qui se dévoile à mes yeux me laisse sans mots. Je reste immobile un moment, comme pour assimiler la splendeur de la vieille maison, séant fièrement au cœur d’un océan de verdure.

Lyne sort et m’accueille, malgré le ciel qui se déverse doucement. Son sourire contagieux est le même que celui qui m’a charmée lors de notre première rencontre, un sourire qui donne l’impression de la connaître depuis toujours. Ordinateur en main, je m’approche un peu timidement de l’entrée.

« Viens, entre! » m’invite-t-elle affablement.

Je suis soufflée par la beauté ancestrale de sa demeure du XVIIe siècle.

« Tu sais, quand j’étais petite, me confie Lyne d’entrée de jeu, j’ai toujours dit qu’un jour, j’aurais une vieille maison à l’île d’Orléans avec des murs en pierre et du bois au plafond. J’habite ici depuis trente ans, maintenant. »

Je la sens fière de son chez-elle. Avec raison. Je jette un œil avide au décor de sa maison de rêve et je peux très bien m’imaginer écrire ici, puiser dans d’intarissables réserves d’inspiration, comme si ce lieu historique pouvait alimenter mes propres histoires de son vécu quasi éternel.

Lyne me fait faire le tour du proprio. Nos pas nous guident au deuxième étage, où elle me désigne la charpente robuste.

« Tout est d’origine ! m’explique-t-elle. Regarde, juste là, où les poutres se croisent. C’est une croix de Saint-André. Des étudiants en architecture sont venus prendre des photos ici quand ils ont su qu’on avait ça, il paraît que c’est très impressionnant! » se souvient-elle en riant.

Elle me pointe son bureau, installé dans un coin de l’ancienne chambre de Vincent, son deuxième garçon d’aujourd’hui 27 ans. Une petite lucarne donne sur le chemin devant la maison. Plus bas, quelques chevaux galopent. Oui, décidément, je me verrais bien, ici.

« Mes garçons viennent souvent passer du temps à la maison avec leurs blondes, c’est pour ça que je ne me résigne pas à transformer leurs chambres, à sortir les lits. Mais un jour, j’aimerais métamorphoser une pièce en bibliothèque », dévoile-t-elle en pointant les murs de la chambre.

Dans ma tête, je la vois très clairement, cette véritable pièce aux trésors, garnie d’étagères de livres bien remplies. Nous reparlerons d’ailleurs plus tard de notre amour commun des bibliothèques et des librairies, qui sont ses attractions favorites chaque fois qu’elle voyage.

Avec Lyne, la discussion coule autant que la première fois. On jase de tout et de rien et moi qui avais noté toute une panoplie de sujets à aborder, j’en oublie rapidement l’objectif premier de ma visite. Elle me parle de son conjoint et de Sébastien, Vincent et Louis-Philippe, ses garçons d’environ mon âge, ses quatre plus grands fans. C’est d’ailleurs Louis-Philippe, son aîné, qui a su faire jaillir en elle cette étincelle, cette envie de devenir auteure. C’est lui qui, après avoir lu une histoire écrite par sa mère, l’a encouragée à l’envoyer à une maison d’édition en lui assurant que c’était aussi bon que les livres que son enseignante lui faisait découvrir à l’école.

Aujourd’hui, ses fils sont ses premiers et plus enthousiastes lecteurs. Ses plus critiques aussi. Ils prennent leur rôle de juges très au sérieux et ne manqueront pas de lui souligner les passages qu’il lui faut impérativement modifier.

« Ils vont me dire : “Ça, ça marche pas, Mom! Ça se passerait jamais comme ça dans la vraie vie!” »